Glyphosate, changement d'autorisation sensationnel : l'UE déclare illégales les extensions automatiques
Le Tribunal général de l'UE a déclaré illégale la pratique de la Commission européenne consistant à prolonger automatiquement les autorisations de pesticides, notamment le glyphosate et la dimoxystrobine, sans une évaluation des risques actualisée.
La Commission européenne ne peut pas accorder systématiquement et automatiquement des prolongations d'approbation des pesticides en cas de retard dans le processus de réévaluation. Ce qui s’est produit dans le cas du glyphosate, du boscalid et de la dimoxystrobine.
C'est ce qu'a précisé la Cour de justice de l'UE dans une affaire intentée par l'ONG PAN Europe. Un arrêt important, qui pourrait viser à limiter la pratique désormais récurrente consistant à prolonger année après année l'autorisation des pesticides sans évaluer les risques pour la santé et l'environnement.–
Cette décision mettra fin à la pratique récurrente de l'industrie des pesticides consistant à fournir des dossiers de demande incomplets, ce qui entraîne des retards allant jusqu'à 10 ans dans la réévaluation de la sécurité des pesticides. Cette stratégie maintient les substances toxiques sur le marché plusieurs années après que la recherche scientifique a démontré leur toxicité, explique Hans Muilerman, responsable chimique principal chez PAN Europe.
Ce qui s'est passé
Les ONG avaient contesté la décision de la Commission européenne de prolonger l'autorisation du fongicide dimoxystrobine devant la Cour européenne. Bien que la législation européenne exige que la sécurité des pesticides soit réexaminée tous les 10 à 15 ans, dans la pratique, de nombreuses substances subissent des retards allant jusqu'à 10 ans après l'expiration de la période d'autorisation initiale.
La Cour a statué que la pratique de la Commission consistant à accorder des prolongations d'autorisation longues et répétées est illégale. Il a également précisé que la législation n'autorise que des prolongations exceptionnelles et temporaires, qui doivent être justifiées sur la base de l'avancement réel de l'évaluation des risques. Accorder une prolongation de six ans au dimoxystrobine sans motivation adéquate, il était donc illégitime.
La Cour a réitéré l'obligation de la Commission de respecter le principe de précaution et de donner la priorité à la protection de la santé humaine et de l'environnement.
Selon le professeur Antoine Bailleux, conseiller juridique de PAN Europe, «la Cour a souligné que le recours systématique ou automatique aux extensions viole tant la lettre que l'esprit de la loi européenne sur les pesticides, qui place la santé des personnes et la protection de l'environnement au-dessus des intérêts économiques».
La Cour rappelle que la loi fixe des délais précis pour l'évaluation des risques. Le non-respect systématique de la Commission expose les citoyens et l'environnement à des pesticides toxiques plus longtemps que nécessaire, explique Salomé Roynel, chargée de mission à PAN Europe.
Deux phrases similaires ont également été publiées dans les recours présentés par Pollinis, relatifs à la prolongation de l'approbation de boscalideet par Aurelia Stiftung concernant le glyphosate, en vue de sa réautorisation en 2023.
Un peu de données
Des dizaines de prolongations sont accordées chaque année pour des pesticides dangereux. En 2021, un an avant le dépôt du procès, la Commission européenne en a autorisé 136, soit près de 30 % des substances actives autorisées dans l’Union européenne.
PAN Europe a identifié deux causes principales de retards dans le processus d'examen :
- la soumission de dossiers incomplets par l'industrie, que les États membres devraient rejeter mais souvent accepter, entraînant des années de retards
- la pénurie de personnel responsable des évaluations des risques, même si les États membres peuvent augmenter les frais pour financer des ressources adéquates
Il s’agit de la troisième grande victoire juridique : en 2023, la Cour de justice de l’UE a déclaré illégitimes les exceptions systématiques aux pesticides interdits et en 2024, elle a établi que, dans la phase de réévaluation, les preuves scientifiques indépendantes les plus récentes doivent être prises en compte.
Sources : PAN Europe /Cour de Justice
