cina influencer

Protection ou censure ? La Chine oblige les influenceurs à démontrer un diplôme ou une certification pour parler de santé, de droit et de finance

En Chine, une nouvelle loi exige que les créateurs de contenu numérique dans les domaines de la médecine, du droit, de l’éducation et de la finance fournissent une preuve de compétence par le biais de diplômes, de certifications ou de titres professionnels. Cependant, cette mesure a suscité des inquiétudes quant au contrôle potentiel de l'État sur les opinions non alignées, soulevant des questions sur l'avenir de la liberté d'expression.

Médecine, droit, pédagogie, finance : si vous êtes un influenceur chinois et que vous parlez de ces sujets sur les réseaux sociaux vous devez être titulaire d'un diplôme ou d'une certification ad hoc.

C’est l’Administration chinoise du cyberespace (CAC) qui le dit, en commençant à mettre en œuvre de nouvelles réglementations qui obligeront les créateurs numériques qui discutent de sujets spécifiques sur les réseaux sociaux, ce qui nécessiterait un certain niveau de compétences, à posséder des qualifications formelles.

A lire aussi : À quoi ressembleront les influenceurs de demain ? Un (inquiétant) avatar projeté vers 2050 nous le montre

Qu'est-ce que ça veut dire? Que tu n'auras pas à parler de médicaments et de trucs comme ça.

Les nouvelles règles

Cette législation ne représente pas une interdiction générale, mais se concentre en particulier sur les « zones YMYL » (Votre argent ou votre vie»,Votre argent ou votre vie« ), où la désinformation peut avoir des impacts dévastateurs sur la vie des gens. Elle ne s'applique pas aux créateurs qui traitent de sujets tels que les critiques de produits de beauté ou de jeux vidéo, mais aux professionnels qui influencent la vie économique, juridique et sanitaire du public. L'obligation ne concerne pas seulement l'acquisition d'un titre, mais aussi sa visibilité et la nécessité de citer des sources fiables. De plus, il est interdit de faire de la publicité pour des produits médicaux sans les informations d'identification nécessaires ou de s'improviser professionnel.

L’objectif n’est pas seulement de protéger la population des dommages causés par les contenus manipulés par des algorithmes, mais aussi de restaurer la confiance dans la profession et dans les plateformes elles-mêmes. Mais est-ce que ça s'arrête là ? Outre l’aspect protection du public, certains considèrent cette mesure comme une stratégie claire de contrôle de l’information. Dans des domaines sensibles tels que le droit, l’économie et l’éducation, le gouvernement chinois préfère que les voix les plus influentes soient celles qui s’alignent sur le discours officiel. Un influenceur qui interprète de manière critique une loi ou analyse l’économie d’un point de vue non aligné pourrait créer un « bruit de fond » indésirable.

Protection ou censure ?

De nombreux créateurs qualifiés ont accueilli favorablement la nouvelle loi, y voyant une opportunité de distinguer ceux qui fournissent des informations vérifiées de ceux qui exploitent la crédulité du public. Mais des voix critiques s’élèvent également, notamment des militants de la liberté d’expression, qui voient dans cette démarche une étape supplémentaire vers le contrôle de l’État. Ils craignent que, sous une apparente intention de protection, on cherche à faire taire ceux qui, bien que compétents, ne suivent pas la ligne du parti. On craint également que les plateformes, pour éviter les sanctions, fassent preuve d’excès de zèle et censurent les contenus légitimes.

Cette réglementation chinoise représente une expérience unique au niveau mondial, une tentative de réguler le monde du marketing d’influence avec des règles éthiques et professionnelles dans des secteurs à haut risque. Alors qu’en Occident le débat continue sur les responsabilités et les limites des influenceurs, la Chine a choisi une voie plus autoritaire. Ce choix représentera-t-il un modèle pour d’autres gouvernements ou deviendra-t-il un avertissement contre un contrôle étatique excessif ? La question reste ouverte.

Il n'est pas nécessairement faux que les créateurs numériques doivent prouver leurs compétences, mais il n'en demeure pas moins que les médias sociaux occidentaux n'exigent pas une telle vérification, laissant ceux qui savent manier les algorithmes devenir des experts dans n'importe quel domaine. Nous devons donc nous demander : à qui profitent les informations superficielles, la manipulation de l’opinion publique et la limitation de la liberté d’expression ? Quelles sont les véritables motivations derrière la volonté de « protéger » les citoyens de ceux qui ne respectent pas les règles du pouvoir ? Peut-être n’aurons-nous des réponses que dans les prochaines années.

A lire également