Pinguini africani

Les manchots africains meurent de faim : la disparition des sardines entraîne leur déclin

Le déclin rapide des sardines, aggravé par la pêche intensive et les changements environnementaux, laisse les manchots africains sans nourriture et conduit l'espèce à l'effondrement avec une mortalité très élevée pendant la phase de mue.

Manchots africains (Sphénisque démersus), autrefois parmi les oiseaux marins les plus répandus en Afrique du Sud et en Namibie, connaissent un déclin spectaculaire. Au cours des dernières décennies, leur population s’est effondrée de 80 %, les plaçant dans la catégorie « En danger critique d’extinction » de la Liste rouge de l’UICN en 2024. Au cœur de cet effondrement se trouve un facteur clé : la disparition des sardines, leur principale source de nutrition.

Parce que les sardines ont disparu

Les populations de sardines au large des côtes sud-africaines ont chuté, restant pendant des années en dessous de 25 % des niveaux historiques. Deux forces convergentes sont à l'origine de cette crise : les effets des changements environnementaux, qui modifient les zones de frai des poissons, et la forte surpêche qui a atteint des niveaux non durables certaines années. Dans certaines zones, l'exploitation a atteint 80 %, privant d'espace de rétablissement une espèce déjà soumise à un stress.

La combinaison : le moment le plus risqué

Le moment le plus critique pour les manchots est la mue, une phase annuelle au cours de laquelle, en perdant et en renouvelant leur plumage, ils ne peuvent pas entrer dans l'eau. Ils restent ensuite au sol pendant environ trois semaines, subissant un jeûne total et s'appuyant exclusivement sur la graisse accumulée au cours des mois précédents. Si les sardines se font rares, les individus arrivent affaiblis à la mue ou ne parviennent pas à reprendre du poids par la suite. Cette condition a causé des milliers de décès ces dernières années.

Les données qui racontent l’histoire de l’effondrement

Une étude menée sur deux colonies historiques, Dassen Island et Robben Island, a révélé une mortalité choquante : 95 % des manchots qui s'étaient reproduits en 2004 sont morts dans les huit ans. Entre 2004 et 2011, on estime que 62 000 adultes ont disparu, un nombre qui illustre la dépendance absolue de l'espèce à l'égard des sardines. Des analyses parallèles, basées sur « l'indice d'abondance des proies », confirment la corrélation directe entre disponibilité des poissons et survie.

Mesures de protection et espoirs résiduels

Ces dernières années, des nids artificiels, des règles de protection dans les zones de pêche et des programmes de réhabilitation des poussins ont été introduits. Mais selon les chercheurs, le véritable enjeu reste la reconstitution des stocks de sardines. Réduire la pêche lorsque la biomasse chute trop bas et protéger les jeunes poissons pourraient ralentir le déclin. Sans une stratégie efficace pour restaurer leurs proies, les manchots africains n’auront pas d’avenir.

Source : Journal d'ornithologie africaine

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