En Amazonie, la déforestation recule mais les forages progressent
La déforestation atteint son plus bas niveau depuis 2019 alors que Petrobras relance les forages en profondeur dans la forêt. Le Brésil tente de concilier transition énergétique et expansion pétrolière, entre consensus politique et critique environnementale
Pour la première fois depuis des années, des nouvelles arrivent d'Amazonie qui ne parlent pas seulement d'incendies, d'exploitation forestière illégale ou de pâturages arrachés à la forêt. Selon un nouveau rapport du réseau de surveillance MapBiomas, en 2025, la déforestation au Brésil a diminué de 20,6 % par rapport à l'année précédente, passant sous le seuil d'un million d'hectares détruits. En Amazonie brésilienne, la déforestation a atteint son plus bas niveau depuis 2019. Un résultat politique, avant même environnemental. Car Luiz Inácio Lula da Silva avait bâti une partie de son retour politique sur la promesse de ramener le Brésil dans la diplomatie climatique internationale après les années de Jair Bolsonaro, marquées par l'affaiblissement des contrôles environnementaux et l'avancée de l'économie extractive dans la forêt.
Mais alors que les données sur la déforestation s'améliorent, le gouvernement brésilien relance les forages pétroliers au cœur de l'Amazonie. Petrobras a annoncé des investissements d'environ 500 millions de dollars dans le champ d'Urucu, dans l'État d'Amazonas, avec 22 nouveaux puits prévus après près de dix ans d'arrêt.
Aujourd'hui, notre escalier est à Sergipe. Ce poste, accompagné de l'annonce de 72,5 milliards de R$, est actuellement disponible. Petrobras résume un rôle stratégique et social au sein du gouvernement, en mettant l'accent sur les économies d'énergie et la transformation des investissements dans la dignité, avec 28 millions d'employés directs et indirects.… pic.twitter.com/p4jFEVb7ed
– Lula (@LulaOficial) 29 mai 2026
Le laboratoire brésilien
Toute la contradiction est là : le Brésil essaie de se présenter comme une puissance verte sans pour autant renoncer aux énergies fossiles. Et c’est peut-être précisément cette ambiguïté qui explique mieux que n’importe quel slogan la phase que traversent de nombreuses économies émergentes. Lula défend ouvertement cette ligne. « Nous voulons bien vivre, bien travailler et profiter de la vie. Et cela n'arrivera que si l'économie croît », a-t-il déclaré lors de l'annonce du plan Petrobras, revendiquant le rôle du pétrole comme levier pour financer la transition énergétique. Pour Lula, les revenus pétroliers peuvent financer les efforts du Brésil vers la transition énergétique : batteries, minéraux critiques, engrais verts et mobilité électrique.
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Parallèlement, le gouvernement de Brasilia a lancé un programme public-privé d'environ 8,5 milliards d'euros pour renforcer la chaîne d'approvisionnement industrielle liée à la transition énergétique. Pourtant, sur le plan climatique, continuer à investir dans les énergies fossiles tout en promettant la transition écologique reste un équilibre de plus en plus difficile à maintenir.
Le point de bascule de la forêt
L’Amazonie reste l’un des écosystèmes cruciaux pour les équilibres climatiques mondiaux. Il couvre environ six millions de kilomètres carrés répartis dans neuf pays d’Amérique du Sud et stocke plus de 120 milliards de tonnes de carbone. Cependant, depuis des années, des études scientifiques et des organisations internationales avertissent que de vastes zones de forêt perdent leur capacité à absorber le CO2 en raison de la hausse des températures et de la fragmentation des écosystèmes. Le seuil redouté par les scientifiques est celui du « point de non-retour » : le moment où la forêt tropicale pourrait progressivement se transformer en savane, altérant les précipitations, la biodiversité et la stabilité climatique de tout le continent sud-américain.
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C’est pourquoi l’annonce de nouveaux puits de pétrole a immédiatement ravivé les critiques des organisations environnementales. L'Observatoire brésilien du climat a appelé à « éviter toute forme de dégradation environnementale », arguant que l'Amazonie devait rester exclue de l'exploitation fossile.
La nouvelle géopolitique verte
Mais l’environnement n’est pas le seul sujet de discussion. Il y a aussi la géopolitique de l’énergie. Les tensions internationales autour du détroit d'Ormuz, par où transite une part importante du pétrole mondial, poussent de nombreux pays à renforcer leur autonomie énergétique et leur production interne. Le Brésil voit un espace stratégique : devenir à la fois un exportateur de matières premières pour la transition écologique et un producteur d’énergie compétitif. Une position qui pourrait renforcer le poids international du pays dans les années à venir, également dans la perspective des élections présidentielles d'octobre. Mais avant toute question environnementale, une question politique demeure : combien de temps l’équilibre entre la protection de l’Amazonie et une nouvelle expansion pétrolière pourra-t-il tenir ? Pour l’instant, Lula essaie de garder les deux chemins ensemble. Les données sur la déforestation lui offrent un argument de poids au niveau international. Les forages, en revanche, servent à rassurer l'industrie, les investisseurs et les régions les plus pauvres du pays. Mais le risque est que le Brésil finisse par courir après deux modèles incompatibles : celui de la puissance climatique mondiale et celui de l’économie fossile traditionnelle. Et l’Amazonie, une fois de plus, reste le lieu où cette contradiction devient impossible à cacher.
