Sous la Voie Appienne la cité romaine perdue apparaît et réapparaît sans creuser grâce aux drones
Des drones et des capteurs thermiques révèlent la ville romaine de Fioccaglia di Flumeri le long de la Via Appia, avec un forum, un théâtre et une structure monumentale
Il existe des territoires qui préservent la mémoire sous des couches de terre, de silence et de cultures modernes. Irpinia en fait partie. Pendant des années, le tracé de la Via Appia, le viarum de Regina récemment reconnu comme site du patrimoine mondial, est resté dans cette zone à peine plus qu'une hypothèse, une ligne imaginée sur les cartes des savants et presque invisible sur le terrain réel. Aujourd’hui, grâce à la technologie, cette ligne reprend forme et avec elle, toute une ville romaine oubliée réapparaît.
Des drones, des capteurs thermiques et des investigations géophysiques avancées l'ont mis en lumière, sans encore creuser un seul centimètre de terre. Le résultat est surprenant : sur le territoire de Flumeri, dans la province d'Avellino, le site de Fioccaglia révèle clairement la structure d'un centre urbain romain organisé, monumental et stratégique. Un lieu que certains érudits identifient à l'ancienne Forum Aemiliiactive entre le IIe et le Ier siècle avant JC, au plus fort des transformations politiques et sociales de la République romaine.
La découverte est le résultat d'une campagne de recherche menée par l'Université du Salento, en collaboration avec la Surintendance de l'Archéologie, des Beaux-Arts et du Paysage des provinces de Salerne et Avellino et avec l'administration municipale de Flumeri. La coordination des travaux est assurée par le professeur Giuseppe Ceraudo, impliqué depuis des années dans la reconstruction du système de voies romaines le long de l'Appia et de la Traiana.
Une ville qui ressurgit sans creuser
La partie la plus fascinante de cette découverte concerne la méthode. À une époque où l’on parle de plus en plus de protection et de durabilité des paysages, même dans la recherche scientifique, l’archéologie change de peau. À Fioccaglia, nous n'avons pas commencé avec des pelles et des pioches, mais avec des outils capables de « lire » le sous-sol.
Les investigations combinaient magnétométrie, géoradar et relevés avec des drones équipés de capteurs thermiques et multispectraux. En gros, une radiographie du sol. Les structures enfouies modifient la croissance de la végétation et la composition magnétique du sol ; les capteurs interceptent ces différences et renvoient des cartes détaillées de ce qui se trouve sous la surface.
C’est ainsi qu’apparaissent des axes routiers, des bâtiments publics et des espaces monumentaux. Sans fouilles invasives, avec des économies significatives en ressources économiques et énergétiques et avec un impact minimal sur l'environnement. Un exemple concret de la manière dont innovation et protection peuvent aller de pair.
Les données deviennent encore plus pertinentes si l'on considère qu'en Irpinia, le tracé de la Via Appia est presque entièrement perdu jusqu'à Bénévent. Aujourd'hui, nous ne connaissons qu'une petite partie du parcours dans cette zone, tandis qu'en Basilicate et dans les Pouilles, le parcours est plus facilement reconstitué jusqu'au port de Brindisi. La découverte de Fioccaglia devient donc une pièce fondamentale dans la recomposition de la mosaïque.
Forum, théâtre et rues orthogonales : le visage monumental de Fioccaglia
Les images issues des analyses montrent clairement un tracé urbain orthogonal, typique des villes romaines nouvellement fondées. Les axes routiers se croisent régulièrement, délimitant de grands îlots planifiés. C'est le signe d'une planification consciente, d'une ville conçue pour durer.
Parmi les structures les plus significatives identifiées, se distingue le Forum, cœur civil et commercial de la colonie. La vaste place centrale et le périmètre des bâtiments publics qui la surplombaient ont été délimités. A côté du Forum apparaît une autre découverte destinée à changer la perception du lieu : un théâtre de taille moyenne, capable d'accueillir environ sept mille spectateurs.
Un théâtre, c'est des spectacles, des assemblées, une vie sociale. Cela implique une communauté vivante, intégrée aux modèles culturels romains. Nous ne sommes pas face à un simple village passant par la route consulaire, mais à un centre urbain structuré, avec des ambitions et des fonctions publiques importantes.
Le site était déjà connu grâce à de précédentes campagnes de fouilles dans les années 1980, qui avaient mis au jour un decumanus pavé et une domus de luxe décorée dans le « style pompéien primitif ». Les nouvelles enquêtes élargissent cette photographie, confirmant que Fioccaglia possédait des bâtiments publics et privés d'un certain niveau.
Sa position le long de l'Appia et la connexion probable avec une branche consulaire commandée en 126 avant JC par le consul Marco Emilio Lepido, la soi-disant Via Aemilia à Hirpinis, expliquent le rôle stratégique de la zone dans le réseau de connexions du sud de l'Italie.
Une pièce maîtresse pour comprendre la romanisation de l’arrière-pays
Cette découverte n'est pas qu'un événement archéologique. Il s'agit d'une étape importante dans la compréhension de la romanisation de l'arrière-pays campanien entre le IIe et le Ier siècle avant JC, un processus qui a profondément transformé les paysages, les économies et les identités locales.
L'organisation urbaine, la monumentalité des structures publiques, la présence d'un théâtre et d'un forum témoignent de l'intégration de ce territoire dans le système politique et économique romain. Ils racontent également la capacité des communautés locales à s’adapter, à se transformer et à dialoguer avec le pouvoir central.
Les résultats de la recherche seront présentés le 27 février à Lecce lors d'une conférence publique organisée par le Département d'études du Salento en accord avec le Cnr. À l’été 2026 débutera une nouvelle campagne de fouilles qui vise à mettre au jour toute la ville.
Sous les champs cultivés d’Irpinia, la mémoire n’est donc pas la seule à dormir. Une ville endormie qui redevient visible grâce à la science, rappelant que le passé n'a jamais vraiment disparu : elle n'attend que les bons outils pour raconter à nouveau son histoire.
Source : Université du Salento
