PFAS, la contamination invisible qui a empoisonné la Vénétie (et au-delà)
Depuis 2016, dans 30 communes de trois provinces de Vénétie, une substance toxique déversée dans les aquifères et les sols n'a apporté aucune paix. Depuis des années, des milliers de personnes boivent de l’eau contaminée sans le savoir et tombent malades. Dans le deuxième épisode de « Veleni d'Italia », nous irons au fond du problème des PFAS. Et pourquoi il y a eu un silence assourdissant jusqu'à hier.
Depuis quelque temps, entre les provinces de Vicence, Padoue et Vérone, existe une zone contaminée invisible, mais qui a profondément affecté le territoire et la vie de centaines de milliers de personnes. C’est la zone touchée par la pollution par les PFAS, des produits chimiques hautement persistants qui se propagent dans l’environnement depuis des années sans que personne ne s’en rende compte.
Dans le deuxième épisode de «Poisons d'Italie» Reconstituons toute l'histoire, à partir de 2016, lorsqu'il est apparu que plus de 350 000 citoyens avaient bu de l'eau contaminée, cuisiné avec et irrigué les champs avec un composé toxique et invisible. Un désastre environnemental aux proportions énormes, qui ne s’est jamais vraiment arrêté et qui, au fil du temps, a transcendé les frontières régionales.
Aujourd’hui, la contamination par les PFAS touche plus de 17 000 sites à travers l’Europe. Ces substances sont désormais répandues partout : dans les revêtements antiadhésifs, les tissus imperméables, les cosmétiques, les emballages alimentaires, les mousses anti-incendie et de nombreux détergents industriels. L’aspect le plus alarmant en est cependant un autre : les PFAS sont entrés dans la chaîne alimentaire, contaminant les œufs, la viande, le poisson, le lait et même le lait maternel.
L'origine de la contamination en Vénétie
L'histoire prend forme en 2011, le long du ruisseau Poscola, en Vénétie. Dans cette zone se trouvait l'ancienne usine chimique Miteni à Trissino, en activité depuis 1964 et construite au-dessus de l'un des plus grands aquifères d'Europe. Depuis des années, à partir de cette usine, les PFAS se sont dispersés dans le sol et les eaux souterraines, atteignant progressivement l’eau potable de 21 communes.
Les enquêtes menées par le NOE des Carabiniers ont alors révélé un détail décisif : dès 2004, l'entreprise était consciente de la pollution, comme le démontre une étude environnementale commandée en interne. Malgré cela, aucun nettoyage n'a jamais commencé, notamment en raison des coûts très élevés, estimés à environ 18 millions d'euros. Pendant ce temps, des milliers de familles continuaient d’utiliser de l’eau contaminée dans leur vie quotidienne.
Aujourd'hui, 15 anciens dirigeants de Miteni sont accusés de crimes très graves, notamment d'empoisonnement à l'eau, de catastrophe environnementale et de gestion illicite de déchets. L'État, quant à lui, a déjà dépensé plus de 80 millions d'euros pour construire de nouveaux aqueducs. Mais les dégâts environnementaux sont désormais étendus : la contamination a atteint la mer Adriatique, d’autres pays européens et même les neiges de l’Antarctique.
Face à ce scénario, une question reste inévitable : pourquoi les PFAS ne sont-ils pas encore totalement interdits ? En Italie, il n'existe toujours pas de loi interdisant son utilisation. Pourtant, la littérature scientifique est claire : une exposition prolongée à ces substances est liée à des cancers (notamment des reins), des troubles de la thyroïde, du diabète, des lésions du foie et du système immunitaire, des complications de grossesse et une diminution de la fertilité.
Le comité Mamans sans PFASactif depuis des années, continue de dénoncer la lenteur de la politique. Avec des centaines d'associations, elle appelle à une interdiction totale d'ici 2030, mais la crainte est que le timing institutionnel ne soit pas compatible avec la gravité de la crise.
L’Europe essaie de changer de rythme
Au niveau européen, quelque chose bouge. Dans le cadre du règlement REACH, la Commission européenne a présenté une proposition de restriction sur plus de 10 000 PFAS en 2023, l'une des plus importantes jamais présentées par l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA). L’objectif est de bloquer la production, l’utilisation et l’importation, en n’accordant que des exemptions temporaires dans les secteurs où les alternatives font défaut.
Toujours dans le domaine de l'eau potable, l'UE a introduit pour la première fois des limites spécifiques sur les PFAS, par le biais de la directive sur la qualité de l'eau et du règlement sur les eaux usées. Mais la mise en œuvre concrète relève de la responsabilité de chaque État, et l’Italie semble encore nettement en retard.
La réalité est cependant désormais évidente : les PFAS sont déjà présents dans notre corps. L’heure n’est plus aux analyses ou aux reports interminables. Nous avons besoin de décisions politiques immédiates, d’une loi nationale interdisant ces substances et d’investissements sérieux et structurels pour assainir les territoires contaminés.
