Nous avons sauvé l'ozone mais créé un nouveau problème : les niveaux de ce PFAS dans l'environnement ont triplé
Les règles qui interdisaient les anciens gaz appauvrissant la couche d'ozone ont sauvé la couche protectrice de la Terre, mais il y a eu un effet secondaire : les gaz de remplacement libèrent des quantités massives de TFA, un PFAS persistant, dans l'environnement.
Lorsque le monde s’est mobilisé pour sauver la couche d’ozone dans les années 1980, personne n’imaginait que la solution entraînerait un nouveau problème environnemental. Aujourd’hui, nous constatons que les gaz utilisés pour remplacer les gaz appauvrissant la couche d’ozone libèrent des quantités massives d’un type particulier de PFAS.
Une nouvelle étude publiée dans Lettres de recherche géophysique révèle qu'au cours des vingt dernières années, les niveaux d'acide trifluoroacétique (TFA) ont plus que triplé à travers la planète. La cause ? Précisément ces gaz réfrigérants « sûrs » qui ont remplacé les anciens chlorofluorocarbures interdits par le Protocole de Montréal.
Qu'est-ce que le TFA
Les TFA appartiennent à la famille des PFAS, les « substances chimiques éternelles » qui persistent très longtemps dans l'environnement. Selon les chercheurs deUniversité de Lancaster et en Californie à San Diego, entre 2000 et 2022, la quantité de TFA déposée sur le sol par la pluie et le vent est passée de 6 800 tonnes par an à plus de 21 800 tonnes.
Ce composé se retrouve désormais partout : dans l’eau, dans le sang humain, dans l’eau potable, jusque dans la poussière de nos maisons. Les études sur la glace arctique montrent une augmentation jusqu'à dix fois supérieure à celle des années 1970.
Le paradoxe des gaz réfrigérants
Lorsque le Protocole de Montréal a interdit les CFC, les anciens gaz réfrigérants contenant du chlore, du fluor et du carbone qui détruisaient la couche d'ozone, l'industrie a développé des alternatives apparemment plus sûres : d'abord les hydrofluorocarbures (HFC), puis les hydrofluorooléfines (HFO). Ces gaz n’endommagent pas l’ozone, mais lorsqu’ils se dégradent dans l’atmosphère, ils produisent du TFA comme sous-produit.
Le problème s’est aggravé avec l’introduction des HFO, présentés comme une solution à faible impact climatique. Parmi ceux-ci, le HFO-1234yf – largement utilisé dans la climatisation automobile – génère du TFA dix fois plus rapidement que les HFC précédents.
L’étude souligne à quel point ce type de contamination ne connaît pas de frontières. Les TFA produits par la dégradation des gaz réfrigérants voyagent dans l’atmosphère et se déposent aux quatre coins de la planète, des métropoles industrielles jusqu’aux régions polaires les plus reculées.
Les concentrations les plus élevées sont enregistrées dans les zones tropicales et dans certaines zones de l'hémisphère nord, notamment en Chine. Mais même l'Arctique n'est pas épargné : les chercheurs ont également détecté des augmentations significatives des glaciers canadiens et du Svalbard.
Quels risques pour la santé et l'environnement
L'Union européenne classe les TFA comme nocifs pour les organismes aquatiques et évalue actuellement leurs effets potentiels sur la fertilité et la reproduction humaines. Bien que les impacts précis sur la santé ne soient pas encore tout à fait clairs, son extrême persistance dans l’environnement représente une exposition continue et potentiellement irréversible.
Les scientifiques préviennent que les concentrations dans les eaux de pluie de certaines régions africaines ont déjà dépassé les valeurs de sécurité établies pour l'eau potable en Allemagne.
Et maintenant ?
Revenir aux anciens réfrigérants n’est pas une option viable. Cependant, cette recherche nous place devant un choix crucial : continuer avec les HFO tout en acceptant une augmentation exponentielle des AGT dans l’environnement, ou investir dans le développement d’alternatives véritablement durables.
Les chercheurs soulignent l’urgence d’une surveillance plus approfondie et d’efforts internationaux coordonnés. Le caractère transfrontalier de cette pollution soulève également des questions de justice environnementale, dans la mesure où les régions qui contribuent le moins aux émissions reçoivent néanmoins d’importants dépôts d’AGT.
Cette histoire nous rappelle une leçon importante, à savoir que les solutions environnementales doivent être évaluées dans leur complexité. Résoudre un problème sans tenir compte de ses conséquences possibles peut simplement déplacer les dégâts ailleurs, créant ainsi de nouvelles situations d’urgence pour les générations futures.
Source : Lettres de recherche géophysique
