Catastrophe environnementale des PFAS, les raisons de la sentence qui cloue Miteni : il savait qu'il polluait l'eau (mais il est resté silencieux)

Catastrophe environnementale des PFAS, les raisons de la sentence qui cloue Miteni : il savait qu'il polluait l'eau (mais il est resté silencieux)

Les motifs de la Cour d'assises de Vicence ne laissent aucun doute : les dirigeants de Miteni étaient pleinement conscients de la contamination par PFAS mais continuaient à produire des substances toxiques sans en informer personne

La condamnation prononcée contre Miteni en juin, dont les motifs ont été publiés, est un acte d'accusation sans précédent : l'entreprise chimique basée à Trissino (Vicence) savait qu'elle polluait et l'a fait délibérément, produisant des PFAS et d'autres substances nocives pendant des années dans le seul but de gagner de l'argent, ignorant complètement les conséquences sur l'environnement et la santé de 350 000 citoyens.

Les 2 062 pages de motifs déposés par la cour d'assises de Vicence ne laissent aucune place à l'interprétation. Il ne s’agissait pas d’une négligence ou d’une sous-estimation, mais d’un choix entrepreneurial précis.

Une condamnation historique pour un crime environnemental

Le 26 juin dernier, après six heures de délibération et un procès qui a duré quatre ans, la Cour d'assises de Vicence a infligé un total de 141 ans de prison à 11 des 15 dirigeants de l'ancienne usine Miteni de Trissino et des multinationales ICIG et Mitsubishi. Les motifs déposés confirment désormais la gravité des faits : l'entreprise a contaminé les provinces de Vicence, Padoue et Vérone, empoisonnant les nappes phréatiques et l'eau potable de centaines de milliers de personnes.

Le droit de l'environnement de prévention et de protection ne s'arrête pas à la réglementation sur la réhabilitation, mais est beaucoup plus complexe et complet. – écrivent les juges dans les motifs – Pour les substances non réglementées, la loi interdit strictement leur rejet significatif et mesurable dans l'environnement où elles n'étaient pas présentes auparavant et exige leur élimination drastique et totale.

Le point le plus grave qui ressort des motifs est que dès 2009, Miteni disposait d'un cadre d'information détaillé sur la contamination du site et des eaux souterraines. Malgré cette connaissance, l’entreprise n’a jamais rien communiqué aux institutions et a continué à produire des PFAS, puis aussi du GenX et du C604, substances encore plus insidieuses. Un choix précis, selon les juges, dicté uniquement par le profit.

Il ne s’agissait donc pas d’une simple sous-estimation du risque, mais d’une décision délibérée de poursuivre l’activité polluante tout en étant pleinement conscient des conséquences dévastatrices pour l’environnement et la santé publique.

Rémunération millionnaire

Le jugement a fixé l'indemnisation de plus de 300 parties civiles, parmi lesquelles des particuliers et des organismes publics, pour un montant total de plusieurs dizaines de millions d'euros. Le ministère de l'Environnement a reçu une compensation de 58 millions d'euros, la région de Vénétie de 6,5 millions d'euros et l'agence environnementale Arpav de 800 000 euros. Les municipalités, les compagnies des eaux et la province de Vicence ont également obtenu des compensations.

Pour les individus, notamment les « No Pfas Moms » qui ont mené la bataille pour la vérité, l'indemnisation s'échelonne de 15 à 20 mille euros. Une somme symbolique au regard des dégâts subis, mais une reconnaissance importante de leur combat.

Que sont les PFAS et pourquoi sont-ils si dangereux

Les PFAS (substances perfluoroalkyles) sont des composés chimiques de synthèse utilisés par l'industrie pour leurs propriétés imperméabilisantes et antiadhésives. Le problème c'est qu'ils sont pratiquement indestructibles : on les appelle « produits chimiques pour toujours“, produits chimiques éternels, car ils persistent dans l’environnement et dans le corps humain pendant des décennies.

Ces substances ont tendance à s’accumuler dans le sang et les organes au fil du temps, avec des effets potentiellement très graves sur la santé. De nombreuses études scientifiques ont en effet lié l'exposition aux PFAS à un risque accru de certaines tumeurs, notamment les tumeurs des reins et des testicules, mais aussi à des atteintes du système immunitaire et des altérations de la fonction thyroïdienne. Une consommation prolongée a également été associée à des taux de cholestérol élevés, à des problèmes hépatiques et à des complications de grossesse. Chez les enfants, l’exposition peut interférer avec les processus normaux de croissance et de développement, entraînant des retards de développement.

Leur danger est accentué par le fait qu’ils se propagent facilement à travers les aquifères, contaminant l’eau potable de communautés entières. Dans le cas de Miteni, la contamination a atteint trois provinces vénitiennes, empoisonnant l'eau de 350 mille citoyens pendant des années.

L'affaire a explosé en 2013, lorsque la Région de Vénétie a été informée par le Ministère de l'Environnement de la présence de PFAS en concentrations « inquiétantes » dans l'eau potable de certaines communes. À partir de ce moment, une bataille juridique et civile sans précédent a commencé, menée par le mouvement « No Pfas Mothers », des femmes qui ont découvert qu'elles donnaient à boire à leurs enfants depuis des années de l'eau empoisonnée.

Leur mobilisation a contraint les institutions à agir, conduisant à un dépistage de la population, à des analyses approfondies et enfin au procès qui s'est terminé par cette sentence historique. Depuis des années, ils manifestent, collectent des données, font des reportages, réclament justice pour leurs familles et pour toutes les personnes exposées.

Que se passe-t-il maintenant

Les avocats de la défense auront désormais accès aux 2 062 pages de motifs et devront décider s'ils souhaitent poursuivre l'appel devant la Cour d'appel. La bataille juridique n’est donc peut-être pas terminée. Mais entre-temps, cet arrêt constitue un précédent fondamental dans la jurisprudence environnementale italienne : il établit clairement que polluer sciemment dans un but lucratif est un délit qui doit être puni avec la plus grande rigueur.

L'affaire Miteni devient ainsi un symbole de la lutte contre la pollution industrielle et démontre que, même lentement, la justice peut arriver. Mais un goût amer demeure : 350 000 personnes boivent de l’eau contaminée depuis des années, alors que certaines savaient et ont choisi de ne rien faire.

Source : Ansa

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