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Plus de 200 morts dans l'effondrement d'une mine de coltan au Congo : c'est le coût caché de nos smartphones

Plus de 200 personnes ont perdu la vie dans l'effondrement d'une mine de coltan à Rubaya, dans l'est de la République démocratique du Congo, dans une zone marquée par le conflit et l'exploitation. La tragédie, annoncée depuis quelques temps, met en lumière des conditions de travail inhumaines et une chaîne d'approvisionnement mondiale qui lie nos technologies quotidiennes à la violence, au pillage et au déni des droits.

L’effondrement d’une mine de coltan, la deuxième après quelques mois, dans l’est de la République démocratique du Congo n’est pas seulement une nouvelle en provenance d’une terre tourmentée : c’est une blessure profonde qui traverse des communautés entières et, qu’on le veuille ou non, aussi notre mode de vie. Plus de 200 personnes ont perdu la vie à Rubaya, dans la région du Nord-Kivu, après l'effondrement soudain d'une mine suite à de fortes pluies qui ont rendu le sol encore plus instable.

Les informations sont arrivées lentement, fragmentaires, comme cela arrive souvent dans une zone marquée par un conflit armé et aujourd'hui sous le contrôle des rebelles du M23. Selon les autorités rebelles locales, le bilan des victimes était difficile à établir dans l'immédiat.

Effondrement d'une mine au Congo, au moins 70 morts : le cobalt qui alimente notre technologie continue de tuer

De nombreux corps sont restés ensevelis sous terre, d’autres n’ont pas été identifiés pendant des jours. On estime qu'une vingtaine de survivants sont hospitalisés, tandis que des dizaines de familles attendent toujours des réponses.

Des sources locales et un ancien superviseur de la mine, interrogés par la BBC, parlent d'un site mal entretenu, dépourvu de contrôles et de normes de sécurité. Le sol, fragile par nature, était rendu encore plus dangereux par l'érosion et la pluie. Dans ces conditions, l’effondrement n’était pas un accident imprévisible, mais un risque connu et ignoré.

Les autorités congolaises ont pointé du doigt les rebelles, les accusant de mettre délibérément en danger la vie des civils en autorisant l'exploitation minière illégale. Le gouvernement de Kinshasa avait officiellement interdit l'exploitation minière dans la région l'année dernière, mais lorsque l'interdiction est entrée en vigueur, les mines étaient désormais sous le contrôle du M23.

Quoi qu’il en soit, il ne s’agit pas d’un cas isolé : des effondrements similaires se répètent depuis des années en RDC, même dans les zones formellement contrôlées par le gouvernement. Il s’agit d’un problème structurel, lié à la pauvreté, à l’instabilité, au manque de droits et à une chaîne d’approvisionnement mondiale qui continue de fermer les yeux.

Parmi les victimes figurent des femmes, des enfants et des mineurs artisanaux, des personnes qui ne sont employées par aucune entreprise, qui travaillent sans contrat, sans protection, sans alternatives. Ils descendent chaque jour dans des fosses creusées à la main pour extraire du coltan, souvent accompagnés de leurs enfants, car le travail des enfants dans ces régions n'est pas la plus tragique des normalités.

Le coltan qui alimente notre bien-être

Rubaya n'est pas n'importe quel endroit : ses mines concentrent environ 15 % de l'offre mondiale de coltan et la moitié des réserves de la RDC. Le coltan contient du tantale, un métal essentiel à la production de condensateurs hautes performances utilisés dans les smartphones, les ordinateurs, les voitures et les appareils électroménagers. En pratique, une partie de la technologie que nous utilisons quotidiennement provient également d’ici, de ces collines creusées à mains nues.

Depuis 2024, selon les Nations Unies, le M23 contrôle les mines et impose des taxes sur les mines pour financer ses travaux. Le gouvernement congolais accuse ouvertement le Rwanda de soutenir le groupe rebelle et de bénéficier du pillage des ressources naturelles. Kigali a toujours nié cela, mais les experts de l'ONU affirment qu'il existe des preuves que des minerais congolais transitent par le Rwanda vers les marchés internationaux.

Dans le communiqué publié après l'effondrement, le gouvernement de la RDC parle d'un « système structuré de pillage et d’exploitation illégale des ressources naturelles »qui fait partie d’une chaîne d’approvisionnement illicite à l’échelle industrielle. Des propos lourds, qui remettent en cause les responsabilités politiques, économiques et internationales.

Ce qui s’est passé à Rubaya ne peut être considéré comme un simple accident : derrière chaque appareil électronique se cache une histoire, et trop souvent cette histoire parle de vies sacrifiées, de droits bafoués, de communautés appauvries. Raconter ces histoires, c’est donner un visage et une voix à ceux qui autrement resteraient invisibles sous les décombres d’une mine et sous le silence du monde.

Tant que le coltan continuera d’être extrait dans ces conditions, et tant que les technologies « vertes » et numériques ignoreront le coût humain de sa chaîne d’approvisionnement, des tragédies comme celle-ci continueront à se produire. Et nous ne pourrons pas dire que nous ne savons pas.

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