Antarctique, des scientifiques ont découvert que la glace du pôle Sud dépend des cycles du soleil
Les sédiments de l'Antarctique racontent une histoire qui ne s'arrête pas au fil des saisons, s'étend sur les siècles et révèle un lien inattendu entre la glace de mer et l'activité du Soleil.
Pendant longtemps, nous avons tenu pour acquis que la glace marine de l’Antarctique suivait un scénario simple : elle se forme, tient, puis se brise, plus ou moins chaque année. La réalité semble cependant nettement plus complexe. Et au milieu de cette histoire, étonnamment, le Soleil apparaît également.
Une étude coordonnée par l'Institut des Sciences Polaires du CNR de Bologne et publiée dans Nature Communications a reconstitué l'évolution de la banquise côtière de l'Antarctique au cours des 3 700 dernières années, montrant que sa stabilité est liée à des cycles naturels bien plus longs qu'une seule saison. Certains de ces cycles coïncident avec des oscillations de l'activité solaire.
Du fond de la mer de Ross, un souvenir ancien
Pour arriver à ces conclusions, les chercheurs n’ont pas regardé le ciel, mais les fonds marins. Dans la mer de Ross, l'une des zones les plus sensibles de l'Antarctique, des carottes de sédiments ont été prélevées dans l'Edisto Bight, dans la partie nord de la Terre Victoria. Couche après couche, ces sédiments ont conservé une trace continue de la présence et des débâcles de la glace marine côtière.
En analysant des images à très haute résolution, des biomarqueurs chimiques et des communautés de diatomées – des microalgues qui vivent en relation étroite avec la glace – il a été possible de reconstruire une chronologie détaillée de ce que l'on appelle glace rapidela glace ancrée à la côte. Un type de glace que l'on observe aujourd'hui avec des satellites, mais que dans le passé on ne pouvait connaître que grâce à ces archives naturelles.
C’est justement en remontant le temps qu’apparaît un fait intéressant : la débâcle des glaces ne suit pas un rythme annuel régulier. Au lieu de cela, il présente des oscillations plus larges, avec des cycles qui se répètent tous les 90 et 240 ans, en synchronisation avec certaines phases de l'activité solaire, lorsque le Soleil traverse des périodes de minimum et de maximum.
Parce que la banquise côtière est un élément clé de l'Antarctique
La glace marine côtière n’est pas seulement une étendue blanche aux confins du continent. Il régule la salinité de l’eau, influence les échanges entre l’océan et l’atmosphère, soutient des écosystèmes entiers et devient même, dans certaines régions, une plateforme naturelle pour des opérations scientifiques. Pourtant, c’est l’un des éléments les moins étudiés de la cryosphère antarctique.
L’intérêt de ces recherches réside aussi là : elles permettent de séparer ce qui relève de la variabilité naturelle de long terme de ce qui est lié à des changements plus récents. Comprendre le comportement des glaces il y a des siècles permet de lire avec plus de clarté ce qui se passe aujourd’hui, en évitant les interprétations trop simplistes.
Selon Michael Weber, de l'Université de Bonn, la technique utilisée peut être appliquée à d'autres archives sédimentaires présentes en Antarctique. Un détail tout sauf marginal, car il ouvre la voie à de nouvelles reconstitutions à l’échelle continentale, utiles pour comprendre les forçages naturels qui continuent de façonner les glaces de l’Antarctique.
La recherche fait partie des activités du Programme National de Recherche sur l'Antarctique et est le résultat d'une collaboration entre des universités et instituts de recherche italiens et internationaux. Une œuvre qui part du silence des fonds marins et atteint le Soleil, en traversant une histoire longue de près de quatre millénaires.
Source : Nature
