Bressanone bosco

Les bulldozers démolissent la forêt riveraine de la vallée de l'Isarco, habitat des hérons cendrés et des espèces protégées : « 100 ans effacés en 2 heures »

A Bressanone, la forêt riveraine de la vallée de l'Isarco a été démolie : les écologistes et le WWF dénoncent la destruction d'un écosystème riche en biodiversité pour construire des entrepôts industriels

Vendredi dernier, alors que la ville dormait encore, les bulldozers étaient déjà au travail. En quelques heures seulement, la forêt riveraine de Bressanone, l'une des dernières bandes naturelles restantes le long de la rivière Isarco, a été abattue. Des arbres atteignant 40 mètres de haut, des troncs centenaires et un écosystème riche en vie sont tombés sous les lames des tronçonneuses.

Selon le WWF, il s'agit de la dernière grande forêt inondable de la vallée de l'Isarco, un environnement naturel qui a survécu presque miraculeusement au milieu de la zone industrielle. Dans cette zone d'environ trois hectares vivaient des dizaines d'espèces animales et végétales, dont beaucoup étaient rares ou protégées. Une colonie industrielle avec des entrepôts et des parkings va désormais les remplacer.

Un trésor de biodiversité

La valeur de cette forêt n’était pas seulement pittoresque. C’était avant tout écologique. Comme le souligne le WWF, jusqu'à treize couples de hérons cendrés nichent chaque année à la cime des arbres, tandis que toute la zone abrite 64 espèces d'oiseaux, dont 29 nichent et 7 sont inscrites sur la Liste rouge des espèces menacées.

Pas seulement ça. La forêt a également offert refuge à sept espèces de chauves-souris et plusieurs reptiles protégés par la législation européenne. Un monde invisible d'insectes, de champignons et de lichens, fondamentaux pour l'équilibre de l'écosystème, prospérait dans les troncs morts et les branches tombées. Parmi les habitants les plus rares, il y avait aussi le pic épeiche, une espèce difficile à observer et étroitement liée aux milieux forestiers matures.

Le projet industriel depuis 2019

Comme le rapporte le WFF, l'histoire remonte à 2019, lorsque le terrain composé de deux hectares de forêt et de 7 000 mètres carrés de prairies a été vendu à la société Progress Holding AG. Le terrain, initialement classé en zone de protection des eaux, a dû être reclassé pour devenir constructible.

Le prix de l'opération : environ 9 millions d'euros. Le projet implique la construction de structures industrielles dédiées à la production d'imprimantes 3D béton. Entre-temps, les citoyens et les associations ont tenté de stopper le projet par des pétitions, des appels et des protestations, recueillant plus de 4 000 signatures.

Critiques du WWF et question des compensations

Selon le WWF Trentin-Haut-Adige, le processus décisionnel a ignoré de nombreuses études naturalistes qui mettaient en valeur la valeur de la zone. Et même la commission provinciale du territoire et du paysage avait reconnu que le projet ne pouvait être évalué positivement d'un point de vue environnemental.

Malgré cela, l'intervention a été approuvée. À titre de compensation environnementale, il est prévu la renaturalisation d'environ 17 000 mètres carrés de terres agricoles à proximité du biotope Millander Au, actuellement occupées par des vergers. Mais pour les écologistes, cela ne tient pas la route. Points forts du WWF :

Les mètres carrés sont compensés, pas les écosystèmes. Les 17 000 m² de nouvelle nature future ne valent pas les 9 000 m² de forêt centenaire et 7 000 m² de prairie qui n'existent plus depuis ce matin. On ne compense pas un arbre centenaire par une parcelle à renaturaliser. Les colonies de hérons, les chauves-souris dans les cavités, le pic épeiche ne sont pas compensés.

Les terres renaturalisées ne pourront pas restaurer à court terme des arbres centenaires, des colonies de hérons ou des cavités naturelles pour les chauves-souris. Une forêt mature est le résultat de décennies d’évolution naturelle, constituée de relations complexes entre les espèces, le sol et l’eau. Avec l'abattage de la forêt riveraine, affirment les écologistes, une partie de l'histoire naturelle de Bressanone a été effacée. Et il est peu probable que ce qui a été perdu aujourd’hui revienne à l’existence dans une génération.

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