Kaboul sous les bombes : raid sur un hôpital et 400 morts, l'Afghanistan retombe dans la guerre avec le Pakistan

Kaboul sous les bombes : raid sur un hôpital et 400 morts, l'Afghanistan retombe dans la guerre avec le Pakistan

De l’attaque du centre de toxicomanie à l’escalade militaire : terrorisme, frontières contestées et équilibres régionaux fragiles derrière le conflit

Des ambulances arrivent avec des sirènes retentissantes, des volontaires fouillant dans les décombres, des corps alignés devant un hôpital détruit. À Kaboul, un raid aérien a touché un centre de traitement des toxicomanes, faisant des centaines de victimes. Une attaque qui marque l’un des jours les plus dramatiques de ces dernières années et qui ramène l’Afghanistan dans une spirale qui semblait, au moins partiellement, derrière nous.

Selon les autorités locales, les bombes ont été larguées depuis le Pakistan. Islamabad rejette les accusations de ciblage de civils, affirmant à la place qu'il a ciblé des bases de groupes armés. Mais les chiffres restent sur le terrain : au moins 400 morts (100 selon la BBC) et 200 blessés, pour la plupart des personnes qui se trouvaient dans un établissement de santé.

La nuit des bombardements

Ces derniers mois, et notamment ces dernières semaines, les raids aériens pakistanais sur le territoire afghan se sont intensifiés. Les explosions ont touché non seulement Kaboul, mais également des provinces comme Nangarhar, Paktika et Kandahar.

La réponse du gouvernement taliban n'a pas tardé : opérations terrestres le long de la frontière, frappes de drones et revendications de positions militaires capturées. Les deux camps parlent de « représailles », dans un jeu d’accusations mutuelles qui rend difficile l’établissement d’un point de départ clair.

Le nœud du terrorisme

Au centre du conflit se trouve avant tout le Tehrik-e Taliban Pakistan (TTP), un groupe armé responsable de nombreuses attaques sur le territoire pakistanais. Islamabad accuse Kaboul d'offrir refuge à ses combattants et de tolérer leurs activités.

Le gouvernement taliban le nie, mais les liens entre les deux mouvements sont connus : ils partagent des racines idéologiques, des relations familiales et une histoire commune de combats. Pour les talibans afghans, frapper durement le TTP signifierait risquer des fractures internes dans un équilibre déjà fragile.

Pendant ce temps, les attaques continuent. Parmi ceux-ci, un attentat suicide dans une mosquée au Pakistan qui a fait des dizaines de victimes et qu'Islamabad attribue au TTP, malgré d'autres affirmations.

Une frontière qui n'a jamais été résolue

La situation est encore plus instable avec la question de la ligne Durand, frontière tracée à l'époque coloniale en 1893. Une ligne qui divise les communautés pachtounes et qui n'a jamais été pleinement reconnue par les talibans.

Il ne s’agit pas seulement d’un conflit géographique : c’est une fracture identitaire et politique qui continue d’alimenter la méfiance. Même sans le TTP, de nombreux analystes estiment que les tensions entre l’Afghanistan et le Pakistan resteraient fortes pour cette raison.

Guerre asymétrique

Militairement, le Pakistan possède une nette supériorité : des capacités aériennes, technologiques et opérationnelles avancées. L’Afghanistan, quant à lui, se concentre sur différentes stratégies, héritées d’années de conflit : guérilla, mobilité et recours croissant aux drones.

Ces derniers changent la face du conflit. Peu coûteux et difficiles à intercepter, ils permettent des attaques ciblées même sans un appareil militaire important, rendant le conflit plus imprévisible.

Un effet domino régional

L’escalade ne concerne pas seulement les deux pays. Des intérêts plus larges s'entremêlent dans la région : la présence de groupes comme Isis-K et Al-Qaïda, les préoccupations des États-Unis face au terrorisme, le rôle de la Chine, de plus en plus active sur le plan diplomatique et sécuritaire.

Un conflit ouvert risquerait de réduire la pression sur ces groupes armés, leur donnant ainsi un espace pour se réorganiser. Dans le même temps, cela pourrait déstabiliser davantage une zone déjà marquée par de multiples crises.

Les conséquences sur la population

Ceux qui paient le prix le plus élevé sont, une fois de plus, les civils. En Afghanistan, où la pauvreté et la faim sont répandues, la reprise des bombardements représente aussi la fin d'une trêve fragile : après des décennies de guerre, de nombreuses familles ne craignaient plus les attaques aériennes.

L’économie est également mise à rude épreuve. Le commerce entre les deux pays est au point mort depuis des mois, avec des effets directs sur la disponibilité de biens essentiels, notamment de médicaments.

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