L'analyse ADN révèle que les victimes du volcan de Pompéi n'étaient pas celles qu'on nous avait toujours dit
La génétique réécrit l'histoire de Pompéi : les restes de cinq individus analysés pour découvrir le sexe, l'origine, la parenté et des traits physiques jamais détectés auparavant
Depuis des années, guides touristiques et manuels scolaires construisent des récits romantiques autour des statues de plâtre qui immortalisent les derniers instants de la vie des habitants de Pompéi, surpris par l'éruption du Vésuve en 79 après JC. Des mères tenant leurs enfants dans leurs bras, des familles unies pour se dire au revoir, des amoureux enfermés dans une dernière étreinte : des histoires émouvantes mais souvent basées davantage sur des intuitions scéniques que sur des preuves scientifiques.
Aujourd'hui, grâce à une étude innovante publiée dans Biologie actuellela science prime sur la légende. Une équipe de chercheurs a analysé des fragments d'os microscopiques conservés dans 14 moulages pompéiens. Un portrait tout à fait inattendu s’est dégagé : les victimes n’étaient pas des proches et ne représentaient pas non plus les liens affectifs qu’on leur prêtait depuis des décennies.
L'ADN démasque les stéréotypes
Dans le cas emblématique de la Maison au Bracelet d'Or, l'adulte qui pendant des décennies a été considérée comme une mère, grâce au bijou raffiné qu'elle portait et à la présence d'un enfant sur ses genoux, s'est révélé être un homme sans lien biologique avec l'enfant. Un autre adulte présent dans le même environnement, considéré comme le « père » de la famille, ne montrait également aucun lien de parenté avec les deux autres.
La Maison du Cryptoportique accueillait cependant deux personnes s'embrassant, toujours identifiées comme des « sœurs » : là aussi, l'analyse ADN a révélé un individu de sexe masculin. La génétique a donc remis en question toute la construction symbolique des moulages pompéiens. Les cinq individus examinés étaient tous des hommes et n’avaient aucun lien familial jusqu’au troisième degré.
Les analyses génétiques, réalisées sur cinq individus avec une couverture de données suffisante, ont permis la reconstruction partielle ou complète des génomes mitochondriaux, la définition de lignées paternelles (Y-ADN) et l'exclusion de contaminations modernes. Le tableau qui en ressort est clair : aucune des personnes analysées n’avait de lien de parenté.
Des origines hétérogènes
L’étude a comparé les profils génétiques de milliers d’individus anciens et modernes, révélant une forte composante ancestrale liée aux premiers agriculteurs d’Anatolie et du Levant. Dans certains cas, des contributions génétiques associées à l'Iran néolithique et même une trace de steppe, typique des populations d'Europe de l'Est ou du Nord, ont émergé.
L'une des victimes, originaire de la célèbre Villa dei Misteri, possédait un mélange génétique entre le Moyen-Orient et l'Europe, mais les isotopes de l'émail dentaire (strontium et oxygène) indiquent qu'il avait grandi localement, dans la région centrale de l'Italie.
Les Pompéiens n'étaient pas « italiens » au sens moderne du terme : leurs racines étaient liées à la migration, au commerce et à la contamination culturelle.
Ce cadre génétique confirme ce qui a déjà été observé dans de précédentes études sur la Rome impériale : l'Italie du Ier siècle après J.-C. était un carrefour multiculturel, loin de l'idée d'une population homogène.
Au-delà du mythe : que dire aujourd’hui réellement des victimes de l’éruption ?
Les analyses révèlent également des données sur les traits physiques : l'adulte au bracelet en or avait la peau foncée et les cheveux noirs, d'autres individus avaient les yeux marrons. De plus, l’absence de longues séquences d’homozygotie dans les génomes étudiés exclut les pratiques généralisées de mariage entre parents proches, indiquant une population génétiquement diversifiée.
L’étude démonte définitivement l’idée selon laquelle la proximité physique signifie automatiquement un lien affectif ou familial. Les ossements conservés dans les moulages sont incomplets, parfois même remaniés lors des restaurations. Les chercheurs préviennent : les moulages sont des icônes puissantes, mais ne doivent pas être interprétés à la légère.
La vraie force de ces recherches est de transformer des hypothèses romantiques en données vérifiables. Grâce à des techniques de pointe telles que le séquençage de l’ADN ancien et l’analyse isotopique, nous pouvons désormais raconter des histoires authentiques, ancrées dans des preuves et non dans l’imagination.
Source : Biologie actuelle
