L'Italie est un « seau sacré » : nous consommons trop d'eau et près de la moitié de l'eau potable finit par être gaspillée
Nous sommes les champions de la consommation et nos réseaux d’eau sont une passoire. Entre crise climatique et gaspillage numérique, voici pourquoi l’or bleu nous glisse entre les doigts
Le paradoxe italien réside dans un robinet qui fuit. Pendant que certains pays vertueux commencent à compter les gouttes, nous laissons filer des milliards. Les données du nouvel Atlas de l'eau 2026 nous indiquent que l'Italie est parmi les pays européens qui prélèvent le plus d'eau potable (155 mètres cubes par an et par habitant) et, en même temps, l'un de ceux qui en jettent le plus. Pour être précis, 42,4 % de la ressource disparaît avant même d’atteindre nos maisons. Un bilan qui frise l'absurde au Sud, avec des failles qui engloutissent 60 % des flux (la moyenne européenne est de 25 %).


Les données ont soif
Les fuites d’eau font partie du problème ; l’autre moitié du problème réside dans les serveurs qui alimentent nos vies numériques. Notre empreinte hydrique n’est pas seulement liée à la viande ou aux longues douches, mais aussi à notre smartphone. Pour en fabriquer un, il faut 12 000 litres d’eau. L’intelligence artificielle est donc une machine assoiffée : d’ici 2027, les systèmes mondiaux d’IA pourraient consommer six fois plus d’eau que l’ensemble du Danemark. Chaque fois que nous interrogeons un algorithme, nous demandons à la Planète un sacrifice d’eau que nous n’avions pas prévu. Un datacenter moyen boit un million de litres par jour.
Glaciers en rouge et le Pô retient son souffle
Pendant que nous gaspillons en plaine, notre « coffre-fort » en altitude fond. Entre 2000 et 2023, les glaciers des Alpes et des Pyrénées ont perdu 39 % de leur masse. Si la montagne ne retient plus la neige, les rivières restent seules. Le Pô doit à lui seul supporter 75 % des prélèvements d'irrigation de son district pour lutter contre les microplastiques et la pollution chimique. Une criticité du cycle de l’eau qui met en danger 24 % de la population italienne vivant le long de ses rives.
PFAS et poisons : l'eau dont on ne veut pas
L’eau restante n’est donc pas toujours un cadeau. L’ombre des PFAS – les produits chimiques éternels qui ne disparaissent jamais – s’étend sur de vastes territoires. Le cas de la Vénétie, avec 350 000 personnes exposées, est la pointe de l'iceberg d'une contamination qui voyage dans le sang, le placenta et le lait maternel. Pourtant, au lieu d’investir dans la récupération et l’épuration (où seulement 56 % de nos eaux usées sont traitées selon les normes), nous préférons payer de lourdes amendes à l’Europe pour notre non-conformité.
Au-delà du béton : des villes qui savent absorber
Existe-t-il une alternative au « modèle tamis » ? Des voisins nous montrent le parcours. Les Pays-Bas ne considèrent plus la pluie comme un ennemi. Leurs « villes éponges » sont faites pour retenir, filtrer et réutiliser. En Allemagne, la gestion intégrée a réduit les pertes en investissant plus de 110 euros par habitant et par an dans la maintenance préventive, grâce à des capteurs acoustiques et satellitaires qui identifient les micro-fuites avant qu'elles ne se transforment en gouffre.
Un chantier appelé le futur
Réparer le « seau qui fuit » constitue la plus grande opportunité d'innovation du pays. Cela signifie ouvrir des chantiers intelligents, numériser les réseaux et amener l’agriculture vers une efficacité que la technologie permet déjà aujourd’hui. La transparence de l'industrie technologique et les infrastructures modernes sont l'assurance d'une Italie qui veut continuer à produire et à croître. La technologie est là, les modèles aussi.
Source : Legambiente
