Pesticides : stop au « bouclier juridique » des multinationales, le Congrès américain bloque la loi pro-Bayer
Une clause du projet de loi budgétaire américain aurait pu accorder une sorte d’immunité juridique aux fabricants de pesticides, rendant ainsi beaucoup plus difficile l’alerte des citoyens sur les risques sanitaires et l’ouverture de poursuites. Mais, au moins pour l'instant, il a été supprimé
Une disposition qui aurait pu accorder une sorte d'« immunité juridique » aux sociétés multinationales de pesticides a été supprimée du projet de loi budgétaire américain. Une décision qui représente une victoire importante pour la santé publique, la protection de l'environnement et le droit des citoyens à être informés des risques liés à l'utilisation de substances chimiques en agriculture.
La clause a maintenant été supprimée
Une clause avait été insérée dans le texte de la loi de finances fédérale pour 2026 qui, selon les critiques et les associations écologistes, aurait profondément limité la possibilité d'avertir les citoyens sur les dangers des pesticides. La règle aurait empêché l'utilisation de fonds fédéraux pour introduire de nouveaux avertissements sanitaires, mettre à jour les étiquettes des produits ou adopter des mesures restrictives si celles-ci n'étaient pas parfaitement alignées sur les évaluations de l'EPA, l'Agence américaine de protection de l'environnement.
Le point critique est que les évaluations de l’EPA ne reflètent pas toujours les dernières découvertes scientifiques. Les processus d’examen peuvent prendre des années et sont souvent soumis à d’intenses pressions de la part de l’industrie chimique. Dans ce contexte, la clause aurait effectivement empêché les États et les gouvernements locaux d’intervenir même en présence de nouvelles preuves de dommages à la santé humaine, laissant ainsi les citoyens sans outils de protection.
Les conséquences auraient également été importantes sur le plan juridique. En limitant la possibilité d’inclure des avertissements sur les risques, la règle aurait rendu beaucoup plus difficile pour les consommateurs de poursuivre les fabricants de pesticides pour « défaut d’avertissement ». En d’autres termes, les entreprises pourraient se défendre en prétendant qu’elles respectaient les règles fédérales, même si entre-temps de nouvelles données scientifiques émergeaient sur les dangers de leurs produits.
C'est pour cette raison que beaucoup ont défini cette clause comme un véritable « bouclier juridique » taillé sur mesure pour l'industrie des pesticides.
Le rôle de Bayer
Au centre de l’histoire se trouve Bayer, le géant de l’agrochimie qui produit le Roundup, l’herbicide à base de glyphosate le plus utilisé au monde. Après avoir acquis Monsanto en 2018, Bayer a hérité de milliers de poursuites intentées par des personnes liant l'utilisation du produit au développement de tumeurs. L'entreprise a déjà payé des milliards de dollars en règlements et règlements, mais fait toujours face à de nombreuses poursuites en cours. La clause inscrite au budget aurait considérablement réduit le risque de nouvelles poursuites judiciaires.
Glyphosate cancérigène et poursuites judiciaires : voilà comment Bayer fait pression sur le Congrès américain pour se sauver de la faillite
La députée démocrate du Maine, Chellie Pingree, membre éminent de la commission du budget de la Chambre, a tout bloqué. Pingree a forcé le retrait du texte, déclarant ouvertement qu'il traçait une ligne infranchissable, malgré le fort lobbying de Bayer et de ses alliés industriels. La décision est devenue définitive lorsque les dirigeants républicains du Sénat ont également convenu de ne pas proposer à nouveau la règle.
Le mouvement Make America Healthy Again (MAHA) a également joué un rôle important, un réseau de militants de la santé qui, ces derniers mois, a fait pression sur les législateurs, y compris les républicains. La mobilisation populaire a été décisive pour empêcher que la clause ne revienne dans le texte final de la loi.
La règle a donc été supprimée et n’entrera pas en vigueur, mais la partie n’est pas terminée. Selon Pingree, Bayer a fait de la protection juridique une priorité absolue et continuera de faire pression pour inclure des dispositions similaires dans d'autres lois.
Apparemment, cette question ne concerne que les États-Unis mais il faut considérer que les choix législatifs américains ont souvent un impact mondial et peuvent également influencer les politiques agricoles et environnementales d'autres pays. Mettre fin au « bouclier juridique » des pesticides, c'est défendre le principe de précaution, le droit à l'information et la possibilité pour les citoyens de demander justice lorsque leur santé est menacée.
Dans ce cas, la pression politique et civile a fonctionné. Mais nous ne devons pas baisser la garde.
Source : Le Gardien
