Feu vert au libre-échange UE-Mercosur : l’accord controversé passe, les tracteurs descendent dans la rue
Après 25 ans de négociations, l'Union européenne vote l'accord commercial avec le bloc sud-américain. L'Italie est décisive, les agriculteurs protestent
Après un quart de siècle de négociations intermittentes, de reports et de vetos croisés, l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur a surmonté le premier obstacle politique décisif. Le feu vert est venu le 9 janvier du Coreper, le comité des représentants permanents des 27 Etats membres. Une majorité qualifiée a ouvert la voie à la signature de l'accord, qui attend désormais les dernières étapes formelles et les discussions avec le Parlement européen.
ACCORD HISTORIQUE ENTRE MERCOSUL ET UNIÃO EUROPEIA | Les pays d'União Europeia approuvent l'accord commercial avec @mercosur après 25 ans d'activité. Ce processus se concentre sur l'articulation du gouvernement brésilien et empêche le commerce national extérieur. pic.twitter.com/PzCb7Ofux6
– CanalGov (@canalgov) 9 janvier 2026
Le vote a divisé l’Europe. L'Italie, l'Allemagne et l'Espagne ont soutenu l'accord ; La France, la Pologne, l'Autriche, la Hongrie et l'Irlande ont voté contre ; La Belgique s'est abstenue. Le oui de Rome était crucial pour atteindre les chiffres nécessaires. Ce n’est pas un détail politique : l’accord crée la plus grande zone de libre-échange au monde, avec plus de 700 millions de personnes entre l’Europe et l’Amérique latine.
Qu’est-ce que le Mercosur et pourquoi c’est important pour l’UE
Né en 1991 avec le Traité d'Asunción, le Mercado Común del Sur rassemble l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay dans le but d'intégrer leurs économies à travers une union douanière et, à l'avenir, un marché commun. Au fil du temps, des partenaires et des observateurs se sont ajoutés, mais le cœur du bloc reste sud-américain.
L’accord avec l’UE, conclu politiquement en décembre 2024, vise à éliminer progressivement les droits de douane sur 91 % des échanges commerciaux, ce qui aura un impact sur l’une des relations commerciales les plus importantes au monde.
Industrie européenne : moins de droits, plus de marché
Pour l'industrie européenne, cela signifie réduire les droits de douane qui sont actuellement très élevés : jusqu'à 35 % sur les automobiles, 20 % sur les produits industriels, 18 % sur les produits chimiques et 14 % sur les produits pharmaceutiques. Selon les estimations de la Commission, les entreprises européennes économiseraient environ quatre milliards d'euros par an en droits de douane.
Le Mercosur est déjà un marché de 280 millions de consommateurs sur lequel opèrent environ 30 000 entreprises européennes. Pour l’Italie, cela représente environ 14 milliards d’euros de commerce et, selon une analyse commandée par le ministère des Affaires étrangères, elle pourrait devenir le pays le plus avantagé d’ici 2036.
L'agriculture, la question la plus sensible de l'accord
Le revers de la médaille est l’agriculture. En échange de son ouverture aux produits industriels européens, le bloc sud-américain obtient des quotas d'accès plus élevés pour le bœuf, la volaille, le sucre, le riz et le bioéthanol. Bruxelles a rappelé que les importations doivent respecter les normes de l'UE : pas de viande aux hormones ni de poulet chloré, protection des indications géographiques pour 347 produits européens, dont 58 italiens.
Il existe des quotas limités – 99 mille tonnes de viande bovine et 180 mille tonnes de volaille – et une clause de sauvegarde qui permet d'intervenir si les importations dépassent certains seuils, abaissés par le Coreper de 8 à 5 %.
Les tracteurs sur la place et une fracture qui reste ouverte
Des garanties qui n'ont pas stoppé la contestation. Aujourd'hui 9 janvier, des tracteurs ont bloqué la circulation à Milan : bottes de foin déchargées devant le Conseil régional de Lombardie, klaxons et drapeaux tricolores. La mobilisation, promue par la Coapi et Riscattoagricoltura Lombardia, accuse le traité de « favoriser la spéculation et de punir les agriculteurs et les citoyens européens et sud-américains » et appelle à des prix équitables et à des contrôles efficaces.
🔵#Milan Les tracteurs bloquent la circulation contre l'accord de libre-échange avec le Mercosur. Les véhicules agricoles sont arrivés par dizaines sur la Piazza Duca d'Aosta, devant le siège du Conseil régional de Lombardie, déchargeant également des bottes de foin et klaxonnant. pic.twitter.com/T990TSNuhc
–Radio1Rai (@Radio1Rai) 9 janvier 2026
Les tensions ne sont pas destinées à s’apaiser rapidement. La Commission européenne a promis des ressources plus importantes pour la future politique agricole commune et a inclus le respect de l'accord de Paris sur le climat parmi les éléments essentiels de l'accord, prévoyant sa suspension en cas de violation. Mais la confrontation va désormais se déplacer à Strasbourg. Le vote du Parlement européen n'est pas une formalité et, comme le démontrent les places d'aujourd'hui, le Mercosur reste un accord économique qui parle aussi de modèles agricoles, d'environnement et de choix politiques difficiles à tenir ensemble.
