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Les excréments de nos chiens et chats sont des insectes empoisonneurs (et c'est la faute des pesticides)

Les principes actifs antiparasitaires de la classe des isoxazolines peuvent persister dans les selles des chiens et des chats pendant des mois après le traitement. En conséquence, les bousiers et autres insectes coprophages peuvent être exposés à des doses potentiellement mortelles.

On les appelle fluralaner, afoxolaner, lotilaner et sarolaner, quatre noms techniques qui ne signifient probablement rien pour la plupart des propriétaires d'animaux. Or, si vous possédez un chien ou un chat et que vous le traitez contre les puces et les tiques, il est fort probable qu'au moins un de ces actifs antiparasitaires ait déjà pénétré dans l'organisme de votre animal.

Nous parlons des isoxazolines, la classe la plus récente d'ectoparasicides vétérinaires, très appréciés pour leur commodité (ils se présentent sous forme de comprimés à croquer) et leur durée d'action, mais qui sont désormais au centre d'une importante alarme environnementale.

Une étude, qui vient d'être publiée le Toxicologie environnementale et chimie par des chercheurs de Vetagro Sup, Campus Vétérinaire de Marcy-l'Étoile, France, ont mesuré précisément la durée de conservation de ces principes actifs dans les selles des chiens et chats traités. Le résultat est inquiétant : on parle de semaines, parfois de mois. Un cas emblématique est celui du lotilaner détecté dans les excréments de chien jusqu'à 204 jours après l'administration.

Les isoxazolines sont éliminées de l'organisme principalement par les selles. Les chercheurs ont surveillé 20 chiens et 20 chats dans la période qui a suivi le traitement antiparasitaire, en collectant des échantillons à intervalles réguliers pendant trois mois (et plus) et en les analysant avec des techniques de spectrométrie de masse. Les résultats montrent des demi-vies d'élimination fécale très longues : environ 23 jours pour le fluralaner chez le chien, 25 jours pour le lotilaner, avec des valeurs similaires chez le chat.

En termes plus simples : chaque fois que votre chien ou votre chat défèque après un traitement contre les puces, ses excréments contiennent des quantités mesurables de substances insecticides actives. Et ces excréments finissent dans le sol, dans les parcs et les pelouses.

Qui perd ?

Les plus à risque sont les insectes coprophages, c'est-à-dire ceux qui se nourrissent d'excréments ou y pondent leurs œufs : bousiers, mouches à fumier, certaines espèces de diptères. Ce sont des animaux fondamentaux pour la santé des sols, car ils décomposent les excréments et accélèrent leur recyclage en matière organique fertile.

Les chercheurs ont utilisé des simulations statistiques pour estimer la probabilité qu'un insecte coprophage, se nourrissant aléatoirement d'excréments contaminés, soit exposé à une dose toxique. Les résultats ont été alarmants : dans le cas du fluralaner et du lotilaner, cette probabilité dépasse 87-92% si l'on considère comme seuil la concentration affectant 50% de la population d'insectes (EC50). Si toutefois le seuil le plus conservateur de la concentration sans effet (PNEC, c'est-à-dire CE50 divisée par 100) est utilisé, toutes les isoxazolines conduisent à une probabilité d'exposition toxique proche de 100 %.

La bonne nouvelle, pour ainsi dire, est que l’afoxolaner et le sarolaner semblent moins persistants, probablement parce qu’ils sont métabolisés plus rapidement et que leurs résidus fécaux sont plus faibles. La mauvaise nouvelle est que le problème sous-jacent est structurel : les isoxazolines sont administrées en continu, souvent à des fins préventives, à des millions d’animaux de compagnie à travers l’Europe. Cela signifie un flux constant et ininterrompu de substances insecticides pénétrant dans l'environnement par les matières fécales.

Les chercheurs soulignent également que les produits antiparasitaires les plus récents associent souvent les isoxazolines à d'autres principes actifs comme la moxydectine ou la milbémycine oxime, des substances anthelminthiques qui sont également éliminées dans les selles et peuvent affecter les arthropodes. La moxydectine, en particulier, est classée comme persistante, bioaccumulable et toxique dans l'Union européenne.

infographie de l'étude sur les pesticidesinfographie de l'étude sur les pesticides

Ce que demandent les scientifiques

L'étude se termine par quelques recommandations concrètes. Tout d’abord, les chercheurs demandent que des informations sur l’élimination fécale prolongée soient incluses dans les notices d’information sur les médicaments vétérinaires, ainsi que des conseils pratiques pour les propriétaires. Deuxièmement, dans les pays où les déchets sont incinérés, ils suggèrent de jeter les excréments des animaux traités à la poubelle (et non dans les composteurs ou dans le jardin) pendant toute la durée du traitement.

C'est une invitation à la prise de conscience, plutôt qu'une condamnation des isoxazolines. Savoir que votre chien ou votre chat, après le comprimé anti-puces, « émet » un insecticide actif pendant des semaines peut sembler une découverte inconfortable, mais c'est la première étape vers des choix plus éclairés, et peut-être pour inciter les autorités réglementaires à procéder à des évaluations environnementales plus strictes.

Source : Toxicologie et chimie de l'environnement

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