Année noire pour les amandes, les poires et le miel : notre alimentation paie aussi le prix de la crise climatique
Aujourd'hui, 16 octobre, est célébrée la Journée mondiale de l'alimentation et en Italie, notre secteur agricole, tout en marquant un boom dans les fruits tropicaux, souffre d'une forte baisse de la production de cerises, d'amandes, de poires et de pêches, avec pour conséquence une augmentation des prix.
Les cerises ont disparu des champs des Pouilles, les amandes réduites de 60 %, les poires et les abricots en crise, le lait de moins en moins et de plus en plus cher. C'est la photographie – amère et concrète – de l'Italie agricole en 2025, accablée par les effets de la crise climatique.
Le WWF Italie tire la sonnette d'alarme à l'occasion de la Journée mondiale de l'alimentation, dénonçant un système de production aujourd'hui à bout de souffle entre chaleur record, sécheresse, gelées inhabituelles et une politique agricole qui, au lieu de réagir, fait marche arrière.
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Les températures record et la sécheresse chronique réécrivent la géographie de l’alimentation : là où les cerises et les pêches mûrissaient autrefois, les mangues et les avocats poussent aujourd’hui. L'Italie change de visage, non pas par choix conscient, mais pour s'adapter à un climat qui ne reconnaît plus les saisons. Pendant ce temps, les prix s’envolent – ce qu’on appelle climatflation — et les fruits et légumes deviennent un luxe pour de nombreuses familles.
La crise n'épargne même pas le lait, avec des baisses allant jusqu'à 15 % en Lombardie et 30 % au Molise, tandis que le miel, symbole de biodiversité, enregistre une production quasi nulle. Pourtant, au Sud, quelque chose bouge : l’oléiculture montre des signes de reprise et le vin italien fait face au défi climatique grâce à des pratiques plus durables et des variétés résistantes.
Cerises, amandes et inflation climatique
Aujourd’hui, l’une des menaces les plus graves qui pèsent sur de nombreuses cultures est la combinaison paradoxale d’hivers doux suivis de gelées printanières soudaines, capables de compromettre des saisons de production entières. Les températures hivernales inhabituellement élevées anticipent le réveil végétatif des plantes : bourgeons, fleurs et pousses se développent plus tôt que prévu et deviennent ainsi extrêmement vulnérables aux retours de froid.
Ces événements, de plus en plus fréquents et intenses surtout dans le nord et dans les zones vallonnées, ont profondément marqué l’année 2025. Les cultures ont subi d’importants dégâts dus à des facteurs désormais récurrents de la crise climatique : phases végétatives précoces, forte variabilité météorologique et brusques variations de température.
Le boom des fruits tropicaux
Dans le même temps, l’Italie connaît une transformation inattendue : le boom des fruits tropicaux. C'est précisément avec l'augmentation des températures moyennes et l'expérimentation de nouvelles techniques agricoles que des surfaces de plus en plus grandes sont consacrées à la mangue, à l'avocat, à la papaye, au citron vert et à l'annone, cultivés surtout en Sicile, dans les Pouilles et en Calabre. La production est désormais si importante qu'elle ne se limite pas aux besoins internes : certaines chaînes d'approvisionnement ont commencé à exporter des fruits tropicaux italiens vers les marchés d'Europe du Nord, bouleversant le rôle traditionnel du pays importateur et montrant comment la crise climatique redéfinit la géographie agricole nationale.
Les solutions : de l’agroécologie à l’économie circulaire
Parallèlement, les centres de recherche et les entreprises agricoles se concentrent sur la sélection de nouveaux cultivars capable de mieux résister aux chaleurs extrêmes et aux gelées tardives. Des expérimentations sont en cours sur des cépages plus tolérants aux fortes variations de température, sur des fruits à noyau (pêches, abricots) à floraison retardée pour réduire les risques de dégâts dus au gel, et sur des céréales capables de supporter des périodes de sécheresse alternant avec des précipitations soudaines. Ces nouvelles variétés, souvent considérées comme une bouée de sauvetage face aux défis posés par la crise climatique, ne constituent cependant pas une solution immédiate : elles nécessitent du temps pour s'adapter aux différents microclimats locaux et, dans certains cas, s'avèrent peu utiles à long terme précisément parce que ces mêmes microclimats sont en constante évolution.
Pour valoriser véritablement le potentiel de notre secteur agricole, il est nécessaire de systématiser davantage d'actions : de l'économie circulaire à l'agroécologie, de l'innovation technologique à l'agriculture régénérative, en passant par la prévention et l'adoption de cultures moins gourmandes en eau, la restauration des agroécosystèmes et de la fertilité des sols, jusqu'à la récupération et la réutilisation des eaux usées épurées. Il est également nécessaire de renforcer la diffusion de l’agriculture biologique et de mettre pleinement en œuvre des projets d’économie d’eau. Ce n'est qu'ainsi que nous pourrons construire une agriculture plus durable, capable de garantir qualité et compétitivité, mais surtout prête à affronter le défi de la crise climatique avec une plus grande résilience, déclare Eva Alessi, responsable du développement durable au WWF Italie.
Bref, il en faut beaucoup plus. Le WWF appelle à une action immédiate pour sauver les sols, l’eau et la biodiversité : agroécologie, économie circulaire, réutilisation des eaux usées et une politique agricole commune qui récompense ceux qui protègent véritablement la terre. Parce que la crise climatique n’est pas un problème de demain. Il est déjà présent dans nos assiettes, dans les frais de caddie et dans la santé de ceux qui n’ont plus les moyens de s’alimenter sainement.
Le WWF invite chacun à signer la pétition « Zéro excuse pour le climat » pour demander aux institutions de faire marche arrière. Avant que la nature ne nous présente la facture, encore une fois.
