Pigeons équipés de puces cérébrales utilisés comme drones en Russie : veut-on vraiment parler de progrès technologique ?
La startup Neiry teste des oiseaux télécommandés grâce à des implants neuronaux : entre expérimentation technologique, questions éthiques et peurs géopolitiques
La frontière entre biologie et technologie devient de plus en plus mince. En Russie, la startup Neiry Group a lancé un essai visant à transformer des pigeons en biodrones, équipés de puces cérébrales et de dispositifs électroniques capables de guider leur vol. Un projet qui, selon l'entreprise, pourrait ouvrir de nouvelles possibilités en matière de surveillance environnementale, d'opérations de sauvetage et d'inspections industrielles, mais qui soulève des questions scientifiques et éthiques difficiles à ignorer.
Le programme, baptisé PJN-1, a déjà réalisé une première phase de tests en conditions réelles. Les oiseaux sont équipés d'électrodes implantées dans le cerveau, reliées à un petit sac à dos technologique contenant un contrôleur, des panneaux solaires, un GPS et une caméra vidéo. Grâce à de légères stimulations électriques de zones spécifiques du cerveau, le système incite l'animal à préférer certaines directions, tout en le laissant libre de maintenir un comportement naturel. Neiry affirme que, grâce à cette combinaison, les biodrones peuvent parcourir des distances allant jusqu'à 400 kilomètres par jour sans s'arrêter, dépassant ainsi les limites d'autonomie des drones traditionnels.


De la recherche aux tests sur le terrain
Selon l'entreprise, les tests ont été menés en Russie et dans d'autres pays de la Communauté des États indépendants pour évaluer la stabilité du vol, la portée, la qualité de la transmission des données et la résistance de l'équipement. L’objectif est d’utiliser les biodrones dans des contextes où les avions mécaniques rencontrent des difficultés opérationnelles, comme la surveillance de zones reculées, l’inspection de vastes infrastructures et les missions de recherche et de sauvetage en environnement hostile.
Dans le communiqué de presse publié en décembre, Neiry affirme que le système est « prêt à une utilisation réelle » et qu'il existe déjà des marchés intéressés dans des pays comme le Brésil et l'Inde, notamment dans les secteurs de l'agriculture, de l'énergie et de la protection civile. Un récit fortement orienté vers un développement commercial, qui ne semble cependant pas accompagné de publications scientifiques indépendantes capables de certifier la fiabilité réelle du contrôle neuronal dans des scénarios complexes.
Les nœuds scientifiques
Des expériences similaires, menées dans le passé sur des oiseaux et d'autres animaux, ont montré que la stimulation neuronale permet tout au plus une orientation approximative, sans garantir des manœuvres précises ou une adaptation dynamique aux conditions environnementales. En l’absence de données publiques sur les taux d’erreur, la précision de la navigation et la stabilité opérationnelle, il reste difficile d’évaluer dans quelle mesure les biodrones peuvent réellement rivaliser avec les drones conventionnels, qui offrent une plus grande prévisibilité et un meilleur contrôle.
Dilemmes éthiques
Au-delà des aspects techniques, le projet soulève de profondes questions éthiques. L’utilisation des animaux comme supports technologiques est critiquée par de nombreux bioéthiciens, qui parlent d’une exploitation extrême du vivant et d’une frontière de plus en plus fragile entre expérimentation et exploitation. Neiry affirme que les pigeons sont soignés par les opérateurs et que les caméras installées sur les biodrones filtrent les détails identifiables pour respecter les règles de confidentialité, mais ces mesures ne semblent pas suffisantes pour dissiper les doutes.
Les déclarations publiques du fondateur Alexander Panov, qui a parlé à plusieurs reprises de la neurotechnologie comme d'un outil permettant de « recâbler » les gens et de renforcer la supériorité culturelle, rendent le tableau encore plus complexe. Des expressions qui ont alimenté les craintes quant à de potentielles applications militaires et de surveillance, dans un contexte géopolitique déjà marqué par l'invasion et la guerre en Ukraine et par une concurrence technologique mondiale croissante.
Bref, la possibilité de guider le comportement d'un animal grâce à des impulsions électriques soulève des questions qui vont au-delà de l'efficacité technique, touchant aux relations entre technologie, pouvoir et responsabilité.
Source : startup Neiry
