L'Italie est (encore) verte : comment les bois ont reconquis notre pays en 100 ans
En un siècle, l'Italie a perdu beaucoup de terres agricoles, tandis que les forêts ont presque doublé et couvrent aujourd'hui un tiers du pays.
Pour comprendre à quel point l’Italie a changé, il suffit de regarder une chose simple : ce qui était sous nos pieds il y a un siècle et ce qui existe aujourd’hui. En 1925, le pays était encore profondément agricole, avec des champs, des fermes, des hameaux habités et des terres cultivées autant que possible. Aujourd’hui, cette carte a beaucoup bougé. Selon les données sur les transformations environnementales et énergétiques en Italie, la superficie agricole est passée de 70 % du territoire à moins de 40 %, tandis que la superficie forestière est passée de moins de 20 % à 33,6 %.
Dit sans trop de détours : les bois en Italie ont presque doublé en 100 ans. Aujourd'hui, ils couvrent environ un tiers du pays. C’est un fait fort, agréable à lire également, mais il doit être traité avec précaution. Car ce retour de la verdure raconte aussi une autre histoire : celle d'une Italie qui a laissé derrière elle une grande partie de son ancienne identité agricole, tandis que les villes, les infrastructures, les habitations et les activités productives ont continué à redessiner le territoire.
Où il y avait des champs
La photographie de 1925 représentait un pays beaucoup plus rural. La superficie agricole occupait environ les sept dixièmes de l'Italie, avec un poids qui semble aujourd'hui presque difficile à imaginer. D’ici 2025, cette part est tombée en dessous de 40 %. Nous ne parlons pas d’une petite variation, mais d’un changement profond et lent, accumulé année après année, à mesure que le travail, l’économie, les habitudes et le mode de vie changeaient.
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Parallèlement, la population s'est de plus en plus concentrée dans les centres habités. En 1931, plus d'un quart de la population actuelle, soit 26,4%, vivait dans les communes. Aujourd'hui, plus de 9 habitants sur 10 vivent dans des centres. Bref, la campagne a perdu ses habitants, sa centralité et sa continuité. Dans de nombreuses régions, la forêt est revenue précisément là où l'agriculture avait reculé, en particulier dans les zones les moins confortables, les moins productives et les plus difficiles à entretenir.
Cela rend les données sur les bois plus intéressantes que l'image habituelle d'une carte postale. La nature a repris de l'espace, certes, mais elle l'a fait au sein d'un pays également devenu vide dans certaines zones et plus dense dans d'autres. Moins de champs cultivés, plus de zones forestières, plus de personnes dans les centres. Le vert qui avance n’efface pas la transformation : il la rend visible.
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Maisons, rues, bords
Ensuite, il y a l’autre partie de l’histoire, la moins romantique. Le territoire italien n'est pas simplement devenu « plus naturel ». Au cours du même siècle, les surfaces artificielles ont également augmenté, c'est-à-dire les bâtiments, les routes, les zones urbanisées, les zones de production, les infrastructures. Entre 1950 et 2025, dans les centres habités, le nombre de bâtiments au kilomètre carré est passé de 140 à 575. Hors centres, de 2 à 9 bâtiments au kilomètre carré.
En dehors des villes, cette croissance concerne également le phénomène des résidences secondaires, avec des augmentations supérieures à la moyenne nationale dans le Latium, la Campanie, la Basilicate et la Sicile, et encore plus marquées en Sardaigne. C'est un détail important, car il décrit bien ce paysage italien composé de marges, de villas, de routes secondaires, de parcelles éparses, de morceaux construits même là où le territoire semblait rester « en dehors » de la ville.
Le résultat est un pays plus boisé qu’il y a cent ans, mais aussi beaucoup plus bâti dans ses points de pression. Les forêts progressent dans certaines régions, tandis qu'ailleurs, les terres continuent d'être occupées par des bâtiments et des infrastructures. Deux mouvements opposés, au sein d’une même carte.
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Par rapport à l'Europe
La comparaison avec la France, l'Espagne et l'Allemagne permet de donner une mesure plus précise. La France conserve la plus grande part de terres agricoles, également grâce à une plus faible densité de population et une plus grande disponibilité de terres arables. L'Espagne, en revanche, a environ la moitié de sa superficie occupée par des zones boisées et la part de couverture artificielle la plus faible parmi les quatre pays considérés.
L’Italie et l’Allemagne affichent des pressions différentes. La couverture artificielle atteint près de 8% du territoire allemand et 6,5% de celui italien. Ce sont des pourcentages qui, à première vue, semblent faibles, mais qui deviennent ensuite très concrets lorsqu'ils se transforment en quartiers, entrepôts, parkings, carrefours, routes, résidences secondaires, banlieues étendues.
Dans ce cadre, l'Italie occupe une position particulière : moins agricole que par le passé, plus forestière que par le passé, fortement peuplée dans les centres, avec une couverture artificialisée déjà importante. Sa verdure s'est développée, mais dans un espace qui a changé de peau, souvent sans vraiment s'en rendre compte.
Un tiers de l'Italie est constitué de forêts
Cependant, le nombre reste énorme : 33,6 % du territoire italien est aujourd'hui couvert de forêts. Il y a un siècle, cette part était inférieure à 20 %. Cela signifie qu'une partie importante du pays est à nouveau occupée par des surfaces forestières, avec des effets sur le paysage, les écosystèmes, la biodiversité et la capacité des territoires à retenir les sols et l'eau.
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Il y a quelque chose de très réel dans cette transformation. Ce n’est pas seulement « plus vert » vu de loin. C'est le profil des collines qui change, ce sont les champs abandonnés qui deviennent des arbustes puis des bois, ce sont les pentes qui se resserrent, c'est un paysage qui cesse d'être un paysage au sens traditionnel du terme. Parfois c'est une guérison naturelle, parfois c'est un abandon. Souvent, les deux choses se chevauchent.
L'Italie d'aujourd'hui est donc plus verte qu'elle ne l'était il y a cent ans, du moins en ce qui concerne les bois. Mais elle est aussi moins agricole, plus concentrée dans les centres de population, plus bâtie dans de nombreuses zones. Le paysage qui se dessine est moins linéaire qu'il n'y paraît : un tiers couvert d'arbres, de nombreux champs disparus, des villes plus denses, des maisons dispersées là où auparavant il y avait autre chose. Le vert est de retour. Mais le pays qui l’entoure a tout changé.
Source : Istat
