PFAS, perturbateurs endocriniens et pesticides neurotoxiques : l'UE prolonge les plus dangereux malgré l'arrêt de la Cour
PAN Europe pointe du doigt Bruxelles pour avoir continué à étendre l'utilisation de certains des pesticides les plus dangereux en circulation et ce, tout en ignorant un arrêt historique de la Cour de Justice européenne.
Hier encore, nous vous parlions du combat de PAN Europe pour interdire le Flupyradifurone, le pesticide de Bayer accusé de tuer les abeilles et de représenter un risque potentiel pour les enfants. Comme nous l’avions déjà annoncé, cette histoire n’est pas un cas isolé, mais le reflet d’un système qui, mois après mois, continue de reporter, de prolonger et d’esquiver les décisions les plus difficiles. C'est ce que démontre clairement le communiqué publié hier par l'organisation, à la veille de la réunion mensuelle européenne consacrée aux pesticides.
L'UE doit interdire ce pesticide produit par Bayer, il tue les abeilles et présente un risque pour les enfants : demande de Pan Europe
La réunion de mars présente, selon PAN Europe, un tableau contrasté. D’une part, certaines propositions d’interdiction attendues depuis des années semblent enfin aller dans la bonne direction. En revanche, l'impasse politique persiste sur deux des dossiers les plus urgents : l'interdiction des pesticides classés comme perturbateurs endocriniens et l'interdiction des pesticides PFAS, ces « substances éternelles » qui ne se dégradent pas dans l'environnement et s'accumulent dans les organismes vivants. Et au milieu, comme si cela ne suffisait pas, la Commission propose de prolonger l'autorisation de certaines des substances les plus problématiques sur le marché.
La liste inquiétante
Les substances pour lesquelles une prolongation de la période d'approbation est proposée comprennent la lambda-cyhalothrine, la deltaméthrine, le fluopicyclide, le chlorotoluron et le benzovindiflupyr. Ce ne sont pas n'importe quels noms : la lambda-cyhalothrine et le chlorotoluron figurent dans la liste « Toxic 12 » de PAN Europe, la liste de douze pesticides que l'organisation considère comme si dangereux qu'ils devraient être interdits immédiatement.
Quatre des cinq substances sont candidates à la substitution, ce qui signifie que l'UE elle-même les considère comme problématiques et souhaite les remplacer par des alternatives plus sûres. Deux d’entre eux sont des PFAS. Et la deltaméthrine, même si elle n’entre pas dans cette catégorie, est désormais soupçonnée d’interférer avec le développement cérébral des jeunes enfants.
La phrase ignorée
Ce qui rend cela encore plus difficile à digérer, c’est le timing. Ces prolongations sont proposées quelques semaines après un arrêt historique du Tribunal de l'UE, obtenu grâce aux recours présentés par PAN Europe et d'autres organisations environnementales.
Les juges ont clairement établi que les prolongations d'autorisations doivent être exceptionnelles, temporaires et justifiées par des progrès concrets dans l'évaluation des risques. La Cour a également jugé qu'il fallait évaluer si les producteurs eux-mêmes avaient contribué aux retards en fournissant des données insuffisantes ou incomplètes.
Malgré cela, la Commission continue comme avant. Pour PAN Europe, il s’agit d’un choix qui compromet l’État de droit européen.
Sur le front des PFAS
Sur le devant de « produits chimiques pour toujours« , la proposition d'interdire le flutolanil – un pesticide PFAS qui se dégrade en acide trifluoroacétique, une substance persistante, mobile dans l'eau et toxique pour la reproduction – est saluée par l'organisation, qui la soutient depuis plus d'un an contre tout blocage politique. Mais l'optimisme s'arrête là.
Le penoxulam, structurellement similaire au flutolanil et potentiellement capable de produire les mêmes résidus toxiques, est en discussion pour un renouvellement sans qu'il existe de données adéquates pour exclure ce risque.
Une étude danoise a montré que le diflufénican, un herbicide PFAS largement utilisé, se dégrade en acide trifluoroacétique dans des conditions réelles d'utilisation, contaminant les eaux souterraines, mais l'EFSA n'a pas considéré ces preuves suffisamment critiques pour bloquer le renouvellement.
Perturbateurs endocriniens et nouvelles autorisations inquiétantes
Du côté des perturbateurs endocriniens, la proposition d'interdire la buprofézine, identifiée comme un perturbateur du système hormonal humain, est un signe positif. Mais d'autres pesticides présentant les mêmes caractéristiques, déjà identifiés comme tels par l'EFSA, restent en lice pour un renouvellement, certains États membres demandant même des dérogations pour contourner les critères de sécurité.
Et tandis que d'anciennes substances sont évoquées, la porte s'ouvre à de nouvelles : la cinméthyline et le phenmedipam, tous deux soupçonnés d'être des perturbateurs endocriniens, devraient faire l'objet de nouvelles approbations.
Ce qui inquiète PAN Europe, ce n'est pas seulement une réunion isolée, mais une tendance plus large qui se dessine dans la proposition dite omnibus sur la sécurité des denrées alimentaires et des aliments pour animaux, à laquelle l'organisation s'oppose fermement. Si elle est approuvée, cette proposition permettrait des autorisations illimitées pour les substances actives – y compris les PFAS et les pesticides neurotoxiques – et limiterait la capacité des États membres à utiliser les dernières preuves scientifiques dans les évaluations nationales.
Les délais de grâce pour les substances qui ne répondent plus aux critères de sécurité pourraient être prolongés jusqu'à trois ans. En d’autres termes : un pesticide déjà reconnu comme dangereux pourrait rester en usage légal pendant encore trois ans sans que personne ne puisse l’arrêter.
C'est un cadre que PAN Europe résume par une demande spécifique à la Commission et aux États membres : « donner la priorité à la protection de la santé humaine et de l’environnement. » Une phrase simple, presque évidente. Pourtant, à en juger par ce qui se passe chaque mois lors des réunions à Bruxelles, elle est tout sauf évidente.
Source : PANEurope
