Catastrophe environnementale au Mexique : une marée noire contamine le fleuve Pantepec
Un oléoduc de la société nationale Petróleos Mexicanos (Pemex) a provoqué une grave fuite d'hydrocarbures. L'accident menace la faune et les ressources en eau de Veracruz. Seuls 180 000 des 4,7 millions de litres manquants ont été collectés jusqu'à présent, alors que Tuxpan est confronté à une crise de l'eau.
Une nouvelle catastrophe environnementale secoue l’État mexicain de Veracruz. Une fuite dans un oléoduc de la société nationale Petróleos Mexicanos (Pemex) a provoqué une fuite d'hydrocarbures qui a contaminé environ huit kilomètres de la rivière Pantepec, dans la municipalité d'Álamo Temapache. L'accident, survenu dans le tronçon Naranjos-Poza Rica, près de la ville de Rancho Nuevo, menace l'une des voies navigables les plus importantes de la région, vitale pour la biodiversité et l'approvisionnement en eau des communautés locales.
Selon Pemex, la fuite a été identifiée et réparée, tandis que les protocoles de sécurité industrielle et environnementale ont été activés. L'entreprise a installé des barrières de confinement, des cordons oléophiles et des systèmes de pompage pour limiter la dispersion du carburant. En collaboration avec le ministère de la Marine, l'Agence pour la sécurité, l'énergie et l'environnement (Asea) et les autorités locales, des opérations de valorisation et de collecte des résidus de surface sont en cours.
Selon ce que rapporte le journal mexicain Excelsior, la situation est toujours critique : PEMEX estime que 4,7 millions de litres d'hydrocarbures (l'équivalent de plus de 30 000 barils) ont été déversés dans la rivière Pantepec, mais au moment de la publication, seuls 180 000 litres avaient été collectés. On estime que le déversement s'étendra sur 16 kilomètres.
🆘️URGENT : Il n'y a que des inondations dans le nord de Veracruz… maintenant un déversement d'hydrocarbures depuis la tête de la rivière Pantepec a atteint la rivière Tuxpan sur plus de 16 km de l'écosystème.
On ne parle pas de catastrophes naturelles : on parle d'écocide#MorenaDestruyendoAMexico pic.twitter.com/j0GG7UPCwK
– Manolo Najera (@ManoloNajera) 21 octobre 2025
Cependant, les habitants rapportent que la pollution s'est propagée bien au-delà des limites initiales. Des vidéos ont circulé sur les réseaux sociaux montrant une tache sombre se déplaçant avec le courant de la rivière, atteignant par endroits le ruisseau El Cabellal et la rivière Xúchitl, un affluent direct du Pantepec. Les communautés d'Álamo Temapache et Tuxpan signalent une forte odeur de carburant et des craintes pour la qualité de leur eau potable, car les pompes de la Commission nationale des eaux de Veracruz (Caev) se trouvent dans la zone contaminée.
🚨Veracruz fait face à une autre crise
Les habitants d'Alamo Temapache rapportent que les arroyos Citlaltepetl, Cabellal et Xúchitlestan sont contaminés par du carburant. Ce qui est étrange, c'est que les arroyos se connectent à la rivière Pantepec, d'où provient l'eau supplémentaire pour Tuxpan. pic.twitter.com/9QPEFJeDgU
– Sofía García Guzmán (@SofiGarciaMX) 21 octobre 2025
L’alarme est également forte d’un point de vue écologique. La rivière Pantepec traverse plusieurs écosystèmes, du nord de la Sierra de Puebla à la plaine côtière de Veracruz, abritant des forêts et des forêts humides. Il s'agit d'un corridor biologique d'une extraordinaire diversité, habitat d'espèces telles que la loutre de rivière, le tlacuache aquatique, les hérons, les canards, les poissons et de nombreux invertébrés. Les premières images diffusées montrent des berges noircies et une végétation endommagée, signe d'un impact déjà important. Les espèces qui peuplent les rives ont été contaminées et les organisations environnementales ont lancé un appel à la population pour sauver les animaux touchés, afin qu'ils puissent être décontaminés et réintroduits dans l'habitat.
Les autorités craignent que si le pétrole devait atteindre la rivière Tuxpan ou même la mer, les conséquences pourraient devenir catastrophiques pour les écosystèmes côtiers et les économies des communautés qui vivent de la pêche et de l'agriculture. Pour compliquer la situation, de fortes pluies liées à une récente tempête tropicale provoquent des inondations, rendant le confinement plus difficile et augmentant les risques de dispersion.
Le gouvernement mexicain a établi un poste de commandement unifié au port de Tuxpan, coordonné par l'Administration du système portuaire national (Asipona). Plus de 300 opérateurs, un navire de confinement, des hélicoptères, des drones et sept petits bateaux sont engagés dans des opérations d'urgence. Plus de 650 mètres de barrières flottantes ont déjà été positionnées et les activités d'extraction et de stockage d'hydrocarbures ont démarré. Selon Pemex, plus de 80 véhicules terrestres et fluviaux participent à l'opération, et 48 barrières oléofuges et 13 barrières marines ont été installées.
Excelsior signale également une crise majeure de l'eau à Tuxpan, causée par la contamination du système de prise d'eau potable. La population est privée d'eau potable depuis le 9 octobre (en raison d'une situation d'urgence préexistante due à de fortes pluies) et cette interruption a été aggravée par la marée noire. Les autorités ont annoncé la distribution d'eau par camion-citerne pour remédier à la pénurie, qui a déjà provoqué un effondrement économique et social, avec une hausse des prix et une pénurie d'eau en bouteille.
Malgré les efforts déployés, l’ampleur des dégâts environnementaux reste incertaine. Les organisations environnementales et les citoyens réclament de la transparence et une enquête approfondie sur les responsabilités de Pemex, rappelant que des épisodes similaires ne sont pas nouveaux dans le pays. Alors que le pétrole continue d’affluer vers Pantepec, le Mexique se retrouve une fois de plus confronté à la fragilité de son patrimoine naturel face à un modèle énergétique qui, trop souvent, ignore les limites de l’environnement.
Source : Excelsior
