« Il y a un extraterrestre tropical dans le détroit de Messine » : la dangereuse Caravella portugaise repérée le long des côtes de Calabre
Un spécimen de caravelle portugaise (Physalia physalis Linnaeus, 1758) trouvé dans le détroit de Messine. Cette observation est un événement rare et scientifiquement significatif pour la Méditerranée. Voici pourquoi
Un exemple de caravelle portugaise (Physalia physalis) a été découvert ces derniers jours sur la côte calabraise du détroit de Messine. Le rapport provient des bénévoles de l'APS Ambiente Mare Italia (AMI) lors d'un suivi de l'écosystème dirigé par le représentant territorial Alessandro Taverriti.
Une observation décidément rare : considérée comme scientifiquement pertinente, l’espèce, originaire de l’océan Atlantique, n’est présente qu’occasionnellement et de manière non permanente en Méditerranée.
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Souvent confondue avec une méduse, la caravelle portugaise est en réalité une siphonophore pleustoniquec'est-à-dire un organisme colonial composé de nombreux individus spécialisés (zoïdes) qui fonctionnent ensemble comme un seul être vivant.
Certains zooïdes capturent des proies grâce à de longs tentacules piqueurs, d'autres s'occupent de la digestion et d'autres encore de la reproduction. Le sac flottant caractéristique rempli de gaz fonctionne comme une voile naturelle, permettant à l'organisme de se déplacer porté par le vent et les courants.
Un organisme fascinant mais dangereux
La caravelle portugaise. »un extraterrestre tropical sur la côte calabraise« comme l'ont dit les scientifiques, il peut représenter un risque tant pour l'homme que pour la faune marine. Ses tentacules, qui peuvent s'étendre jusqu'à des dizaines de mètres sous la surface, sont équipés de cellules urticantes qui sont actives même après s'être échouées, capables de provoquer des irritations cutanées même après des jours.
De plus, la ressemblance avec des déchets plastiques peut conduire certaines espèces marines à les ingérer accidentellement, avec des conséquences potentiellement mortelles.
Parmi ses prédateurs naturels se trouve la tortue marine Caretta caretta.
Je photographiais l'échouage saisonnier de Velella velella – explique Alessandro Taverriti – quand j'ai remarqué quelque chose qui ressemblait à un sac en plastique sur le sable. En me rapprochant, j'ai reconnu une caravelle portugaise. Il s'agit d'un événement rare en Méditerranée, sachant que le dernier signalement remonte à Favignana.
Le spécimen était enveloppé dans un petit morceau de bois et présentait des tentacules partiellement endommagées par l'échouage, mesurant jusqu'à 10 mètres de long. Après documentation photographique, l’échantillon a été traité selon des protocoles scientifiques et stocké dans de l’éthanol à 70 % à des fins d’étude.
Comment arrive-t-on en Méditerranée
La Caravelle Portugaise est typique des eaux tropicales et subtropicales de l'Atlantique. Sa présence en Méditerranée se produit de manière épisodique, transportée par les courants traversant le détroit de Gibraltar, souvent en conjonction avec des vents d'ouest persistants et des conditions météorologiques et maritimes favorables.
La présence simultanée de Velella velellaun autre siphonophore flottant, suggère des conditions océanographiques favorisant le transport d'organismes pleustoniques vers les côtes italiennes.
Chaque observation est précieuse – souligne Alessandro Botti, président d'Ambiente Mare Italia – car elle fournit des données utiles pour comprendre des phénomènes écologiques complexes. La présence d'espèces exotiques telles que la caravelle portugaise nécessite une attention et une surveillance constante pour prévenir les risques pour la faune marine, les humains et les écosystèmes locaux.
L'observation de la caravelle portugaise dans le détroit de Messine n'est pas qu'une simple curiosité naturaliste. C’est le signe à quel point nos mers sont liées à la dynamique mondiale, où les courants, les changements climatiques et les altérations de l’équilibre océanique peuvent éloigner les espèces même à des milliers de kilomètres de leur habitat d’origine.
Des événements comme celui-ci rappellent à quel point il est essentiel d’observer, de documenter et de comprendre ce qui se passe le long de nos côtes. Car connaître la mer, c’est aussi savoir lire les signes d’une transformation en cours et agir pour protéger des écosystèmes de plus en plus fragiles.
