Niscemi, la ville mourante : ce glissement de terrain est une énorme blessure qui dévoile des décennies d'abandon
La colline qui glisse vers Gela contraint 1 500 personnes à abandonner leurs maisons : un désastre prévu depuis des siècles, ignoré par les politiques et aggravé par des choix jamais totalement résolus.
À Niscemi, il n'y a pas eu un rugissement soudain mais un front de plus de quatre kilomètres qui s'est avancé, une colline qui a glissé vers la plaine de Gela et un pays obligé de faire face à une vérité inconfortable : ce qui se passe était connu, étudié, prévu.
Plus de 1 500 personnes ont dû quitter leur domicile à cause de l'énorme glissement de terrain. Des quartiers entiers – Sante Croci, Trappeto, via Popolo – ont été évacués. Les écoles sont fermées, les routes bloquées, la vie quotidienne suspendue.
« C'est un désastre, nous perdons tout. Des maisons et des souvenirs engloutis par la terre et tout le monde savait que c'était une zone à risque » nous dit un citoyen de Nisceme.
Le glissement de terrain est toujours actif et, comme l'a déclaré le chef de la Protection Civile Fabio Ciciliano, « ce n'est pas seulement ce que nous voyons qui s'effondre, mais toute la colline qui descend vers la plaine de Gela ».
Un glissement de terrain tout sauf soudain
L’instabilité qui accable aujourd’hui Niscemi trouve ses racines très loin dans le temps. Et même avant 1997, lorsqu’un glissement de terrain dévastateur a frappé la même région. Les scientifiques de la Société italienne de géologie environnementale rappellent en effet l'existence de documents qui déjà en 1790 décrivaient des mouvements de glissements de terrain dans la partie ouest de la ville. Un territoire fragile donc jamais véritablement sécurisé.
L'explication géologique est claire. Le sol est composé d'une couche sableuse reposant sur une argile imperméable. « Le sol sableux – explique Riccardo Ferraro de la Société italienne de géologie environnementale – présente un angle de résistance au cisaillement d'environ 35 degrés », tandis que la pente atteint des inclinaisons allant jusqu'à 85 degrés. Une condition contre nature, vouée à se rééquilibrer tôt ou tard. Les pluies intenses et le cyclone Harry ont accéléré un processus déjà en cours, saturant les couches superficielles d'eau et déclenchant le glissement.
Des maisons au bord du vide
Les conséquences sont là, aux yeux de tous. La zone rouge s'est progressivement élargie, passant de cent à cent cinquante mètres du front de glissement. Selon les experts, de nombreuses maisons donnant sur la couronne ne pourront plus être habitées. Ciciliano a été clair : ceux qui y vivent ne reviendront jamais.
Après 1997, certaines maisons ont été démolies et les nouvelles constructions ont été interdites. Mais le front est instable. Parallèlement, les désordres urbanistiques et la gestion incontrôlée des eaux pluviales ont aggravé la vulnérabilité du versant. Les eaux de ruissellement traversent la ville et se déversent sur la colline, creusant des sillons qui accélèrent l'érosion.
L’urgence et les réponses institutionnelles
La Protection Civile et la Région travaillent à la gestion de l'urgence. Le gouvernement a alloué une première contribution économique aux familles déplacées, tandis qu'on parle de relocalisations permanentes et de nouveaux logements pour ceux qui ont perdu leur logement. Des propos nécessaires, mais qui surviennent après des années de reportages ignorés.
La politique nationale est arrivée à Niscemi avec des déclarations de proximité et des promesses de fonds. Mais entre-temps, la ville reste presque isolée : trois des quatre voies d'accès sont compromises et la vie ordinaire, comme l'a reconnu la Protection civile elle-même, « n'est plus ordinaire ».
Niscemi et le poids de l'histoire sicilienne
Il y a ensuite un niveau plus large, qui va au-delà de la géologie. Niscemi est aussi le symbole d'une Sicile souvent sacrifiée et laissée seule, appelée à payer le prix des choix faits d'en haut. Au fil du temps, d'importantes infrastructures militaires américaines ont été implantées sur ce territoire fragile, depuis la station de télécommunications jusqu'au MUOS – le système de communications militaires par satellite à haute fréquence et bande étroite géré par le Département américain de la Défense -, sans la militarisation correspondant à une prise en charge adéquate du territoire et de sa sécurité.
Alors que la colline s’effondre, le sentiment d’une communauté qui réclame aujourd’hui des responsabilités et non des slogans refait surface. Le glissement de terrain de Niscemi est le résultat d’une longue chaîne d’omissions. Et jusqu’à ce que ce problème soit résolu, la Terre continuera, mètre après mètre, à s’en souvenir.
Source : Protection Civile
