obelisco di Luxor, Parigi

Le mystère de l'obélisque de Louxor révélé : les messages secrets qui n'ont parlé qu'à quelques-uns depuis des millénaires ont été déchiffrés

Sous les yeux de millions de personnes, l'obélisque de Louxor a caché pendant des siècles un langage secret réservé à quelques privilégiés.

Chaque jour, des milliers de personnes traversent la place de la Concorde à Paris sans même s'arrêter pour la regarder. L'obélisque de Louxor est là, au centre de la place, solide, silencieux, apparemment immobile dans le temps. Pourtant, on sait aujourd’hui qu’il ne s’agissait jamais d’un simple monument décoratif. Ces gravures qui semblent lointaines et incompréhensibles cachent un langage raffiné, conçu pour être compris uniquement par ceux qui possédaient les bons outils pour comprendre.

Une découverte récente a ramené l'attention sur ce géant de granit : certains de ses hiéroglyphes n'étaient pas destinés à tout le monde, mais à une petite élite de l'Egypte ancienne, capable de lire de multiples messages gravés dans la pierre.

Le tournant s'est produit lors des travaux de restauration de l'obélisque, qui ont permis pour la première fois d'observer de près des parties normalement inaccessibles. Là-haut, là où le regard des passants ne peut atteindre, se trouvent des gravures qui changent de sens selon l'angle sous lequel on les lit.

Ils ont été étudiés par Jean-Guillaume Olette-Pelletier, égyptologue et professeur à la Sorbonne Université, qui analyse depuis des années la manière dont les anciens Égyptiens envisageaient l'utilisation des inscriptions sacrées. Ils n'ont pas écrit uniquement pour raconter des histoires, mais pour guider le regard, sélectionner le public, construire des significations différentes dans le même espace.

Lire correctement a tout changé

Les hiéroglyphes ne fonctionnent pas comme notre alphabet. Les chiffres indiquent le sens de lecture et, dans certains cas, le sens des mots change complètement si l'on part du mauvais point. Dans certaines inscriptions de l’obélisque de Louxor, les scribes ont délibérément étendu ces règles, créant une forme d’écriture énigmatique.

Seuls ceux qui connaissaient des valeurs phonétiques rares et des conventions avancées pouvaient saisir le message caché. Pour tous les autres, ces mêmes gravures restaient muettes. C’est aussi pourquoi, encore aujourd’hui, très peu de spécialistes sont capables de réellement lire ces textes.

Un monument conçu pour le Nil

Lorsque l’obélisque se dressait devant le temple de Louxor, son public n’était pas celui des places bondées. Lors du festival Opet, des bateaux d'élite remontaient le Nil et observaient le monument sous un angle précis. À partir de là, certaines scènes sont soudainement devenues claires.

D'un côté, apparaît le pharaon Ramsès II faisant des offrandes au dieu Amon. Lue sous le bon angle, cette scène véhicule un message politique très puissant : le souverain n’est pas seulement un roi, mais une figure choisie et légitimée par le divin, impossible à remettre en question.

Les détails comptent aussi. Une couronne différente, gravée sur une seule face, unit la Haute et la Basse-Égypte dans une image qui parle d'unité et de contrôle. Ailleurs, la présence de cornes de taureaux à côté d'une table d'offrandes suggère un enseignement rituel, une invitation à apaiser les divinités par des cadeaux et de l'encens. Le texte et l’image fusionnent, créant un langage complexe qui n’a pas besoin d’être expliqué. Il suffisait de savoir le lire.

De la propagande sacrée à l’élément urbain

Au XIXe siècle, l'obélisque fut offert à la France et placé place de la Concorde. Haute de plus de 23 mètres et pesant plus de 200 tonnes, elle s'inscrit dans le paysage parisien. Mais en changeant de lieu, il a perdu son contexte d'origine. Ces inscriptions, destinées à un public sélectionné et à des points d'observation précis, ont été transformées en simple ornementation. Seule la récente restauration a permis de réaligner, au moins en partie, l'aspect moderne avec l'ancien.

Selon Olette-Pelletier, l’écriture énigmatique égyptienne peut changer notre façon de lire de nombreux textes pharaoniques déjà connus. Il n’est pas nécessaire de découvrir de nouveaux monuments : il suffit d’apprendre à mieux regarder ceux que nous avons sous les yeux depuis des siècles. L'obélisque de Louxor nous rappelle que le passé n'est jamais complètement silencieux. Parfois, il parle à voix basse, et seulement à ceux qui veulent vraiment l'écouter.

Source : Artnet

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