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PFAS : premier procès collectif en France, 200 citoyens dénoncent 2 entreprises qui ont empoisonné leur territoire

Près de 200 habitants du sud de Lyon poursuivent deux entreprises, Daikin Chemicals et Arkema, pour avoir contaminé leurs terrains aux PFAS. Il s’agit du premier recours collectif de ce type en Europe

Fin janvier, un groupe d'habitants de la zone industrielle au sud de Lyon s'est porté partie civile contre deux géants de la chimie, Daikin Chemicals et Arkema, accusés d'avoir contribué à faire de leur territoire l'une des zones les plus contaminées aux PFAS de France.

L'initiative implique près de 200 personnes, adultes et mineurs, qui vivent à proximité des usines chimiques d'Oullins-Pierre-Bénite, une zone où la présence quotidienne de PFAS se fait sentir dans l'eau, le sol et l'air. À leur soutien, quatre organisations environnementales, qui accompagnent cette mobilisation civile, la transformant en un moment symbolique de la lutte contre les « polluants éternels ».

Derrière cette action se cache un travail minutieux, le cabinet d'avocats qui suit le dossier a collecté pendant des mois des documents médicaux, des analyses de sang et des échantillons environnementaux, témoignant de la contamination généralisée et de ses effets sur la vie quotidienne des habitants. Et les demandes d'indemnisation sont importantes : plus de 36 millions d'euros au total, soit environ 190 mille euros pour chaque blessé.

Un territoire empoisonné

Les données recueillies par les autorités sanitaires décrivent une situation alarmante : des substances toxiques se sont répandues dans les terres, dans l'air et dans l'eau potable. Les aliments produits localement – notamment les légumes et les œufs – sont contaminés, tout comme les corps des habitants eux-mêmes, dans le sang et le lait maternel desquels des concentrations inquiétantes ont été détectées.

Des tonnes de PFAS seraient rejetées chaque année dans le Rhône, alors que les risques sanitaires étaient connus depuis des décennies. La production industrielle dans cette région est profondément enracinée : une entreprise est active depuis la fin de l’après-guerre, tandis que l’autre est active depuis 2003.

Les résidents concernés font état de problèmes de santé compatibles avec l'exposition à ces substances : troubles de la thyroïde, altérations du métabolisme lipidique, hypertension, maladies intestinales chroniques et certaines tumeurs, dont le cancer du sein. Un cas particulièrement dramatique concerne une tumeur testiculaire diagnostiquée dans l'enfance, qui met en évidence la gravité des conséquences de la pollution.

Les dégâts ne sont pas seulement physiques. De nombreux habitants décrivent l'angoisse de découvrir que les produits de leur jardin sont toxiques. Une femme de 66 ans, vivant à quelques centaines de mètres de l'usine depuis plus de quarante ans, a dû renoncer aux fruits de son jardin après avoir découvert des concentrations de PFAS plus de cent fois supérieures aux limites dans ses raisins. Le diagnostic d'une maladie du foie a confirmé ses craintes.

Les demandes d'indemnisation incluent trois types de dommages : sanitaires, psychologiques et ce que l'on définit comme « perte de jouissance » – l'impossibilité de consommer les produits de sa terre comme l'indiquent les autorités sanitaires.

Les pollueurs doivent payer

Cette action civile s'ajoute à une procédure pénale déjà en cours, ouverte pour atteinte à la santé publique et délits environnementaux liés à la propagation des PFAS. Parallèlement, l'administration métropolitaine de Lyon a commandé une évaluation indépendante pour mieux comprendre l'ampleur de la contamination et les responsabilités historiques des industries. De cette manière, les citoyens, les associations et les autorités travaillent sur plusieurs fronts pour faire ressortir la vérité et la responsabilité, et pour pousser à des interventions concrètes dans ce domaine.

L'organisation Notre Affaire à Tous a présenté une étude qui chiffre le coût de la réhabilitation des terres sur vingt ans à près de deux milliards d'euros. Actuellement, la charge économique repose principalement sur les autorités locales et les citoyens, tandis que certaines entreprises mettent en place des systèmes de filtrage.

Le choix de la voie civile permet aux victimes d'être protagonistes du processus, garantissant certains délais et visibilité à l'affaire, contrairement à ce qui se passe dans la procédure pénale.

La réponse des entreprises

Les entreprises concernées ont réagi de différentes manières. Arkema a préféré ne pas commenter la procédure judiciaire en cours, gardant sa position confidentielle.

Daikin Chemicals France a toutefois souligné qu'elle s'engage depuis des années à produire de manière responsable et à surveiller en permanence l'impact de ses activités sur l'environnement, à travers des actions concrètes et continues. L'entreprise a également déclaré qu'elle défendrait ses intérêts tout au long de la procédure, réitérant son engagement en faveur de pratiques industrielles plus sûres.

Ce que demandent les habitants

Les habitants ne demandent pas la fermeture des usines qui ne ferait qu'entraîner une relocalisation de la pollution. Leur demande est de passer à une production durable. Comme le résume l’un des plaignants, le but n’est pas de chasser les industries vers d’autres territoires, mais d’exiger qu’elles arrêtent d’empoisonner ceux qui vivent à côté de leurs usines.

Ce procès crée un précédent qui pourrait ouvrir la voie à des actions similaires dans toute l’Europe, où des millions de personnes vivent avec une contamination par les PFAS. Les associations attendent une première décision d'ici trois ans, le temps nécessaire pour consolider la documentation scientifique sur le lien de causalité entre exposition et pathologies.

Source : Le Monde

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