Le Chili veut interdire l'élevage de poulpes : il serait le 1er pays au monde à interdire ce commerce cruel (et non durable)
Au Chili, un projet de loi vise à interdire l'élevage de poulpes. Une décision pionnière pour la protection des écosystèmes marins et le bien-être animal et un choix éthique et environnemental qui pourrait changer l’avenir des océans
Le Chili pourrait devenir le premier pays au monde à introduire une interdiction nationale sur l'élevage de poulpes, se plaçant ainsi comme un pionnier en matière de protection marine et de bien-être animal. La mesure vise notamment à interdire l'installation, l'exploitation ou le fonctionnement de centres destinés à la reproduction, à la croissance ou à l'engraissement des poulpes sur l'ensemble du territoire national.
L'objectif du Proyecto de Ley Boletín N°17913
La proposition, présentée le 15 octobre dernier par la députée Marisela Santibáñez avec un groupe de parlementaires et soutenue par la Fundación Vegetarianos Hoy, est née dans le but d'empêcher le développement d'une pratique définie « éthiquement inacceptable » Et « écologiquement non durable» en modifiant le Reglamento de Concesiones de Acuicultura et en empêchant la délivrance de nouveaux permis pour cette activité.
Le Proyecto de Ley Boletín N°17913, actuellement examiné par la Commission de l'Environnement et des Ressources Naturelles, repose sur trois piliers clés :
- protéger la biodiversité marine et l’équilibre naturel des espèces
- réduire les risques sanitaires et zoonotiques liés à l’agriculture intensive
- prévenir la surpêche et la pression qui en résulte sur les écosystèmes.
Outre la valeur éthique, la motion met également en avant les contradictions économiques et environnementales de ce type de culture. Pour produire 1 kg de poulpe, il faut jusqu’à 10 kg de poissons et crustacés vivants, un ratio qui rend le système très inefficace. À cela s’ajoutent des taux de mortalité élevés et des rejets de résidus azotés et phosphatés qui compromettent la qualité des eaux côtières.
Les poulpes sont des animaux très intelligents et sensibles
Le Chili se démarquerait ainsi d’un modèle de production intensive qui, ailleurs, comme en Europe et en Asie, montre déjà ses conséquences négatives. En effet, l’élevage du poulpe nécessite des conditions artificielles qui compromettent leur santé et augmentent le risque de dommages aux écosystèmes marins.
Ces animaux, carnivores par nature, ont besoin de grandes quantités de poissons pour survivre : les nourrir en captivité revient à encourager une pêche intensive qui pèse encore davantage sur des espèces déjà menacées. À cela s’ajoute l’utilisation d’antibiotiques dans les bassins d’aquaculture, avec des effets d’entraînement sur la résistance bactérienne et, à terme, sur la santé humaine. Le projet chilien entend donc adopter une approche préventive, bloquant la naissance d'une industrie qui risquerait de compromettre la biodiversité marine.
Des recherches scientifiques récentes ont bouleversé la perception commune de ces animaux. Les poulpes sont des êtres très intelligents et sensibles dotés d’un réseau neuronal complexe qui s’étend jusqu’à leurs bras. Non seulement ils réagissent aux stimuli physiques, mais ils éprouvent de la douleur et des émotions, se reconnaissent et font preuve d’extraordinaires capacités d’apprentissage et de mémoire. Ces caractéristiques rendent éthiquement inacceptable leur élevage dans des espaces confinés, les privant de leur liberté naturelle et de la stimulation cognitive nécessaire à leur équilibre.
Avec ce projet de loi, le Chili s'aligne sur les principes internationaux de durabilité et ouvre la voie à une réflexion globale sur la manière dont nous interagissons avec les autres formes de vie. À une époque où le milieu marin est assiégé, choisir de ne pas élever de poulpes n’est pas seulement un geste de civilité, mais aussi un acte de prévoyance écologique. Le pays sud-américain pourrait ainsi devenir un modèle éthique et scientifique pour toutes les nations qui entendent allier progrès et respect de la vie.
Source: Te Protéjo / Fondation végétarienne Hoy
