Elm argid : la guêpe qui se reproduit sans mâles et détruit les arbres partout dans le monde
Un insecte minuscule, uniquement des femelles et une propagation très rapide : l'argid de l'orme change la face de nos arbres
Il existe un minuscule insecte, peu connu du grand public, qui réécrit certaines règles de la biologie et, par la même occasion, met sérieusement en difficulté les ormes. On l'appelle orme argide et on l'appelle aussi « guêpe zigzag », un nom qui en dit déjà long sur son comportement et les signes qu'elle laisse derrière elle.
L'argide de l'orme et cette marque en zigzag sur les feuilles
L'orme argide est un hyménoptère défoliant qui affecte principalement les ormes, coupant les feuilles avec un chemin sinueux, presque décoratif, ce qui est en fait le premier signe d'un problème grave. Les larves, en se nourrissant, creusent un sillon sinueux qui réduit progressivement la capacité de la plante à réaliser la photosynthèse. Lorsque l’infestation est intense, l’arbre s’affaiblit au point de devenir plus vulnérable aux maladies comme la graphose, avec des conséquences pouvant même conduire à la mort de l’orme.
Ce qui rend cette espèce particulièrement redoutable n’est pas seulement l’efficacité avec laquelle elle se propage, mais aussi sa manière de se reproduire. Dans le terreau à ormes, les mâles n’existent tout simplement pas. Tous les individus sont des femelles et se reproduisent par télithogenèse, un mécanisme naturel qui permet aux œufs non fécondés de se développer de toute façon, donnant naissance à de nouvelles femelles génétiquement identiques à la mère. Un seul œuf pondu au bon endroit, même sur du bois de chauffage ou sur des surfaces piétonnes, suffit à déclencher une nouvelle infestation.
De l’Asie à l’Europe, jusqu’aux États-Unis
L’aire de répartition originale de l’argid de l’orme se situe en Asie orientale, mais l’insecte a depuis longtemps franchi les frontières naturelles. Il est présent en Europe depuis plusieurs années et en Italie, des infestations ont été signalées depuis 2003, notamment dans des régions comme l'Émilie-Romagne et le Frioul-Vénétie Julienne. Aux États-Unis, cependant, son apparition est relativement récente mais très rapide : depuis la première découverte en 2020, l’espèce s’est répandue dans au moins 15 États en quelques années seulement, attirant l’attention des chercheurs de l’Entomological Society of America, qui parlent ouvertement d’une propagation alarmante.
Dans ce cas, le véritable allié de l’insecte est l’être humain. Les cocons de pupes peuvent facilement adhérer aux camions, aux passages de roues, aux rétroviseurs ou être transportés dans le sol des plantes ornementales. Ainsi, sans s’en rendre compte, l’homme devient le principal vecteur d’un parasite qui profite de la mobilité globale pour coloniser de nouveaux environnements.
Parthénogenèse de Telitocus
Le système reproducteur de l’orme argide fascine les chercheurs car il représente l’un des exemples les plus extrêmes de reproduction asexuée. La parthénogenèse de Telitocus permet la naissance d'individus qui sont en fait des clones de la mère. Cependant, cela ne constitue pas une exception absolue dans le règne animal. Des mécanismes similaires ont également été observés chez les pucerons, les « poux des plantes » communs, et chez les Daphnia, petits crustacés d'eau douce qui se reproduisent sans mâles uniquement lorsque les conditions environnementales sont favorables.
Il existe des cas encore plus surprenants, comme celui de certaines espèces de lézards du genre Aspidoscelis, dans lesquels les mâles ont disparu depuis longtemps et les femelles maintiennent un comportement d'accouplement bien qu'elles n'aient aucune fonction de reproduction. Même le monde marin a donné lieu à des épisodes qui ont fait débat, comme la naissance de bébés requins issus de mères isolées dans des aquariums, qui se sont produits même en présence de mâles, comme l'a documenté l'Aquarium Shedd.
Dans le cas de l'orme argidé, cependant, cette stratégie de reproduction représente un problème concret pour les écosystèmes urbains et naturels, car elle accélère la propagation du parasite et rend plus difficile le contrôle des infestations.
Source : Journal de lutte intégrée contre les ravageurs
