L'UE doit interdire ce pesticide produit par Bayer, il tue les abeilles et présente un risque pour les enfants : demande de Pan Europe
PAN Europe et Générations Futures demandent à la Commission européenne un réexamen urgent du Flupyradifurone, un pesticide produit par Bayer. En fait, 72 nouvelles études documentent ses effets toxiques
Une alternative qui n’en est pas une. Tel est, en résumé, le jugement qui pèse actuellement sur la Flupyradifurone, l'insecticide systémique approuvé par l'Union européenne en 2015 et commercialisé par Bayer sous le nom de Sivanto. Présenté à l'époque comme un substitut moins dangereux aux néonicotinoïdes classiques, déjà critiqués pour leur action dévastatrice sur les abeilles, le Flupyradifuronesi révèle un problème identique sous une autre étiquette une décennie plus tard.
Ces derniers jours, les organisations PAN Europe et Générations Futures ont adressé une lettre formelle à la Commission européenne, demandant une révision urgente de son autorisation à la lumière des preuves scientifiques les plus récentes.
Les raisons ? Le mécanisme d'action de la Flupyradifurone est le même que celui des néonicotinoïdes les plus connus : elle agit sur le système nerveux des insectes en bloquant les récepteurs nicotiniques de l'acétylcholine. Malgré sa classification chimique distincte, les scientifiques s'accordent à le considérer, à tous égards, comme un autre représentant de cette famille controversée de pesticides. Son approbation était précisément justifiée par la promesse d’une moindre toxicité pour les pollinisateurs, promesse que les faits démentent de plus en plus clairement.
La dernière évaluation de l’EFSA, menée en 2022, avait déjà mis en évidence de graves risques pour les abeilles sauvages. Pourtant, malgré cette alarme, la Commission européenne n’a adopté aucune restriction. Pire, en 2024, l'autorisation décennale a été simplement prolongée de trois ans et demi, jusqu'en juin 2029, comme si de rien n'était.
Ce que la science a découvert sur la flupyradifurone
Tandis que les institutions européennes différaient leurs décisions, la littérature scientifique indépendante se multipliait. Depuis l'examen de l'EFSA de 2022 jusqu'à aujourd'hui, 72 nouvelles études ont été publiées sur les effets de la flupyradifurone sur les organismes non ciblés, c'est-à-dire sur tous les êtres vivants que le pesticide ne devrait pas affecter, mais qui le fait.
Parmi ces 72 ouvrages, 44 concernent spécifiquement les abeilles et les bourdons. Et les données qui en ressortent sont sans équivoque : la grande majorité fait état d’effets toxiques documentés, souvent enregistrés aux niveaux d’exposition environnementale, c’est-à-dire aux concentrations que les insectes et autres organismes rencontrent réellement dans les champs traités.
Le problème est qu’aucune de ces études n’a jusqu’à présent été évaluée par l’EFSA et donc aucune n’a changé le sort de l’autorisation.
Les risques pour les enfants
Le problème ne se limite pas aux insectes. Comme tous les néonicotinoïdes, la flupyradifurone est capable de traverser la barrière hémato-encéphalique et la barrière placentaire chez les mammifères. Cela signifie qu’elle peut atteindre le cerveau en développement du fœtus, avec d’éventuelles conséquences neurologiques dont l’étendue reste encore à clarifier. Et ce n’est pas une crainte abstraite puisque quelque chose de similaire a déjà été observé avec l’acétamipyride, un autre néonicotinoïde dont les niveaux maximaux de résidus dans les aliments ont été considérablement réduits en 2025, après que des recherches aient démontré certains risques pour le développement neurologique.
Le cas de la Flupyradifurone suit le même schéma, mais la Commission européenne ne semble pas vouloir tirer les leçons de l'histoire précédente.
Un changement est possible
Il y a cependant une lueur de changement. En avril 2024, la Cour de justice de l’Union européenne a rendu deux arrêts qui pourraient réécrire les règles du jeu : les juges ont déclaré que la méthode d’évaluation des pesticides actuellement utilisée dans les États membres n’était pas conforme à la loi. Le processus a été lancé par PAN Europe lui-même, et le principe qui en ressort est potentiellement révolutionnaire : il n’est plus possible d’ignorer systématiquement la littérature scientifique indépendante la plus récente, construisant les autorisations presque exclusivement sur des études commandées par l’industrie. C'est avec ce levier juridique en main que PAN Europe et Générations Futures frappent désormais à la porte de la Commission, demandant que le cas de la Flupyradifurone soit l'un des premiers à faire face à la nouvelle réalité.
À l’arrière-plan de cette histoire se cache un problème structurel que PAN Europe signale depuis des années : les lignes directrices utilisées pour évaluer l’impact des pesticides sur la biodiversité remontent à plus de vingt ans et ont été co-rédigées avec la contribution active du personnel de l’industrie des pesticides. Un système qui s’auto-évalue, avec ses propres critères et études, ne peut pas être une garantie de neutralité.
L’organisation mène la campagne «Restaurer la biodiversité, protéger les abeilles et les insectes« précisément pour avancer vers des lignes directrices qui protègent véritablement les insectes non ciblés. Le cas de la Flupyradifurone est, en ce sens, emblématique : ce n'est pas seulement l'histoire d'un pesticide problématique, mais le miroir d'un mécanisme d'approbation qui continue de fonctionner, ignorant la science gênante, reportant des décisions difficiles et prolongeant des autorisations qui n'auraient peut-être pas dû être accordées.
Source : PanEurope
