Grippe aviaire : une épidémie sans précédent en Europe en 2025, mais quels risques pour l'Homme ?
L'Europe est confrontée à sa pire vague de grippe aviaire depuis des années, avec près de 3 000 foyers en seulement trois mois, touchant des milliers d'oiseaux sauvages et domestiques. Mais dans quelle mesure le risque pour les humains est-il réel ?
L'Europe est confrontée à l'une des pires vagues de grippe aviaire de ces dernières années. Entre septembre et novembre 2025, les cas enregistrés ont atteint des niveaux sans précédent pour cette période de l’année, avec des milliers de foyers parmi les oiseaux sauvages et domestiques. Et, selon les experts, la situation est vouée à persister dans les semaines à venir.
Une épidémie sans précédent chez les oiseaux sauvages
Les données publiées par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) et le laboratoire de référence de l'UE sont claires : entre le 6 septembre et le 28 novembre 2025, 2 454 foyers ont été signalés chez des oiseaux sauvages dans 29 pays européens (2 896 si l'on prend également en compte les élevages). Il s’agit du nombre le plus élevé jamais enregistré à cette période de l’année depuis 2016 et constitue donc une épidémie sans précédent.
Les oiseaux aquatiques, comme les canards, les oies et les cygnes, ont été particulièrement touchés par l'influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) de type A(H5N1). La situation des grues cendrées était particulièrement dramatique, car elles ont subi des épisodes de mortalité massive le long de leurs routes migratoires à travers le continent européen.
Les causes de la flambée des cas
Les scientifiques ont identifié deux explications possibles à cette escalade soudaine. La première concerne le manque d’immunité préexistante chez les populations d’oiseaux sauvages, qui se retrouvent donc vulnérables à un variant récent du virus. La deuxième hypothèse remet en cause la transmissibilité accrue de ce génotype spécifique d'IAHP A(H5N1), déjà présent dans la zone mais devenant désormais plus agressif.
Malheureusement, les prévisions des experts ne sont pas rassurantes à court terme : les niveaux de circulation du virus chez les oiseaux sauvages resteront élevés dans les prochaines semaines. Ce n’est que vers la fin de l’hiver que nous verrons une baisse significative des infections.
Grippe aviaire dans les élevages
La propagation du virus dans les élevages de volailles est également préoccupante, avec 442 foyers enregistrés parmi les oiseaux domestiques au cours des 3 mois indiqués ci-dessus. La principale voie d'infection était le contact indirect avec les oiseaux sauvages, favorisé par une contamination massive de l'environnement dans les zones entourant les fermes.
Les dindes se sont révélées être l'espèce la plus vulnérable, tandis que les nouveaux foyers apparus chez les canards vaccinés suscitent une attention particulière, signe que la protection conférée par les vaccins n'est peut-être pas totale. Des facteurs environnementaux tels que l’humidité et les conditions météorologiques ont contribué à aggraver la situation, créant des conditions idéales pour la transmission du pathogène.
Face à ce scénario, les experts ont donné des indications claires aux éleveurs. La première recommandation est d’héberger les oiseaux domestiques dans des zones protégées, en particulier là où le virus circule activement parmi les oiseaux sauvages ou là où des incidents de mortalité massive se sont produits.
Une biosécurité rigoureuse est également nécessaire et représente la première ligne de défense : contrôles d’accès, désinfection constante, séparation entre zones propres et contaminées. Enfin, une surveillance renforcée est tout aussi cruciale pour détecter rapidement de nouveaux foyers et intervenir avant que l’infection ne se propage à d’autres animaux.
Les cas augmentent chez les mammifères carnivores
La grippe aviaire n'épargne même pas les mammifères. Au cours de la période analysée, il y a eu une légère augmentation des cas détectés chez les carnivores sauvages, en particulier les renards, directement liée à la forte circulation du virus chez les oiseaux sauvages.
Après une longue période sans signalement, le virus est également réapparu chez les chats domestiques dans deux pays européens. Les animaux ont probablement été infectés par contact direct ou indirect avec des oiseaux sauvages. Heureusement, aucune preuve de transmission par des aliments crus contaminés pour animaux de compagnie n’a émergé, mais la prudence reste de mise.
Pour protéger leurs animaux de compagnie, les experts recommandent aux propriétaires d’éviter de leur donner de la viande crue ou d’autres produits d’origine animale non cuits. Dans les zones où la circulation du virus IAHP est particulièrement élevée, il est conseillé de garder les animaux à l'intérieur ou au moins en laisse lors des promenades, afin de minimiser l'exposition aux sources potentielles d'infection.
Et les risques pour les humains ?
En termes de transmission à l'homme, 19 cas d'infection par le virus de la grippe aviaire ont été signalés entre le 9 septembre et le 28 novembre 2025 dans quatre pays : Cambodge – trois cas A(H5N1), avec un décès ; Chine – 14 cas A(H9N2) ; Mexique – un cas A(H5N2) et États-Unis avec un cas mortel A(H5N5).
Tous les cas d’A(H5) avaient une caractéristique commune : l’exposition à des environnements aviaires ou aviaires avant l’apparition de la maladie. Cependant, aucun cas de transmission de personne à personne n’a été documenté, ce qui contribue à maintenir le niveau d’alerte à un niveau bas.
. Comme l’écrit l’ECDC :
Le risque posé par les virus de la grippe aviaire A(H5N1) clade 2.3.4.4b qui circulent actuellement en Europe reste faible pour la population générale de l'Union européenne/Espace économique européen et faible-modéré pour les personnes exposées, pour des raisons professionnelles ou autres, à des animaux infectés ou à des environnements contaminés.
La situation de la grippe aviaire en Europe continuera de nécessiter attention et vigilance dans les mois à venir. La clé pour contenir l’épidémie réside dans une approche intégrée combinant surveillance, biosécurité dans les élevages et protection des animaux domestiques.
Ce n’est qu’avec la fin de l’hiver et le changement des conditions environnementales que l’on peut espérer une réduction significative de la circulation du virus. Entre-temps, une surveillance constante de la situation et une intervention rapide restent les armes les plus efficaces pour protéger à la fois les animaux et les personnes.
Sources : Efsa/ECDC
