Première semaine de l’échec de la COP30, il y a une question qui bloque tout : qui paie pour sauver le climat ?
Maintenant que la première semaine de la COP30 est passée à Belém, les négociations sur le financement climatique restent au point mort alors que les peuples autochtones protestent contre leur exclusion. Les émissions augmentent et l’objectif de 1,5°C s’éloigne
La première semaine de la COP30 à Belém s'est terminée vendredi sur un tableau inquiétant : alors que les négociations avancent lentement dans les bâtiments gouvernementaux, dans les rues de la ville amazonienne des milliers de personnes ont défilé pour exiger que les promesses se transforment enfin en faits concrets. Le Global Carbon Project a publié des données alarmantes dès le début de la conférence : les émissions de CO₂ provenant des combustibles fossiles atteindront un nouveau sommet en 2025, s’éloignant encore davantage de l’objectif de maintenir le réchauffement climatique à 1,5°C.
Le président de la COP30, André Corrêa do Lago, a présenté un plan de relance des travaux au cours de la deuxième semaine, structuré sur trois axes : discussions ministérielles sur les questions politiquement les plus épineuses, poursuite des travaux techniques et consultations sur la coopération. Simon Stiell, secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, a lancé un appel direct aux gouvernements : « Ils doivent donner davantage. Le financement climatique est l'élément vital de l'action climatique. Sans lui, la mise en œuvre ralentit, l'ambition faiblit et le progrès pour tous devient beaucoup, beaucoup plus difficile.
L’Accord de Paris vise à réaliser de réels progrès.
Mais nous devons vaillamment œuvrer pour aller plus loin.
Chaque action visant à renforcer la résilience contribue à sauver des vies, à renforcer les communautés et à protéger les chaînes d’approvisionnement mondiales dont dépend toute économie.#COP30 pic.twitter.com/57oIlYxTT4
-Simon Stiell (@simonstiell) 10 novembre 2025
La question qui bloque tout : qui paie pour sauver le climat
La question financière représente le véritable point de rupture. La voie « Route vers Belém », lancée après la COP29 à Bakou, prévoit de mobiliser 1 300 milliards de dollars par an du Nord au Sud du monde d’ici 2035. Un chiffre qui permettra aux pays les plus pauvres et les plus vulnérables de s’adapter aux impacts de la crise climatique, de compenser les pertes et dommages et de réduire leurs émissions. Le problème ? Cela implique de multiplier par sept les niveaux de financement actuels, qui restent bloqués à 190 milliards en 2022.
Sara Sessa, militante de Fridays for Future présente à Belém avec la délégation du Club de Kyoto, a souligné les questions critiques qui ont émergé : « Ce ne sont pas seulement les chiffres du budget à allouer qui sont décisifs, mais aussi les modalités de décaissement des fonds. La présidence brésilienne a réitéré à plusieurs reprises la nécessité d'inclure davantage le secteur privé dans les efforts financiers, une perspective qui inquiète les entités de la société civile qui demandent des financements publics et non remboursables ».
La divergence est claire : les pays industrialisés poussent à une plus grande implication du capital privé, tandis que les pays du Sud réclament des ressources publiques sans contraintes de remboursement. Une fracture qui risque de compromettre tout le cadre de l’Accord de Paris.
Peuples autochtones : présents mais invisibles
Un autre thème a caractérisé la première semaine : l'exclusion des peuples autochtones des processus de prise de décision. Malgré une participation massive, les représentants des communautés autochtones n'ont pas le droit de voter aux tables de négociation. Les protestations ont culminé mardi, lorsque de nombreuses communautés ont tenté de pénétrer dans la zone bleue pour dénoncer cette exclusion.
« La participation autochtone est très vaste, même si même cette COP n'a pas vraiment réussi à inclure les défenseurs des territoires dans les décisions officielles », a expliqué Sara Sessa. « Les protestations fleurissent dans les salles, culminant mardi avec la tentative des communautés indigènes de faire irruption en masse dans la zone bleue, pour dénoncer le fait qu'elles n'ont toujours pas le droit de voter aux tables de négociation ».
Lors de la « Grande Marche populaire » qui s'est déroulée à Belém, Txai Suruí, un jeune leader indigène, a déclaré à l'AFP : « Nous sommes ici pour essayer de faire pression » et d'empêcher un « retour en arrière » sur les engagements pris. Benedito Huni Kuin, du peuple Huni Kuin, a ajouté : « Aujourd'hui, nous vivons un massacre, notre forêt est détruite. Nous voulons faire entendre notre voix depuis l'Amazonie et exiger des résultats. » Les manifestants ont organisé des funérailles symboliques pour le pétrole, le gaz et le charbon, agitant des cercueils portant les noms des trois combustibles fossiles.
Objectifs ambitieux et réalité insuffisante
Dans son discours d'ouverture, le président brésilien Lula avait fixé un objectif clair : clôturer la COP30 avec une feuille de route pour une sortie progressive des énergies fossiles, avec des dates et des engagements concrets. Fini les formules vagues comme « réduction progressive » ou « transition ». Mais le chemin semble être difficile.
Les promesses de réduction des émissions (NDC) présentées jusqu’à présent par 114 pays sont totalement insuffisantes pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. Il manque 80 nations. Certains délégués ont même proposé d'abandonner la référence explicite à l'objectif de 1,5°C, tout en gardant ouverte la possibilité d'atteindre 2 degrés. Un signe inquiétant de la façon dont l’ambition cède la place au réalisme politique.
Sur le front de la déforestation, un résultat partiel est arrivé avec le Tropical Forest Forever Facility, un mécanisme innovant qui a levé 5,5 milliards de dollars grâce à 53 pays pour protéger un milliard d'hectares de forêts tropicales dans plus de 70 pays en développement.
Une innovation significative concerne la lutte contre la désinformation climatique. Pour la première fois dans l'histoire de la COP, treize pays ont signé une déclaration établissant des engagements internationaux pour promouvoir une information correcte et fondée sur la science. L'Italie ne fait pas partie des signataires. Comme l’a souligné Audrey Azoulay, directrice générale de l’UNESCO : « Sans accès à des informations fiables sur la crise climatique, nous ne pourrons jamais espérer réussir. »
La deuxième semaine s'ouvre par un « Mutirão », une mobilisation collective au niveau ministériel. Lula envisage de retourner personnellement à Belém pour donner un nouvel élan aux négociations. L'impression est que la présidence brésilienne est sérieuse. Mais entre promesses insuffisantes, divisions sur le financement et voix exclues, le défi semble immense. La Planète observe, pendant que le temps passe.
