Glyphosate cancérigène : Bayer propose un règlement de 7,25 milliards de dollars pour régler les poursuites américaines
Des dizaines de milliers de personnes ont développé un lymphome non hodgkinien après avoir utilisé du Roundup à base de glyphosate. Bayer est désormais prêt à payer des milliards de dollars pour régler tous les procès.
Quiconque suit les événements environnementaux et s’intéresse à la santé publique a probablement entendu parler du Roundup. Depuis des années, cet herbicide à base de glyphosate produit par Monsanto – aujourd’hui propriété du géant pharmaceutique et chimique Bayer – est au centre de l’une des batailles juridiques les plus massives de l’histoire récente.
Aujourd'hui, la nouvelle est que Bayer a annoncé vouloir conclure un accord de 7,25 milliards de dollars pour résoudre les dizaines de milliers de procès intentés par des citoyens américains convaincus que l'utilisation de l'herbicide leur a causé de graves formes de cancer.
L'accord, déposé devant le tribunal de l'État de St. Louis, dans le Missouri, prévoit des paiements annuels étalés sur 21 ans, avec des montants décroissants au fil du temps et un plafond annuel. Il ne s’agit pas d’un simple chèque signé et remis, mais d’un mécanisme financier complexe, destiné à garantir à Bayer une certaine stabilité économique alors qu’elle tente de mettre fin à l’un des chapitres les plus sombres de son histoire.
Les allégations des plaignants
Au centre de la controverse se trouve le glyphosate, l’ingrédient actif du Roundup, utilisé aussi bien en agriculture que dans les jardins familiaux. Environ 65 000 personnes ont poursuivi Bayer en justice aux États-Unis, affirmant avoir développé un lymphome non hodgkinien – un cancer du système lymphatique – après avoir été exposées au produit au fil des années.
Bayer a toujours défendu la sécurité du glyphosate, citant des décennies d'études scientifiques et le fait que l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA) n'a jamais imposé d'étiquettes d'avertissement cancérigènes. Pourtant, les jurys américains ont souvent vu les choses différemment, allant dans certains cas jusqu'à accorder des milliards d'indemnisations, comme le verdict de 2,1 milliards de dollars rendu en Géorgie en 2024.
Comment fonctionnera l’indemnisation
L'accord n'implique aucune reconnaissance de responsabilité de la part de Bayer et prévoit la possibilité pour l'entreprise de se retirer si trop peu de plaignants acceptent de s'y joindre. L'indemnisation individuelle sera calculée selon un système à plusieurs niveaux qui prend en compte le degré d'exposition au produit, l'âge au moment du diagnostic et le type spécifique de cancer. Selon les avocats qui ont négocié pour les plaignants, les règlements individuels pourraient atteindre près de 200 000 $, voire plus.
Le règlement couvre également les cas futurs : toute personne pouvant prouver qu'elle a été exposée au Roundup avant le 17 février 2026 et qu'elle a reçu un diagnostic de lymphome non hodgkinien pourra demander une indemnisation jusqu'à 21 ans à compter d'aujourd'hui. Un aspect très significatif, si l’on considère que le précédent accord de 2020 – qui a coûté environ 10 milliards de dollars – n’incluait pas cette protection, exposant Bayer à de nouvelles vagues de poursuites.
L'ombre de la Cour suprême
Parallèlement à cet accord, Bayer compte sur un autre front pour clore définitivement l'affaire : la Cour suprême des États-Unis a accepté d'entendre un appel déposé par l'entreprise, ce qui, en cas de succès, pourrait limiter considérablement la capacité des citoyens de poursuivre l'entreprise en justice en vertu des lois de l'État. Les audiences sont attendues fin avril 2026.
L'argument de Bayer est que, parce que l'EPA n'a trouvé aucun risque pour la santé et n'exige aucun avertissement sur les étiquettes, les lois fédérales devraient avoir préséance sur les réglementations des États autorisant ces causes. Une victoire à la Cour suprême réduirait considérablement les risques juridiques futurs de l'entreprise, rendant ainsi l'accord récemment conclu encore plus solide.
Les conséquences financières pour Bayer
Sur le plan économique, l'impact est lourd mais attendu et planifié. Bayer a annoncé que les provisions pour litiges passeraient de 7,8 milliards d'euros à 11,8 milliards d'euros et que le flux de trésorerie pour 2026 serait négatif. Les premiers versements seront financés au moyen d'une ligne de crédit de 8 milliards de dollars, hors possibilité d'augmentation de capital. La conférence de presse sur les résultats annuels a été reportée au 4 mars pour intégrer ces données.
Malgré le coût, les marchés ont accueilli favorablement la nouvelle : l'action Bayer a gagné jusqu'à 7,7 % le jour de l'annonce, revenant aux niveaux de septembre 2023. Les investisseurs semblent préférer la certitude à l’incertitude, même si cette certitude a un prix élevé.
Source : Reuters
