Quelle est cette histoire selon laquelle en Italie nous avons trouvé un moyen de dégrader le plastique avec une plante ?
La plante « miracle » anti-microplastique fait fureur en ligne, mais la science raconte une autre histoire
De temps en temps, une de ces nouvelles apparaît sur les réseaux sociaux et semble trop belle pour être vraie. Une plante aquatique développée en Italie, selon certains posts devenus viraux, serait capable de nettoyer les rivières des microplastiques presque seule : elle flotte sur l'eau et capte les particules de plastique avec ses racines, sans machines, sans électricité, sans infrastructures complexes. Le nom choisi en dit long : Pistia Magnifica.
Il est dommage qu'en recherchant cette plante dans les bases de données scientifiques et les publications académiques, on ne trouve rien. Zéro. Pistia Magnifica, telle qu'elle est décrite en ligne, n'existe pas dans la littérature scientifique. Pourtant, l’histoire qui se cache derrière tout cela est réelle et, à certains égards, encore plus intéressante que celle qui circule sur les réseaux sociaux.
La vraie plante derrière le mythe
La plante qui inspire cette histoire existe et porte un nom précis : Pistia stratiotes, communément appelée laitue d'eau. Il s'agit d'une plante flottante qui pousse spontanément dans les environnements tropicaux et subtropicaux et est utilisée depuis des années dans les systèmes de phytoépuration – processus naturels qui exploitent la végétation pour améliorer la qualité de l'eau.
Il suffit de le regarder pour comprendre pourquoi il attire l’attention des scientifiques. Les feuilles restent en surface tandis qu'un système racinaire dense et filamenteux se développe sous l'eau et fonctionne comme un réseau naturel. Ce réseau piège les sédiments et les particules en suspension, tandis que les micro-organismes qui vivent autour de la plante contribuent à dégrader ou transformer divers polluants.
Des études scientifiques ont montré que Pistia stratiotes est capable de réduire considérablement les concentrations de métaux lourds dans les eaux usées industrielles – plomb, cadmium, mercure, nickel – avec des efficacités allant jusqu'à 80 %. D’où l’intuition assez logique qu’une plante présentant ces caractéristiques peut également agir contre les microplastiques.
Les microplastiques dans les rivières italiennes sont un problème documenté
La présence de microplastiques dans les cours d’eau n’est pas une hypothèse : c’est un phénomène largement mesuré. Les rivières sont l’un des principaux vecteurs par lesquels les fragments de plastique atteignent les lacs et les océans. Fibres synthétiques rejetées par les tissus de lavage, fragments d'emballages dégradés, particules industrielles : tout finit dans les eaux usées urbaines et de là dans les systèmes fluviaux.
Une étude de l'Université de Florence publiée le Science de l'environnement total a analysé les microplastiques tout au long du cours de l'Arno, de la source à l'embouchure, en détectant des concentrations particulièrement élevées dans la zone urbaine de Florence. L'estimation globale est que le fleuve rejette chaque année environ 30 tonnes de microparticules dans la Méditerranée, un chiffre conforme à celui constaté sur d'autres grands fleuves européens.
Le problème est que la très petite taille de ces particules les rend difficiles à intercepter avec les systèmes de filtration traditionnels. De nombreux microplastiques passent simplement à travers. C'est pourquoi la recherche scientifique explore différentes voies : des membranes filtrantes avancées, des bactéries capables de dégrader certains polymères, des barrières physiques dans les cours d'eau ou encore des systèmes naturels à base de plantes aquatiques.
Les solutions dites fondées sur la nature, c'est-à-dire les solutions qui exploitent les processus écologiques naturels, attirent de plus en plus l'attention car elles pourraient fonctionner avec des coûts énergétiques très faibles. Dans ce contexte, les plantes aquatiques continuent d’être étudiées, même si, spécifiquement pour les microplastiques, les recherches sont toujours en cours et n’ont pas encore donné de résultats définitifs.
La Pistia Magnifica décrite sur les réseaux sociaux n’existe donc pas. Mais l’idée sous-jacente – utiliser les plantes et les systèmes naturels pour retenir les polluants et les particules en suspension – est au centre de véritables recherches, où la botanique, la microbiologie et l’ingénierie environnementale tentent de comprendre dans quelle mesure la végétation peut contribuer à filtrer ce que nos systèmes sont encore incapables d’arrêter.
Source : Science de l’environnement total – Journal of Ecological Engineering
