Israël bombarde le plus grand gisement de gaz du monde en Iran
Israël attaque le champ iranien de South Pars, déclenchant des représailles dans le Golfe et une flambée des prix du gaz et du pétrole. Que se passe-t-il et pourquoi c’est important pour l’Europe aussi
Le nom est peu connu en dehors des cercles énergétiques, mais le champ offshore de South Pars, en Iran, est devenu en quelques heures le centre d'une crise mondiale. L'attaque israélienne, mercredi 18 mars, contre une partie des infrastructures marque un saut qualitatif dans le conflit au Moyen-Orient : pour la première fois, un des piliers de l'approvisionnement énergétique mondial est directement touché.
Israël a frappé le champ gazier iranien de South Pars, et l'Iran a frappé Ras Laffan au Qatar en réponse, envoyant du pétrole à près de 110 dollars.
Que signifie cette escalade et pourrait-elle aggraver le choc énergétique ?
MEE s’est entretenu avec l’analyste énergétique Bachar el-Halabi pour obtenir un aperçu pic.twitter.com/kfTRrQ6JHi
– Oeil du Moyen-Orient (@MiddleEastEye) 18 mars 2026
South Pars est un véritable hub physique dont dépend une part importante de la production de gaz naturel. Et lorsque de telles infrastructures sont affectées, les conséquences s’étendent bien au-delà des frontières régionales.
Un dépôt partagé qui prend en charge les soldes mondiaux
South Pars s'étend dans le golfe Persique et est partagé entre l'Iran et le Qatar, qui appelle sa partie le Dôme Nord. Il est considéré comme le plus grand gisement de gaz naturel au monde, avec des réserves capables d'influencer le marché mondial pendant des années.
Pour Téhéran, c’est la principale source d’énergie interne : elle alimente les centrales électriques et le chauffage des maisons. Pour Doha, c'est la base d'un système industriel qui fait du pays l'un des principaux exportateurs de gaz naturel liquéfié (GNL), orienté principalement vers l'Europe et l'Asie. Toucher ce terrain, c’est donc intervenir sur l’une des principales artères de l’énergie mondiale.
La réponse iranienne et l’effet domino
La décision israélienne a été suivie d’une réaction immédiate. L’Iran a frappé plusieurs infrastructures énergétiques dans la région, notamment le grand hub de Ras Laffan au Qatar, où est traité le gaz du North Dome. Les attaques ont également touché des sites en Arabie Saoudite. Il en résulte une crise en chaîne : usines ralenties, dégâts industriels, interruptions d’exploitation. En parallèle, la fermeture de facto du détroit d’Ormuz – un passage clé pour le transport du pétrole et du gaz – empêche les approvisionnements d’atteindre les marchés dans les délais.
Les prix augmentent et les marchés sous pression
Les conséquences ne se sont pas fait attendre : les prix du pétrole et du gaz naturel ont grimpé en flèche, avec des hausses significatives également en Europe. Lorsque les infrastructures énergétiques deviennent des cibles, l’ensemble du système devient instable. Les analystes évoquent de possibles perturbations prolongées des approvisionnements en GNL, avec des effets qui pourraient durer des semaines ou des mois. Un problème sérieux pour les pays qui dépendent des importations, surtout après la crise énergétique de ces dernières années.
L’énergie dans le collimateur de la guerre
L’élément le plus préoccupant est le changement de stratégie. Les infrastructures énergétiques sont devenues des cibles directes de guerre. Les frapper, c’est compromettre l’économie d’un pays, et donc la vie quotidienne des citoyens. Les déclarations de plus en plus dures des États-Unis s’inscrivent également dans ce contexte, avec la menace de frapper davantage South Pars en cas de nouvelles attaques iraniennes. Une escalade qui accroît l’incertitude et rend le système encore plus fragile.
Une leçon aussi pour l’Europe
Ce qui se passe dans le Golfe ne reste pas dans le Golfe. L’Europe, qui importe une part croissante de gaz naturel liquéfié, est directement exposée aux chocs dans cette région. Chaque panne entraîne des factures plus élevées et plus d’instabilité. La crise de South Pars met en lumière un point souvent négligé : la dépendance à l’égard de quelques grands pôles fossiles rend le système vulnérable. Et cela accélère, du moins sur le papier, la nécessité de diversifier et d’investir dans les sources renouvelables. En effet, lorsque l'énergie devient une cible, elle devient un problème de sécurité mondiale.
