Un demi-siècle, la moitié des glaciers : le compte à rebours a commencé
D’ici quelques décennies, les montagnes gelées qui façonnent les paysages, les cultures et les réserves d’eau risquent de disparaître, avec un pic d’extinction mondial attendu entre 2041 et 2055.
Dans les décennies à venir, de nombreux glaciers de montagne qui marquent les paysages et la vie de milliards de personnes reculeront et disparaîtront. Le monde se prépare à atteindre le pic d’extinction des glaciers, un moment historique où le rythme de leur disparition sera à son maximum. C’est ce que révèle une nouvelle étude publiée dans Nature Climate Change, qui a analysé plus de 200 000 glaciers dans le monde, révélant des scénarios inquiétants encore influencés par nos choix.
Une accélération sans précédent
Selon l'analyse de Lander Van Tricht et ses collègues, entre 2041 et 2055, la Terre pourrait voir jusqu'à 4 000 glaciers disparaître chaque année, soit un rythme cinq fois plus élevé qu'aujourd'hui. Les Alpes seront parmi les zones les plus vulnérables : d’ici 2033, plus d’une centaine de glaciers européens sont voués à fondre de manière irréversible. Les petits glaciers et ceux qui fondent plus rapidement, comme ceux de l’ouest des États-Unis et du Canada, disparaîtront plus tôt que les autres.
L’enjeu n’est pas seulement environnemental. Environ deux milliards de personnes dépendent de l’eau qui descend des montagnes abritant des glaciers, ce qui est essentiel à l’agriculture, à l’énergie et à la sécurité alimentaire. Chaque glacier perdu modifie les paysages, interrompt les activités quotidiennes et efface des traditions séculaires. Pour certaines communautés, comme le peuple maori de Nouvelle-Zélande, les glaciers sont des ancêtres vivants : la dirigeante Nā Lisa Tumahai, en visite à Kā Roimata o Hine Hukatere en 2022, les a décrits comme « soumis, humiliés par les actions des humains », symboles tangibles des coûts de l’industrialisation.


Des cérémonies funéraires pour le retrait des glaciers ont lieu partout dans le monde. En 2019, plus de 250 personnes ont escaladé le glacier du Pizol en Suisse pour lui dire au revoir. Matthias Huss, glaciologue à l'ETH Zurich, a récemment dû déclarer quatre glaciers éteints, ce qui porte à environ un millier le nombre de glaciers disparus en Suisse au cours des trente dernières années.
Les décisions d'aujourd'hui, les glaciers de demain
L’avenir des montagnes gelées est étroitement lié aux choix politiques et aux émissions des années à venir. Si le réchauffement climatique se poursuit selon les plans actuels, avec une augmentation de 2,7°C, la perte annuelle atteindra 3 000 glaciers entre 2040 et 2060, ce qui entraînera la disparition de 80 % des glaciers actuels d'ici 2100. Un scénario plus ambitieux, avec une augmentation limitée à 1,5°C, réduirait les pertes à environ 2 000 glaciers par an, ralentissant ainsi le rythme de leur extinction.
La différence entre les deux itinéraires est claire : un millier de glaciers en plus ou en moins chaque année pendant leur apogée, avec des effets directs sur des milliards de personnes et sur la conservation d'un patrimoine naturel et culturel unique. Les glaciers les plus grands, comme ceux du Groenland, atteindront leur apogée plus tard, mais leur fonte se poursuivra bien au-delà de 2100.
Chaque choix politique et de consommation affecte donc le sort de ces géants de glace, témoins silencieux de l'histoire de la Planète et de la responsabilité collective de l'humanité. Les Alpes et d’autres régions sensibles constituent aujourd’hui un test : les décisions prises maintenant détermineront si ces montagnes continueront à raconter leur histoire ou disparaîtront sans laisser de trace.
Source : Nature
