Alors des tortues femelles se jettent du haut des falaises pour échapper aux agressions sexuelles des mâles : « c'est un suicide démographique »
Sur l'île de Golem Grad, des tortues femelles d'Hermann se jettent du haut des falaises pour échapper aux agressions sexuelles des mâles. Il existe un risque réel d’extinction des femmes d’ici 2083.
Sur l'île inhabitée de Golem Grad, dans le lac Prespa en Macédoine du Nord, vit une population d'environ un millier de tortues d'Hermann. Un petit paradis naturel qui, observé de près, s'est révélé être le théâtre d'un phénomène inquiétant : un déséquilibre dramatique du sex-ratio, avec une proportion d'environ 19 mâles pour une femelle.
L'étude, publiée le Lettres d'écologie et signé par le biologiste macédonien Dragan Arsovski avec ses collègues Xavier Bonnet, Ana Golubović et Ljiljana Tomović, parle ouvertement de «suicide démographique» et un possible «Vortex d’extinction discriminatoire selon le sexeSi la tendance ne s’inverse pas, les femelles pourraient disparaître d’ici 2083.


Attaques répétées et fuite dans le vide
Les observations sur le terrain, qui ont débuté en 2008, ont documenté des comportements qui vont bien au-delà de la simple parade nuptiale. Plusieurs mâles poursuivent une seule femelle, l'entourent, la bousculent, la mordent jusqu'à provoquer des lésions aux organes génitaux, la montent et la frappent du bout de leur queue alors qu'elle tente de s'échapper. Dans certains cas, la femelle est littéralement submergée par un enchevêtrement de carapaces.
La pression constante génère un niveau de stress chronique qui pousse de nombreux jeunes spécimens vers les falaises de l'île. Pour tenter d'échapper aux attaques, ils se jettent dans le vide. Les hommes chutent également, mais le pourcentage de décès chez les femmes est nettement plus élevé. Selon les chercheurs, il ne s’agit pas seulement d’accidents : dans plusieurs cas, le comportement apparaît comme un choix extrême de fuite.
Reproduction compromise et risque d’extinction
Les conséquences ne se limitent pas à la mortalité directe. Les analyses radiographiques ont montré que le stress affecte la capacité de reproduction : seules 15 % des femelles de l'île ont des œufs, un pourcentage bien inférieur à celui enregistré dans une population voisine du continent. De plus, les femelles harcelées affichent des taux de survie plus faibles.
Le résultat est un cercle vicieux. Moins les femelles survivent, plus la pression des mâles sur les quelques survivants est forte, et plus le système se dirige vers un éventuel effondrement. C'est le mécanisme que les chercheurs définissent comme le « vortex d'extinction » : un processus au sein de la population qui, sans interventions extérieures, risque de s'auto-entretenir jusqu'à la disparition du sexe féminin sur l'île.
L'expérience qui confirme la pression des mâles
Pour tester l'impact du harcèlement sur le comportement d'évasion, Arsovski a mené une expérience contrôlée. Certaines femelles, provenant à la fois de l’île et du continent, ont été placées dans un enclos doté d’une seule ouverture sécurisée vers l’extérieur. En l'absence de mâles, les femelles continentales, tandis que de nombreuses femelles insulaires ont spontanément tenté de s'échapper.
Lorsque cinq mâles ont été introduits dans l’enclos, la réaction a été claire : presque toutes les femelles sont tombées par l’ouverture. Avec une différence significative. Les femelles du continent étaient souvent poussées, tandis que celles élevées sur l'île se précipitaient indépendamment. Un comportement qui laisse présager une adaptation désespérée à un environnement devenu hostile. Cette dynamique interne met en évidence à quel point l’équilibre naturel peut être fragile lorsque la pression sur un seul sexe devient insoutenable.
Source : Lettres d'écologie
