Tués au nom de superstitions : ce sont les animaux sauvages qui paient le prix le plus élevé de notre ignorance

Tués au nom de superstitions : ce sont les animaux sauvages qui paient le prix le plus élevé de notre ignorance

À l'occasion de la Journée de la faune sauvage, le rapport Nature Crimes du WWF dénonce plus de 4 000 espèces victimes d'un trafic illégal, avec des milliers d'animaux tués à cause de superstitions, de mythes et de croyances infondées. En Italie, le phénomène est tout sauf marginal

Aujourd'hui, 3 mars, on célèbre la Journée mondiale de la vie sauvage, mais la photographie prise par le reportage Crimes de la nature du WWF Italie est tout sauf festif. Plus de 4 000 espèces animales et végétales dans le monde sont victimes du trafic illégal. Selon les données de l'ONUDC, le commerce illicite de la faune et de la flore concerne 162 pays et des espèces emblématiques telles que les pangolins, les éléphants, les rhinocéros, les crocodiles, les perroquets, les orchidées et les bois précieux, générant des profits estimés à plus de 20 milliards de dollars par an.

Le rapport souligne comment ces crimes compromettent la stabilité des écosystèmes, aggravent la crise climatique, réduisent les ressources essentielles et compromettent la sécurité collective, montrant que la destruction de la nature n'est plus seulement la conséquence de modèles économiques non durables, mais souvent le résultat d'activités illégales organisées et intégrées dans des réseaux criminels internationaux.

Crimes contre les animauxCrimes contre les animaux

L'Italie n'est pas spectatrice mais partie active

Malheureusement, l’Italie, bien que riche en biodiversité, reste un haut lieu européen des crimes contre la nature. La péninsule est un point de transit pour le trafic international et le braconnage reste une réelle menace pour les oiseaux de proie, les mammifères comme les loups et les cerfs, les oiseaux migrateurs et la flore protégée comme les orchidées sauvages et les plantes médicinales.

Des techniques sophistiquées, allant des appels acoustiques électroniques au vol de poussins dans les nids, sont systématiquement utilisées pour alimenter les marchés nationaux et internationaux. Le trafic d'animaux sauvages exotiques ajoute des dangers supplémentaires : tortues, oiseaux d'ornement, reptiles tropicaux et petits primates finissent dans le commerce illégal, avec des cas extrêmes comme la saisie d'un chimpanzé en Sicile en 2025.

Empoisonnements, incendies et impacts dévastateurs

L’utilisation d’appâts empoisonnés et les incendies criminels sont d’autres armes contre la faune et les écosystèmes. Les empoisonnements affectent les prédateurs et les animaux domestiques, mais ont des effets en cascade sur l’ensemble de la chaîne alimentaire, mettant également en danger la santé humaine. Les incendies, souvent liés à des intérêts spéculatifs, ont dévasté au cours des dix dernières années un territoire national égal à celui du Frioul-Vénétie Julienne, avec des pertes comparables à celles de l'ensemble de l'Union européenne en 2025.

Quand la peur devient condamnation

Mais parmi les causes de tout cela, il n’y a pas que les réseaux criminels et les entreprises multimilliardaires : les superstitions, les peurs ancestrales et la pseudo-science tuent aussi. À côté du trafic organisé, il existe en effet un front moins visible et tout aussi dévastateur : celui des croyances qui transforment les animaux fondamentaux des écosystèmes en cibles à éliminer.

Les chauves-souris comptent parmi les victimes les plus emblématiques. Associés à des épidémies ou à des forces obscures, ils sont exterminés dans de nombreuses régions du monde sur la base de croyances sans fondement scientifique. Pourtant, leur rôle dans la pollinisation et la lutte contre les insectes est crucial pour l’équilibre naturel. Même sort pour les serpents, souvent tués sans discernement même lorsqu'ils ne sont pas venimeux, et pour les chouettes et les hiboux, associés dans certaines cultures à la sorcellerie. Lors de crises sanitaires ou sociales, la recherche d’un « bouc émissaire » naturel accélère ces persécutions, transformant la désinformation en menace concrète pour la biodiversité.

Pangolins, tigres et rhinocéros : l'affaire de la croyance

Le cas des pangolins est parmi les plus dramatiques : ils font aujourd’hui partie des mammifères les plus trafiqués au monde. Leurs balances sont utilisées dans les pratiques de médecine traditionnelle sans aucune validation clinique. La même chose se produit avec les cornes de rhinocéros ou les os de tigre, alimentant les marchés illégaux qui violent les réglementations CITES. Ce n’est pas du folklore inoffensif. Lorsque ces pratiques se traduisent par la capture, l’abattage ou le commerce d’espèces protégées, elles deviennent de véritables crimes environnementaux. Un système qui prospère là où il y a un manque d’informations accessibles, de contrôles efficaces et d’alternatives durables.

Le poids de l'ignorance

Lutter contre ces phénomènes ne signifie pas s’attaquer aux traditions culturelles, mais promouvoir un dialogue fondé sur des preuves scientifiques. En Italie, des organisations comme le CICAP s'efforcent de démanteler des croyances infondées qui peuvent aussi avoir des conséquences concrètes sur la faune.

L’éducation environnementale et le renforcement de la pensée critique sont des outils de prévention aussi puissants que les lois. Là où la prise de conscience s’accroît, la place aux peurs irrationnelles et aux marchés illégaux diminue. Lors de la journée dédiée à la faune sauvage, le message est clair : protéger les animaux, c’est aussi lutter contre l’ignorance qui les condamne. Parce que chaque espèce éliminée à cause d’un mythe infondé est une perte que nous payons tous, en termes d’équilibre, de climat et d’avenir.

Source : WWF Italie

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