Les veuves des hommes tués par les tigres du Bengale restaurent les forêts de mangroves pour protéger leur habitat
Dans les Sundarbans, les veuves des hommes tués par les tigres du Bengale restaurent les mangroves pour protéger la faune et apporter sécurité et soutien économique aux communautés locales.
Dans la vaste région des Sundarbans, entre le Bengale occidental en Inde et le sud du Bangladesh, vit une communauté de femmes surnommées « swami khejos », ou « Mangeuses de mari ». Le nom vient d'une superstition locale, mais la réalité est tragique : leurs maris ont été tués par des tigres du Bengale, souvent lors d'excursions de pêche dans les canaux de mangrove.


Une tragédie qui devient une opportunité
Beaucoup de ces femmes ont connu l'isolement social et la stigmatisation liés à la perte de leur mari, ce qui les empêche d'exercer des métiers traditionnels tels que la pêche et l'agriculture. Sans compensation gouvernementale, la survie quotidienne est devenue un défi. Cependant, ces « veuves tigres » ont décidé de transformer leur expérience en un engagement concret pour l'environnement, en collaborant avec de jeunes écologistes pour restaurer les forêts de mangrove des Sundarbans.
La conservation et la restauration des mangroves
Les mangroves sont essentielles à la stabilité des écosystèmes côtiers, car elles protègent contre les cyclones, contrôlent la salinité de l'eau et fournissent un habitat aux poissons, aux crustacés et aux tigres. Le projet mené par l'organisation I-Behind-the-Ink et Conservation International implique des veuves qui plantent plus de 100 000 arbres le long d'environ 40 hectares de littoral, notamment dans les villages de Laskarpur et Vivekananda Palli. Ces zones, autrement vulnérables aux tempêtes et à la montée des eaux, bénéficieront du renforcement naturel apporté par les racines des mangroves.
Impact social et écologique
En plus de restaurer l'habitat du tigre, le projet offre aux femmes une source de revenus – environ 300 roupies par jour – tout en améliorant l'accès à la nourriture, aux soins médicaux et à la sécurité de leurs enfants. À mesure que les forêts se développeront, les populations de poissons augmenteront, réduisant ainsi les conflits entre les humains et les tigres. Ainsi, la protection de la biodiversité et le soutien aux communautés locales sont intégrés dans un seul effort.
Le projet fait partie d'une initiative plus vaste, Mountains to Mangrove, visant à restaurer un million d'hectares à travers l'Himalaya et les Sundarbans. L’objectif est de créer une résilience climatique et sociale, en garantissant la sécurité des communautés et la protection des espèces menacées. Les femmes impliquées deviennent ainsi protagonistes de la régénération écologique et humaine, démontrant que tragédie et conservation peuvent converger vers des actions concrètes et durables.
Source : IBehindTheInk / Des montagnes aux mangroves | Conservation Internationale
