Pour l’Union européenne, la lutte contre la crise climatique doit être reportée
L’UE reporte l’objectif 2040 avant la CopP30. L'Italie appelle à la neutralité technologique. Le WWF signale des compensations peu fiables
La définition de l'objectif climatique européen à l'horizon 2040 s'est soldée par une impasse lors du Conseil européen du 23 octobre. La proposition de la Commission, qui envisage une réduction des émissions de CO₂ jusqu'à 90 % par rapport à 1990, a été reportée au sommet des ministres de l'Environnement du 4 novembre, juste avant la COP30 au Brésil.
Les dirigeants ont exprimé leur mécontentement face à la voie actuelle de la transition verte, appelant la Commission à définir des « conditions favorables » pour les citoyens et les entreprises. Ces mesures comprennent des politiques de financement et de soutien visant à réduire les émissions sans alourdir l'économie européenne, y compris également des crédits internationaux.
Parmi les demandes qui ont émergé, se distingue celle dite de « clause de révision », visant à réviser l'objectif 2040 à l'avenir si les conditions économiques ou technologiques empêchent de le respecter. Certains États, comme la Pologne, ont également insisté sur la flexibilité dans la comptabilisation des réductions de CO₂, invoquant des difficultés liées aux incendies et à la capacité d'absorption des forêts. En outre, le Conseil a exprimé son intérêt pour la révision des normes d'émissions pour les voitures et les camionnettes, en adaptant la législation aux besoins des États membres.
L'Italie a conditionné son approbation à des instruments clairs, notamment des crédits internationaux allant jusqu'à 5 %, une flexibilité dans la comptabilisation des réductions et une neutralité technologique dans la législation européenne, en particulier pour le secteur automobile. Le gouvernement a réitéré la nécessité de ne pas compromettre l'économie européenne et d'éviter la « folie verte ».
Le WWF a critiqué le recours aux crédits internationaux, jugés peu fiables, et l'insistance italienne sur les instruments extérieurs, parlant d'un « manque de cohérence ». L'organisation dénonce également le risque de déréglementation résultant de la simplification réglementaire proposée par les dirigeants, qui pourrait affaiblir les protections fondamentales de l'environnement. Selon Dante Caserta du WWF Italie, l'application complète des lois environnementales existantes permettrait à l'économie européenne d'économiser environ 180 milliards d'euros par an.
Alex Mason, responsable du climat et de l'énergie au WWF UE, a souligné que l'objectif de 90 % reste le seul chiffre sur la table, mais que la part des émissions compensées à l'étranger risque de réduire l'impact réel. « L'atmosphère ne peut pas être trompée par une comptabilité créative », a déclaré Mariagrazia Midulla du WWF Italie. Elle a ajouté que la déforestation, plus que les phénomènes naturels, réduit l'absorption du CO₂ et que les politiques de l'UE devraient se concentrer sur ce problème.
Le report de l’objectif et les demandes de flexibilité montrent à quel point la gouvernance climatique européenne est fragile. Le jeu reprend en novembre, avec la COP30 à nos portes, tandis que les citoyens, les entreprises et l’environnement attendent des signaux concrets pour une transition verte efficace et crédible.
