L’Allemagne a un problème avec le gaz à effet de serre le plus puissant connu, 24 000 fois plus impactant que le CO2

L’Allemagne a un problème avec le gaz à effet de serre le plus puissant connu, 24 000 fois plus impactant que le CO2

Voici le gaz à effet de serre le plus puissant connu : un seul kilogramme a le même effet que 24 tonnes de CO₂. Ses pertes ont un impact climatique énorme mais elle est également indispensable dans les équipements électriques haute tension.

Inodore, incolore et non toxique, il constitue aujourd'hui l'ennemi numéro un du climat. Il s’agit du gaz hexafluorure de soufre (SF6), utilisé dans le monde entier principalement comme gaz isolant et protecteur dans les tableaux électriques moyenne et haute tension. Dans le passé, il était également utilisé comme gaz de remplissage pour les chaussures de sport et comme gaz isolant dans les fenêtres insonorisées, jusqu'à ce que cette utilisation soit interdite en 2006. Mais aujourd'hui, une nouvelle étude allemande le remet en lumière, confirmant que le SF6 est actuellement le gaz à effet de serre le plus puissant connu, avec un impact climatique environ 24 000 fois supérieur à celui du CO₂.

Grâce à des mesures avancées et à des modèles informatiques, l'équipe internationale dirigée par des chercheurs de la Goethe-Universität Frankfurt a identifié dans le sud de l'Allemagne une source d'émission d'hexafluorure de soufre qui n'avait pas encore été prise en compte dans le bilan climatique allemand.

L’hexafluorure de soufre est un gaz dont on parle peu et pourtant il représente l’une des menaces climatiques les plus extrêmes de la planète. Un seul kilogramme de SF₆ a un impact sur le réchauffement climatique équivalant à environ 24 tonnes de dioxyde de carbone, ce qui le rend environ 24 000 fois plus nocif pour le climat.

En raison de sa stabilité chimique et de son impact climatique extrême, les Nations Unies exigent que tous les États membres déclarent régulièrement leurs émissions de SF₆.

Où est utilisé l’hexafluorure de soufre ?

Malgré son potentiel de réchauffement climatique très élevé, le SF₆ est fondamental pour des secteurs clés de la technologie moderne : il constitue l’épine dorsale des réseaux électriques. L'utilisation principale et la plus répandue du SF₆ est comme gaz isolant et protecteur dans les équipements électriques. C’est le gaz isolant le plus efficace connu pour les systèmes haute tension.

De plus, le SF₆ possède un pouvoir diélectrique très élevé, c'est-à-dire qu'il résiste parfaitement au passage du courant électrique même à haute tension, comme cela se produit dans les interrupteurs utilisés par les gestionnaires de réseaux de transport, dans les centrales électriques ou dans les installations industrielles de forte puissance. Ces systèmes garantissent une grande fiabilité et nécessitent très peu de maintenance.

L'étude allemande

Le SF₆ est aujourd’hui considéré comme le gaz à effet de serre le plus puissant de tous. Une étude de la Goethe-Universität Frankfurt am Main révèle qu'un seul kilo de ce gaz a le même effet sur le réchauffement climatique qu'environ 24 tonnes de CO₂. C'est énorme, et cela se résume au fait que le SF₆ retient la chaleur de manière extrêmement efficace et reste dans l'atmosphère pendant des milliers d'années sans se dégrader.

Pendant de nombreuses années, en Allemagne, on a cru que la majorité des émissions de SF₆ provenaient d'une source bien particulière : les vieilles fenêtres insonorisantes. En effet, dans les années 1970 et jusqu’au début des années 1990, ce gaz était utilisé comme isolant acoustique à l’intérieur des doubles vitrages allemands. Lorsque ces fenêtres étaient démontées ou éliminées, le gaz emprisonné à l’intérieur se libérait lentement dans l’atmosphère.

L’inventaire national des émissions allemand base depuis longtemps ses calculs sur cette hypothèse. Cependant, l'étude soulignant que la région du sud de l'Allemagne est particulièrement problématique du point de vue de ce gaz à effet de serre a mis en doute cette vision, suggérant qu'il pourrait y avoir d'autres sources d'émissions plus importantes, comme certaines applications industrielles. Cependant, la croyance historique était que l’élimination des vieilles fenêtres était le facteur prédominant.

Ce type de répartition régionale des émissions ne correspond pas aux hypothèses précédentes selon lesquelles les émissions provenaient principalement de l'élimination de vieilles fenêtres insonorisées », explique Katharina Meixner, auteure principale de l'étude publiée dans la revue ACS Science et technologie de l'environnement – ​​Air. « Mais ce qui est frappant, c'est que cette région abrite la seule usine de production et de recyclage de SF6 en Europe à notre connaissance. » Meixner souligne que « ce n’est qu’en comprenant d’où proviennent les émissions en Allemagne qu’on pourra les prendre en compte correctement et les traiter efficacement afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre ».

Andreas Engel explique :

Des études scientifiques antérieures ont déjà montré que les émissions lors de la production, de l'utilisation et du recyclage de substances hautement volatiles sont souvent plus difficiles à éviter et donc plus élevées qu'on ne le pensait auparavant.

Le paradoxe climatique

Le cas du SF₆ met en évidence un paradoxe critique : les substances utilisées pour rendre notre technologie plus efficace, plus compacte et plus sûre, comme les équipements électriques hautement fiables, sont souvent les mêmes qui sont les plus difficiles à gérer en termes de pertes environnementales. L'étude allemande montre en effet que les émissions générées lors de la production, de l'utilisation et du recyclage de substances hautement volatiles sont souvent plus importantes que prévu.

Comprendre et quantifier précisément ces émissions, comme le font les chercheurs de Francfort, est essentiel, car l'impact de ce gaz à effet de serre à très longue durée de vie, même en faible quantité, est catastrophique. C'est comme essayer d'éteindre un feu de forêt avec un verre d'eau, sauf que cette eau, dans le cas du SF₆, est extrêmement concentrée et infiniment plus puissante.

Source : Goethe-Université de Francfort-sur-le-Main

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