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Les flatulences des vaches divisées par deux grâce à cette algue qui promet de réduire les émissions de méthane de 40 %

Des chercheurs de l'Université de Californie (Davis) ont mené la première étude au monde démontrant l'efficacité des algues dans la réduction des émissions de méthane provenant du bétail en pâturage. Les résultats, publiés dans PNAS, ouvrent de nouvelles perspectives pour un élevage bovin plus durable et un avenir alimentaire plus respectueux de la planète.

L’industrie de l’élevage, en particulier l’élevage bovin, est depuis longtemps sous le feu des projecteurs en raison de son impact environnemental. Le méthaneun puissant gaz à effet de serre également émis par les ruminants lors de la digestion, contribue de manière significative au réchauffement climatique. Alors que plusieurs stratégies ont été explorées pour atténuer ces émissions, de nouvelles recherches proposent une solution naturelle : algues marines.

Une équipe de scientifiques de l'Université de Californie à Davis a mené une étude pionnière, publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), qui démontre comment l'intégration des algues marines, dans ce casAsparagopsis taxiformis (espèce d'algue rouge à répartition cosmopolite dans les eaux tropicales et tempérées chaudes), dans l'alimentation du bétail au pâturage peuvent réduire leurs émissions de méthane de près de 40 %. Ce résultat représente une avancée significative dans la recherche d’un élevage bovin plus durable.

« Les bovins de boucherie passent la majeure partie de leur vie à paître et à produire du méthane », explique-t-il. Ermias Kebreabprofesseur au Département des sciences animales de l'UC Davis et auteur principal de l'étude. « Rendre cet additif aux algues, ou tout autre additif alimentaire, plus accessible au bétail au pâturage est essentiel pour rendre l'élevage bovin plus durable tout en répondant à la demande mondiale de viande. »

Le principal défi de la réduction des émissions de méthane provenant du bétail au pâturage réside dans la difficulté d’administrer systématiquement des compléments alimentaires. Contrairement aux bovins d’engraissement ou laitiers, qui sont nourris quotidiennement dans des environnements contrôlés, les bovins au pâturage se déplacent librement sur de vastes territoires.

Pour surmonter cet obstacle, les chercheurs ont imaginé un système innovant : un distributeur automatique de suppléments de granulés d'algues marines, alimenté par des panneaux solaires. Ce dispositif, positionné dans le pâturage, permet aux bovins de prendre volontairement le supplément, assurant une réduction significative des émissions de méthane sans interférer avec leur santé ou leur poids.

L'étude, menée sur 24 bovins de boucherie (un mélange de races Angus et Wagyu) dans un ranch du Montana, a mis en évidence comment la consommation volontaire de suppléments d'algues a conduit à une réduction des émissions de méthane de près de 40 % sur une période de 10 semaines. Ce résultat est particulièrement pertinent étant donné que les bovins au pâturage, en raison de leur régime alimentaire riche en fibres, ils produisent plus de méthane que les bovins à l’engrais ou les vaches laitières.

« Cette méthode ouvre la voie à la création d'un supplément d'algues facilement disponible pour les animaux au pâturage », explique Kebreab. « Les agriculteurs pourraient même introduire les algues dans leur bétail à l'aide d'un bloc à lécher. »

Les implications de cette découverte sont considérables. L'agriculture pastorale, basée sur de grands systèmes de pâturage, il représente une source de moyens de subsistance pour des millions de personnes dans le mondesouvent dans des zones vulnérables au changement climatique. L’utilisation des algues comme complément alimentaire offre une solution concrète pour rendre l’élevage bovin plus durable, contribuant à la lutte contre le changement climatique et assurant la sécurité alimentaire mondiale.

En plus de réduire les émissions de méthane, l’incorporation d’algues dans l’alimentation animale pourrait offrir des avantages supplémentaires, comme l’amélioration de la santé et de la productivité du bétail.

Une approche holistique pour plus de durabilité

Il est important de souligner que la réduction des émissions de méthane n’est qu’un des aspects à considérer pour rendre l’élevage bovin plus durable. Comme le souligne un article connexe publié dans le même numéro de PNAS, il est essentiel d'adopter une approche holistique qui prend en compte plusieurs facteurs, notamment :y compris la génétique, la nutrition et la santé animale.

Alison Van Eenennaamprofesseur à l'UC Davis et co-auteur de l'article, souligne l'importance d'améliorer l'efficacité de la production animale, en particulier dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, en adoptant des pratiques plus durables. « Il s'agit de l'approche la plus prometteuse pour répondre à la demande mondiale de viande tout en limitant les émissions de gaz à effet de serre », déclare Van Eenennaam.

Dans ce contexte, l’utilisation d’algues comme complément alimentaire s’inscrit dans une stratégie plus large visant à réduire l’impact environnemental de l’élevage bovin, tout en améliorant son efficacité et sa durabilité à long terme.

Défis et perspectives futurs

Malgré des preuves scientifiques prometteuses, l’adoption à grande échelle de l’intégration des algues dans l’alimentation animale nécessite des recherches et des investissements supplémentairespour évaluer l'impact économique et logistique de cette pratique, mais aussi son efficacité dans différentes conditions environnementales et systèmes agricoles.

En outre, Il est important de considérer la disponibilité des algues et la durabilité de leur culture et de leur récolte. La demande croissante d’algues pour divers secteurs, dont la nutrition humaine, l'industrie pharmaceutique et la production de biocarburants, cela pourrait conduire à une concurrence pour les ressources et à une augmentation des prix.

Par ailleurs, malgré les progrès réalisés dans la recherche de solutions pour atténuer l’impact environnemental de l’agriculture, il est essentiel de rappeler que L'élevage représente un défi important pour la durabilité de la planète.

En 2015, les systèmes agroalimentaires d’élevage ils étaient responsables d’environ 12 % de toutes les émissions anthropiques de gaz à effet de serre (Données FAO). Sans interventions ciblées, ces émissions pourraient augmenter considérablement d’ici 2050, alimentant encore davantage la crise climatique.

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