Parco Naturale Paneveggio

Les arbres se « parlent-ils » vraiment avant une éclipse ? La réponse de la science

Des arbres qui parlent avant l'éclipse ? Une nouvelle étude nie la communication télépathique et explique ce qui s'est réellement passé dans les bois de Paneveggio

Pendant quelques semaines, nous y avons vraiment cru. L'idée était fascinante : des arbres « se parlaient » avant une éclipse, s'avertissaient, se préparaient, peut-être se protégeaient. Une forêt qui réagit comme un organisme unique et conscient.

Puis une nouvelle étude est arrivée pour freiner l’enthousiasme. Et non, il n’y a pas de complot : c’est de la science.

Les sapins avaient effectivement changé de comportement avant l'éclipse

Tout commence dans le parc naturel Paneveggio – Pale di San Martino, dans le Val di Fiemme. L'été dernier, dans le cadre du Expérience CyberForestune équipe italienne avait enregistré une augmentation de l'activité bioélectrique des épicéas peu avant une éclipse totale.

Le détail qui a suscité l’imagination ? Les premiers à « bouger » furent les arbres les plus âgés. Selon les auteurs de l'étude, ils auraient pu être ceux qui « guidaient » les plus jeunes, comme s'ils avaient des souvenirs d'événements similaires qu'ils avaient déjà vécus.

Une hypothèse puissante, qui s’inscrit dans la tendance – désormais de plus en plus étudiée – de la communication entre les plantes. Car oui, les plantes communiquent vraiment. Ils échangent des nutriments via des champignons, envoient des signaux chimiques et réagissent au stress environnemental. Mais il y a un long chemin à parcourir avant de parler de télépathie.

La nouvelle étude : pas de télépathie, c'était peut-être juste un orage

Pour rétablir l'ordre, un groupe de chercheurs de l'Université Ben Gourion du Néguev a publié une analyse critique dans la revue scientifique Tendances en science végétale. Le ton est clair : parler de communication télépathique entre arbres, c’est friser la pseudoscience.

Les chercheurs partent d'un fait objectif : l'activité bioélectrique a réellement augmenté. Mais pas forcément à cause de l’éclipse. L'événement astronomique avait provoqué une diminution de luminosité de 10,5%, répartie sur environ deux heures. Ergo, un impact inférieur à celui d’un nuage normal couvrant le soleil. Un si léger changement peut-il vraiment mettre une forêt entière en alerte ?

Selon des chercheurs israéliens, il existe une autre explication, bien plus plausible. Peu de temps après les changements enregistrés dans les arbres, la zone a été frappée par un orage. Événement météorologique intense et dangereux, capable de générer des champs électriques et des variations atmosphériques perceptibles à l'avance par les organismes vivants.

Les plantes ne sont pas passives. Ils savent lire les signaux de l’environnement et activer un « mode alerte » face à un stress réel et prévisible. Mais il faut qu’il s’agisse de véritables contraintes et non d’une légère atténuation de la lumière.

Il y a aussi un autre point qui donne à réfléchir. Les changements gravitationnels liés aux éclipses – évoqués dans l’étude italienne – sont similaires à ceux qui se produisent à chaque nouvelle lune. S’ils constituaient réellement un signal utile pour « prédire » une éclipse, les arbres devraient réagir de la même manière chaque mois. Et cela n’arrive tout simplement pas.

Des bois intelligents, oui. Magique, non.

Démanteler l’hypothèse de la télépathie ne signifie pas diminuer l’intelligence des plantes. Au contraire. Les forêts sont des systèmes complexes et interconnectés, capables de réagir avec une extraordinaire sensibilité aux changements environnementaux. Mais justement parce que la nature est déjà incroyable telle qu'elle est, il n'est pas nécessaire de lui attribuer des pouvoirs paranormaux pour la rendre fascinante.

L'histoire des arbres « parlant » avant une éclipse nous rappelle une chose importante : lorsqu'un résultat semble extraordinaire, il vaut toujours la peine de se demander s'il existe une explication plus simple. Il y en a souvent. Et ce n'est pas moins intéressant.

Source : Tendances de la science végétale

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