forum davos 2026

Milliardaires, jets privés et Trump omniprésent : le forum de Davos est-il la solution ou une partie du problème ?

Les travaux du Forum économique mondial de Davos se sont ouverts hier et se présentent – du moins dans leur intention – comme un espace de discussion sur la sécurité, le commerce mondial, la souveraineté économique et les nouvelles formes de coopération. Mais comment ça va vraiment ?

Le Forum de Davos 2026 a officiellement débuté, dans un scénario mondial tout sauf rassurant : conflits ouverts, économies fragiles, révolutions technologiques qui vont plus vite que les règles. Jusqu'au vendredi 23 janvier, dirigeants politiques, géants industriels, scientifiques, militants et représentants de la société civile se réuniront dans les Alpes suisses avec l'objectif affiché de tenter de remettre le dialogue au centre d'un monde de plus en plus fragmenté. Y arriveront-ils ?

Le thème choisi pour cette édition, Un esprit de dialoguec'est tout sauf symbolique. Cela arrive à un moment où la coopération internationale et la confiance mutuelle semblent être au plus bas. Tout d’abord, la géopolitique est sur la table, au milieu d’alliances sous tension, de guerres et de nouveaux équilibres de puissance qui visent à redessiner la scène internationale.

Pas seulement le pétrole, sous la glace du Groenland se trouve un trésor valant des milliards (et qui tente Trump)

Si d’une part une grande attention sera également accordée à l’innovation technologique, avec un accent particulier sur l’intelligence artificielle générative, d’autre part l’avenir du travail est une autre question clé : les compétences numériques, la productivité, le bien-être, les systèmes de protection sociale et les nouvelles inégalités sont des thèmes étroitement liés à la transition technologique. Le point le plus délicat reste cependant celui environnemental. L’énergie, l’eau, la biodiversité et le climat entrent en jeu comme des facteurs décisifs pour la stabilité économique et sociale. Le défi est de comprendre si nous parviendrons enfin à passer des paroles aux choix concrets.

Davos en chiffres

Près de 3 000 participants venus de plus de 130 pays. Environ 400 dirigeants politiques, dont 65 chefs d'État et de gouvernement et six représentants du G7. A leurs côtés, 850 PDG et présidents des principales multinationales mondiales. Un public immense qui comprend également des organisations internationales, des syndicats, des universités, des groupes de réflexion, des ONG et de nouvelles générations d'entrepreneurs technologiques. Une mosaïque qui, du moins en intention, devrait garantir une discussion plus inclusive sur les grands défis mondiaux.

Par ailleurs, le Forum économique mondial ne se limite pas aux montagnes suisses. Plus de 200 matchs seront diffusés et suivis en temps réel sur les chaînes officielles et via le hashtag #WEF26. Un flux continu de débats, de données et de déclarations qui fait de Davos une véritable plateforme mondiale.

Mais la question centrale demeure : parmi cette grande masse de personnes, Davos 2026 sera-t-il une nouvelle vitrine de bonnes intentions ou parviendra-t-il réellement à influencer les choix qui comptent ? Selon Greenpeace et d’autres associations environnementales, non.

La crise du « leadership mondial » mené par les milliardaires

Il est vrai, en effet, que la présence de dirigeants politiques et de milliardaires à Davos remet sur le devant de la scène une crise de plus en plus évidente : celle d’un « leadership mondial » qui continue d’être guidé par les intérêts des super-riches. Tous sont arrivés, entre autres, en jet privé : le rapport « Davos in the Sky » estime qu’en 2025, il y a eu 709 vols en jet privé dans la région de Davos imputables aux participants au WEF, soit une augmentation de 10 % par rapport à 2024 et plus de trois fois par rapport à 2023, malgré le fait que le nombre de participants est resté presque stable.

C'est l'alarme lancée par Greenpeace alors que le président américain Donald Trump arrive au Forum économique mondial, à l'occasion du premier anniversaire de son deuxième mandat, dans un climat marqué par de nouvelles tensions commerciales avec l'Europe et une instabilité géopolitique croissante.

Selon l’organisation environnementale, le WEF se révèle une fois de plus comme une vitrine pour des politiques qui aggravent la crise climatique, alimentent les inégalités et accroissent l’insécurité économique, au lieu de s’attaquer à ses causes structurelles.

La visite de Trump met à nu la contradiction au cœur de Davos – explique Clara Thompson, directrice européenne de Greenpeace Allemagne. Les dirigeants qui démantelent les politiques climatiques attisent les conflits économiques et creusent les divisions sociales sont salués comme des hommes d’État mondiaux. Pendant ce temps, les coûts réels pèsent sur les personnes et sur l’environnement. L’expérience de ces dernières années nous a appris ce qui se passe lorsque le pouvoir reste entre les mains d’extrêmes richesses : la démocratie, la justice sociale et le climat sont toujours les premières victimes.

Pour Greenpeace, la présence de Trump est le symbole d’une tendance plus large : une politique de plus en plus dominée par les intérêts des milliardaires. Une dynamique qui, paradoxalement, ressort également du Rapport sur les risques mondiaux 2026 du WEF, qui reconnaît l'augmentation des tensions géoéconomiques et le risque d'effondrement climatique, sans toutefois remettre en question le rôle que la concentration des richesses et le pouvoir des grandes entreprises ont dans la génération de ces crises.

risquesrisques

La présidence Trump montre ce qui arrive lorsque le pouvoir des milliardaires ne connaît pas de limites – poursuit Thompson. Les géants de la technologie, les industries des combustibles fossiles et les dirigeants politiques influencent les choix mondiaux sans réelle responsabilité démocratique. Et Davos, au lieu de remettre en question ce système, continue de le légitimer.

Un passage central concerne le rôle de l’Europe. Pour Greenpeace, l’Union européenne devrait répondre aux tensions croissantes avec les États-Unis en réduisant ses dépendances stratégiques, à commencer par l’énergie. L'organisation appelle notamment à retirer l'engagement d'acheter de l'énergie américaine pour 750 milliards de dollars et à bloquer de nouveaux accords sur le gaz naturel liquéfié (GNL).

Continuer à investir dans le gaz fossile américain et dans les monopoles technologiques non réglementés est une grave erreur – prévient Thompson. L’Europe devrait se concentrer sur une véritable autonomie énergétique, une réglementation stricte des grandes technologies et un système fiscal mondial plus juste. Il ne s’agit pas d’une plus grande soumission à la politique de pouvoir des milliardaires.

Greenpeace évoque la nécessité d'une réforme en profondeur des règles fiscales internationales et invite les gouvernements à soutenir les négociations d'une convention fiscale sous les auspices de l'ONU, soulignant qu'aucune des crises discutées à Davos ne pourra être résolue sans une véritable redistribution des responsabilités économiques.

La conclusion ? Sans obliger les très riches et les grandes entreprises polluantes à payer leur juste part, parler de stabilité, de climat et de justice sociale ne reste qu’un exercice rhétorique.

Une fois de plus, Davos se présente comme le lieu des grandes déclarations. Mais pour Greenpeace, la vraie question est une autre : combien de temps encore le monde pourra-t-il se permettre un « leadership mondial » qui continue de protéger ceux qui alimentent les crises au lieu de ceux qui tentent de les résoudre ?

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