Le scandale du chalutage éclate dans les zones protégées du Royaume-Uni : « plus de 1,3 million de tonnes de poissons capturés en 4 ans »
Surexploitation, retards réglementaires et effondrement des espèces : ce que révèlent les données officielles et pourquoi la question du chalutage concerne également le reste de l'Europe
Près de 40 % des eaux anglaises sont formellement classées zones marines protégées. Sur le papier, un bastion de la biodiversité. En fait, une ligne tracée sur des cartes qui n’arrête pas des réseaux de plusieurs centaines de mètres de long ni l’exploitation intensive des ressources. Les chiffres de Greenpeace UK racontent une histoire différente de celle des institutions : entre 2020 et 2024, plus de 1,3 million de tonnes de poissons ont été capturées dans ces zones.
Juste sous la surface de nos mers, ici même au Royaume-Uni, se trouve un monde extraordinaire de vie marine, des bancs de poissons colorés aux dauphins et hippocampes, mais il souffre d'un niveau d'exploitation bien au-delà de ce que nous tolérerions sur terre. – souligne Chris Thorne, responsable de la campagne océans chez Greenpeace UK. Le gouvernement prétend que de vastes zones des eaux britanniques sont protégées, mais la réalité est un scandale national.
Des réseaux géants, des impacts profonds
La plus grande part provient du chalutage pélagique : plus d'un million de tonnes capturées avec des équipements capables d'intercepter des bancs entiers sans distinction. À cela s’ajoutent environ 250 000 tonnes capturées au chalut de fond, une technique encore plus invasive qui traîne de lourds filets sur le fond marin, détruisant des habitats complexes formés au fil des décennies ou des siècles. Le résultat est double : d’une part la capacité des écosystèmes à se régénérer est drastiquement réduite, de l’autre la chaîne alimentaire marine est compromise. Ce n’est pas seulement une question de quantité pêchée, mais de qualité des milieux qui subsistent.
Espèces en chute libre
Plusieurs stocks de poissons clés montrent des signes inquiétants, comme l’explique bien le Guardian. Le cabillaud de la mer du Nord, le hareng de la mer d'Irlande et le maquereau se trouvent à des niveaux critiques, tout en continuant d'être exploités commercialement. La décision d'une grande chaîne de supermarchés britannique de suspendre la vente de maquereau est un signal concret : le risque d'effondrement n'est plus théorique. Ce tableau met en évidence un circuit court évident : les zones créées pour favoriser la récupération des écosystèmes accueillent encore des activités qui accélèrent leur dégradation.
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Règles fermes, pêche active
Le système britannique de zones marines protégées existe depuis les années 1980 et compte désormais des dizaines de sites désignés. En 2020, de nouvelles règles étaient censées renforcer la protection, en introduisant des limites plus strictes à la pêche dans les zones sensibles. Des années plus tard, de nombreuses mesures, notamment l'interdiction du chalutage de fond, sont cependant encore en phase de consultation. Pendant ce temps, les grands navires de pêche continuent d’opérer précisément là où la protection devrait être la plus grande. C’est là que se concentrent les critiques des organisations environnementales : sans restrictions efficaces, la désignation perd tout son sens.
Un enjeu européen
Le cas britannique n’est pas isolé. Le modèle des aires protégées « papier » concerne plusieurs mers européennes, dont la Méditerranée. La distance entre les objectifs déclarés et la gestion effective apparaît comme l'un des principaux obstacles à la protection de la biodiversité marine. Pour les lecteurs italiens, le sujet est tout sauf lointain. Les mêmes dynamiques – pression de la pêche industrielle, retards réglementaires, difficultés de contrôle – se retrouvent également dans nos eaux. Et les signes sont similaires : déclin des stocks, écosystèmes fragiles, conflits entre conservation et intérêts économiques.
Protection ou compromis ?
Les aires marines protégées fonctionnent si elles deviennent des espaces véritablement éloignés de toute exploitation intensive. Autrement, ils risquent de devenir des outils de communication plutôt que de conservation. Les données britanniques posent une question directe : que vaut une protection qui ne change pas les pratiques sur le terrain ? La réponse, pour l’instant, semble venir des réseaux qui continuent de sillonner même les fonds marins théoriquement les plus protégés.
Source : Greenpeace Royaume-Uni
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