Différence entre colombes et pigeons : pourquoi l'un est un symbole de paix et l'autre est considéré comme un « balayeur » urbain
Quand la différence entre les colombes et les pigeons vient de nous plutôt que de la nature, et pourquoi il vaut la peine de regarder ces animaux sans préjugés
Si l’on dit « colombe », une image claire apparaît dans la tête de beaucoup : un oiseau franc, élégant, presque spirituel. Si vous dites « pigeon », vos pensées vont immédiatement aux trottoirs des villes, aux miettes à côté des poubelles, à leur obstination un peu drôle. Il est curieux de constater à quel point nous sommes convaincus que ces deux animaux appartiennent à des univers différents, alors qu'en réalité ils sont très proches parents, à tel point qu'ils partagent la même famille, les Columbidae, une grande tribu de plus de 350 espèces dispersées dans le monde.
La nature ne les sépare pas. C'est nous qui le faisons, par habitude, par esthétique ou par cet instinct tout humain de diviser entre « digne » et « ennuyeux ». Mais si l'on s'arrête un instant pour les observer, on découvre que le différence entre les colombes et les pigeons c'est quasiment inexistant. Et que l’histoire qu’ils racontent est bien plus intéressante qu’il n’y paraît à première vue.
Quand la science parle, la différence entre les colombes et les pigeons s'effondre
Dans la classification biologique, il n'y a pas de distinction entre la colombe et le pigeon. Les deux noms sont utilisés de manière interchangeable depuis des siècles, de différentes manières selon la langue et la tradition. En italien donc, la confusion augmente : « piccione » évoque l'urbain, « colomba » l'image de la paix, « colombella » et « tortora » une délicatesse presque littéraire. Mais ce sont des étiquettes, pas des barrières naturelles.
On appelle généralement les espèces plus petites et plus harmonieuses « colombes », tandis que « pigeons » devient l'étiquette courante de leurs cousins plus robustes, notamment ceux qui peuplent les villes. Pourtant, d’un point de vue scientifique, pratiquement rien ne change. Étonnamment, leur histoire évolutive est commune.
Le pigeon urbain
Le pigeon que l'on voit se promener parmi les tables du bar n'est pas du tout un animal « sale » ou « envahissant » par nature. C'est un descendant du pigeon sauvage, un oiseau qui habite les falaises, les grottes marines et les parois rocheuses depuis des millénaires. C’est nous qui l’avons transformé, d’abord en le domestiqué pour véhiculer des messages ou comme ressource alimentaire, puis en le relâchant involontairement dans les villes du monde entier.
De ces formes domestiques en fuite est né le pigeon domestique sauvage, que nous appelons simplement le « pigeon des villes ». Un animal qui a su s'adapter de manière impressionnante à notre monde de béton et de circulation, exploitant toutes les opportunités de survie.
Entre temps, son ancêtre sauvage a quasiment disparu. Les véritables colonies de pigeons bisets ne survivent que dans quelques régions isolées du Royaume-Uni, principalement en Écosse et en Irlande du Nord, et ressemblent tellement à leurs cousins urbains que les scientifiques doivent utiliser l'ADN pour les distinguer. La nature, en somme, ne s'accorde pas du tout avec notre division manichéenne.
Pigeon ramier et colombe
En vous promenant dans les parcs, les bois ou la campagne anglaise, vous croisez le pigeon ramier, le plus grand et le plus massif des Columbidés européens. Il a une démarche calme, une poitrine teintée de rose et une tache blanche distinctive sur le cou qui semble être un détail élégant de dernière minute. Son appel, celui que beaucoup transforment en le fameux « bonjour à vous », marque les matins et les après-midi d'un calme presque thérapeutique.
Ensuite, il y a la colombe, qui au contraire n’aime pas se faire remarquer. Il est plus petit, plus compact, avec une couleur uniforme et des yeux foncés qui le rendent immédiatement reconnaissable pour ceux qui savent regarder. Il préfère la discrétion des troncs creux ou des champs tranquilles, et s'il passe près de nous il est facile de le confondre avec un pigeon urbain, mais uniquement parce que nos catégories visuelles sont rigides. Mais elle ne l’est pas du tout.
La colombe sauvage
Parmi les espèces les plus délicates, la colombe sauvage est la voix que l'on risque de perdre. Nous le connaissons plus par tradition que par observations réelles, car au Royaume-Uni, il a chuté de 98 % en moins de cinquante ans, tandis qu'en Italie, il a diminué entre 60 % et 80 % entre les années 1980 et aujourd'hui. Son chant, un bourdonnement doux et continu, est devenu rare, et ses ailes roses et brunes sont de plus en plus absentes des campagnes européennes.
Il vit entre deux mondes : il passe l'été en Europe puis affronte une très longue migration vers l'Afrique de l'Ouest. Le long de cette route, il est entravé par la chasse illégale, la disparition des habitats et les changements climatiques qui mettent sa survie à l'épreuve.
La tourterelle à collier oriental
En revanche, la tourterelle à collier oriental a effectué l’un des voyages naturels les plus étonnants du siècle dernier. Originaire d'Asie du Sud, il est arrivé spontanément en Europe, a mis le pied en Angleterre dans les années 1950 et n'a jamais cessé de se propager depuis. On le reconnaît au collier noir sur la nuque et à son cri insistant, trois notes qui s'intègrent immédiatement dans le paysage. C'est un parfait exemple de la façon dont les Columbidae sont capables de s'adapter, transformant l'environnement urbain en une nouvelle maison.
Alors, quelle est la différence entre les colombes et les pigeons ?
Si l’on écoute ce que disent la science et la nature, la réponse est simple : la différence entre les colombes et les pigeons n’existe pas vraiment. Il existe différentes espèces, différentes adaptations, différentes couleurs. Mais pas cette distinction morale, esthétique ou symbolique que nous avons construite autour de nous. La nature ne les divise pas. Peut-être que nous ne devrions pas le faire non plus.
Source : RSPB
