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PFAS dans l'eau minérale : le plus répandu est le TFA, retrouvé dans 21 échantillons sur 32 en France

Une enquête du magazine Que Choisir a analysé 32 eaux minérales et de source vendues en France à la recherche d'éternels polluants. Les résultats confirment ce que l’on savait depuis longtemps : les PFAS atteignent même les aquifères les plus profonds

Nous parlons encore une fois d’un groupe de substances qui semblent désormais omniprésentes. Les PFAS, composés chimiques utilisés depuis des décennies dans des centaines d'applications industrielles et domestiques, des emballages alimentaires aux tissus imperméables, se sont accumulés au fil du temps dans l'eau, le sol et l'air. Et désormais, ils finissent inévitablement dans nos verres, que l'on boive de l'eau du robinet ou, comme le confirme une nouvelle enquête française, que l'on opte pour de l'eau en bouteille.

Le magazine des consommateurs Que Choisirqui avait déjà détecté des concentrations inquiétantes de PFAS dans l'eau du robinet de 30 communes françaises dès février 2025, s'intéresse désormais aux eaux minérales et de source en bouteille, soumettant 32 échantillons à des analyses en laboratoire. Les résultats confirment une tendance assez dramatique : il n’existe plus de source d’eau dont on puisse dire qu’elle est totalement à l’abri des polluants éternels.

La surveillance s'est concentrée sur les 20 PFAS indiqués par une directive européenne, qui fixe une limite globale à 100 nanogrammes par litre (ng/l) pour l'eau potable. Pour les eaux minérales naturelles, une valeur encore plus restrictive s'applique en France : 30 ng/l.

La bonne nouvelle est que, sur les 20 PFAS surveillées, seules quelques-unes ont été détectées, et seulement dans trois eaux minérales et une eau de source, souvent en quantités modestes. La seule exception significative concerne l'eau minérale naturelle additionnée de dioxyde de carbone Carrefour, provenant de la source Perle en Ardèche : l'échantillon contenait 8 des 20 PFAS surveillés, pour une concentration totale de 21,7 ng/l — proche du seuil français de 30 ng/l.

Mais le problème le plus grave est la présence de quatre polluants particulièrement dangereux : le PFOA, le PFOS, le PFNA et le PFHxS. Leur concentration combinée dans l'échantillon Carrefour a atteint 13,7 ng/l, dépassant largement la limite de 2 ng/l adoptée par des pays comme le Danemark pour ces composés spécifiques. Sans surprise, le détaillant a annoncé la suspension de la vente du produit.

TFA : le polluant que personne ne réglemente encore

Les données les plus inquiétantes de l'enquête concernent cependant une autre substance : l'acide trifluoroacétique, ou TFA, un PFAS pour lequel il n'existe pas encore de limite maximale définie au niveau européen. Rejeté dans l'environnement par les réfrigérants et les pesticides, il est très persistant et suspecté d'être toxique pour le foie et la reproduction.

Dans les eaux en bouteille analysées, les TFA se sont révélés être de loin les PFAS les plus répandus : détectés dans 21 échantillons sur 32, et dans 17 cas au-dessus de 100 ng/l. La valeur maximale – 650 ng/l – a été mesurée dans l'eau minérale naturelle de Thonon, de Haute-Savoie. Viennent ensuite Vittel (440 ng/l), U Acqua Minerale dei Pyrenees (410 ng/l), Saint Antonin (370 ng/l) et Contrex (350 ng/l).

Parmi les 32 échantillons analysés figurent également des marques très appréciées en Italie. San Pellegrino, par exemple, a montré un niveau de TFA de 100 ng/l – moyenne pour l'échantillon, mais toujours détecté.

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Ces chiffres restent inférieurs au seuil provisoire de 2 200 ng/l adopté par les Pays-Bas – pays actuellement le plus protecteur en matière d'AGT – mais sont appelés à augmenter au fil du temps si rien n'est fait, compte tenu de la persistance de la substance dans l'environnement.

Et en Italie ? Dans notre pays, une valeur limite pour les TFA a été fixée à 10 000 ng/l, dont l'application est attendue à partir du 12 janvier 2027. Une limite nettement moins restrictive que celle des Pays-Bas.

Même les aquifères profonds ne sont pas sûrs

L'un des aspects les plus alarmants de l'étude est la confirmation que les PFAS – et les TFA en particulier – atteignent désormais également les sources souterraines profondes, celles d'où proviennent les eaux minérales et de source vendues en bouteilles.

Le problème est que, contrairement à l’eau du robinet, les eaux minérales ne peuvent subir que des traitements très limités. La filtration au charbon actif, couramment utilisée pour éliminer les PFAS de l'eau du robinet, n'est pas autorisée pour les eaux minérales naturelles. Comme l'explique Christophe Lekieffre, délégué général de l'Union française des eaux de source et minérales naturelles, les options techniques disponibles sont peu nombreuses et ne comptent pas les plus efficaces.

Le Haut Conseil de la Santé Publique a demandé au gouvernement de fixer une limite spécifique de 20 ng/l pour les quatre PFAS les plus dangereux (PFOA, PFOS, PFNA, PFHxS), une recommandation qui n'a pas encore été respectée. Et au niveau européen, la définition d'une valeur toxicologique de référence pour le TFA est toujours attendue, dont le processus a été reporté à juillet 2026.

Source : Que Choisir

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