l'usine aux poisons cachés
Les plages blanches de Rosignano (Livourne) sont un paradis apparent : la couleur blanche provient des déchets industriels de l'usine Solvay, active depuis 1912. Chaque jour, des tonnes de substances chimiques (arsenic, mercure, chrome, benzène) sont déversées dans la mer en toute légalité grâce au décret « Sblocca Italia ». Le risque de cancer dans la région est jusqu'à 300 % plus élevé que la moyenne régionale. Une beauté toxique qui attire des touristes inconscients.
Les plages blanches de Rosignano racontent une histoire complexe : celle d'un équilibre rompu entre l'industrie et l'environnement. Une beauté artificielle qui, sous la surface, cache un héritage toxique. Rejoignez-nous dans le cinquième et dernier épisode de « Veleni d'Italia », pour découvrir ce qu'il y a réellement sous ce sable blanc
À première vue, les plages de Rosignano Marittimo, dans la province de Livourne, ressemblent à un coin des Caraïbes transplanté au cœur de la Toscane. Sable blanc, eau bleue et paysages à couper le souffle. Mais derrière cette apparente beauté se cache l’une des zones les plus polluées de la mer Méditerranée.
La raison ? L'usine Solvay, parmi les plus grandes d'Europe pour la production de carbonate de sodium (communément appelé soude), est active dans la région depuis plus d'un siècle.
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Fondée en 1912, l'entreprise a transformé le paysage et la communauté locale, apportant sans aucun doute développement économique et emplois. Mais le prix environnemental est très élevé. C'est sérieux.
Les plages blanches et l'effet chimique
La couleur blanche caractéristique du sable est due aux résidus de carbonate de calcium et de soude résultant du processus industriel. L’eau trouble est plutôt remplie de craie et de calcaire, et la végétation marine est pratiquement absente depuis des décennies.
Le drain principal, appelé Fossé blancrejette chaque jour des tonnes de produits chimiques dans la mer, notamment de l’arsenic, du mercure, du chrome et du benzène. Nous parlons de millions de mètres cubes d’eaux usées chaque année. Et, incroyablement, tout cela est légal.
La loi qui autorise les rejets toxiques
Depuis 2015, le décret dit « Sblocca Italia » (DL 91/2014, transformé en loi 116/2014) permet des exemptions de déchets industriels en fonction de la capacité de production de l'usine, même lorsque les substances dépassent les limites de concentration normalement prévues. En pratique, une entreprise peut continuer à polluer, pour peu qu’elle soit « autorisée ».
Quoi qu'il en soit, le PNUE, l'Agence des Nations Unies pour l'Environnement, a classé Rosignano parmi les zones côtières les plus compromises au monde, estimant le coût d'un nettoyage complet à plus de 40 millions de dollars.
De plus, pour produire du bicarbonate, il faut de l'eau et du sel, que Solvay extrait localement : eau de la rivière Cecina, sel des salines de Volterra. La consommation d'eau dépasse les 10 millions de mètres cubes par an, payés par la multinationale belge moins de 4 centimes le mètre cube. Un retrait qui, au fil du temps, a contribué à des problèmes d'instabilité hydrogéologique et de stress environnemental dans toute la zone.
Santé, légalité et contradictions
Malgré les restrictions de baignade dans certaines zones et les panneaux indiquant l'interdiction, les plages de sable blanc continuent d'attirer les touristes, souvent ignorants de la situation. Une contradiction dont on discute depuis des années.
Selon une étude du CNR de Pise, dans les zones entourant l'usine, il existe un risque de tumeur jusqu'à 300 % supérieur à la moyenne régionale. En outre, de nombreuses enquêtes judiciaires ont mis en évidence des irrégularités dans l'élimination des boues industrielles, notamment des incidents documentés de mortalité de poissons et de contamination des fonds marins.
Et aujourd'hui ?
En 2024, le Parlement européen a approuvé une mise à jour de la directive-cadre sur l'eau, obligeant les États membres à procéder à une surveillance accrue des rejets industriels et à exiger une transparence publique sur les données environnementales. Mais pour l’instant, l’Italie n’a pas encore pleinement mis en œuvre les nouvelles règles.
Entre-temps, la communauté locale, les comités environnementaux et les associations scientifiques réclament une révision des autorisations environnementales accordées à Solvay et un plan sérieux de réhabilitation et de reconversion durable de la zone.
Entre-temps, paradoxe : Solvay, avec un chiffre d'affaires de plus de 10 milliards d'euros au niveau mondial, continue de détenir le monopole de la production de bicarbonate en Italie, également grâce aux concessions pluriannuelles de l'État pour l'extraction du sel.
