Le dernier souffle des glaciers des Pyrénées : 93 % ont déjà disparu, préviennent les experts
Les experts préviennent que le temps presse pour sauver ces géants de glace. En 2025, « l'Année internationale de la conservation des glaciers » pourrait servir de dernier appel à l'action
Une mince langue de glace, serrée entre les rochers comme dans une dernière et désespérée lutte pour la survie. C'est l'image du Petit Vignemalel'un des derniers glaciers des Pyrénées, voué à disparaître d'ici quelques années. Son agoniedocumenté par des glaciologues et des guides de montagne, c'est le reflet tangible du changement climatique.
Une disparition accélérée
Depuis le XIXe siècle, 93 % de la surface glaciaire des Pyrénées a déjà disparu. Entre 2020 et 2023, selon une étude franco-espagnole publiée dans Spinger Nature, les glaciers ont enregistré une perte de surface de 40 %, passant de 238 à 143,2 hectares.
Dans la même période, huit d'entre eux ont été déclassés en simples calottes glaciaires en raison de leur fragmentation. L'épaisseur moyenne a également diminué, avec une perte annuelle de 2,52 mètres, soit trois fois plus élevée que la décennie précédente.
« Les étés chauds et les hivers de plus en plus secs accélèrent le processus », explique Pierre René au journal en ligne Vert. Pour les experts, la survie des glaciers est désormais peu probable à moyen terme. « D’ici quinze ans, peut-être même plus tôt, il n’y aura plus de glaciers dans les Pyrénées », prévient le glaciologue.
Un écosystème en danger
La disparition des glaciers n’est pas seulement une question esthétique ou symbolique : elle a des conséquences sur les écosystèmes de montagne. Leur disparition entraînera une réduction de la biodiversité, altération des équilibres naturels qui se sont développés depuis des millénaires.
Pierre Bogino, guide de montagne qui observe depuis des années l'évolution de la montagne, fait part de son inquiétude : «La montagne est de plus en plus grise. Nous constatons la perte d’éléments importants du paysage en très peu de temps. Même les métiers liés à la haute montagne subissent un impact direct: les itinéraires historiques sur glace se sont transformés en éboulis instables, augmentant le risque de glissements de terrain et réduisant la sécurité des grimpeurs.
Variations du glacier des Oulettes de Gaube depuis le maximum LIA 📈
Les riches enregistrements de moraines montrent à quel point ce glacier est sensible ! 🌡️
Cependant, les dates exactes des différentes avancées du LIA et même du maximum du LIA ne sont pas connues avec précision https://t.co/XrAipDTaRt
2/ pic.twitter.com/tw8rdkIbne– Mélaine Le Roy (@subfossilguy) 29 mai 2024
Mémoire glaciaire : un avertissement pour l'avenir
Pierre René a consacré vingt années de sa vie à l'étude des glaciers des Pyrénées, essayant d'en préserver la mémoire. Avec son association Moraine, a documenté l'évolution de ces géants blancs à travers des cartesphotographies et tableaux. « Les glaciers sont le miroir du climat », souligne-t-il. Leur disparition rend visibles les effets du changement climatique, trop souvent ignorés.
Malgré leur importance, les glaciers pyrénéens n'ont pas été surveillés avec autant d'attention que les glaciers alpins. Leur petite taille a conduit au désintérêt scientifiquelaissant des lacunes dans les données. Aujourd’hui, grâce aux travaux de Pierre René et d’autres chercheurs, ces écarts se comblent petit à petit, mais le temps joue contre eux.
Un regard vers l'avenir
2025 a été proclamée par les Nations Unies « Année internationale de la conservation des glaciers », dans le but de sensibiliser le monde entier à l’urgence d’agir. Cependant, pour les Pyrénées, il est peut-être déjà trop tard. L’espoir est que cette crise puisse servir d’avertissement, poussant à sauver d’autres glaciers dans des montagnes moins exposées.
« Les glaciers sont des symboles, des informateurs »a conclu René. « Leur disparition est un détail énorme au milieu du changement climatique mondial, mais elle doit servir à ébranler les consciences. »
