Mielero viola 

C'est la couleur la plus rare dans la nature et je vais vous expliquer pourquoi

Pourquoi le violet est-il la couleur la plus rare dans la nature ? De la physique de la lumière à l'évolution, voici pourquoi cette teinte apparaît si rarement

Il est curieux de voir comment la nature, si généreuse en couleurs, semble soudain devenir avare en matière de violet. On trouve du vert à chaque coin de rue, des jaunes et des rouges à profusion, voire des bleus audacieux qui défient la physique. La violette reste cependant une invitée sporadique, presque un caprice de la biologie. Pour comprendre pourquoi nous devons observer ce qui se passe lorsque la lumière rencontre un organisme et lorsque l'évolution décide quelles couleurs méritent de l'énergie, du temps et des structures complexes pour se manifester.

Il existe deux manières très différentes de créer une couleur : les pigments, qui absorbent certaines longueurs d'onde et en réfléchissent d'autres, et les structures microscopiques, qui ne teignent pas du tout mais jouent avec la lumière, la dévient, la dispersent, la transforment. Si un pigment retient les fréquences plus énergétiques, comme le bleu, et renvoie les plus faibles, il apparaîtra rouge. Et c’est précisément là que la nature commence à se compliquer : les plantes, par exemple, dépendent de la lumière bleue pour la photosynthèse et ne peuvent pas se permettre le luxe de la réfléchir. Ainsi, le bleu devient rare dans le règne végétal et par conséquent devient également rare chez de nombreux animaux qui obtiennent des pigments par leur alimentation.

Le violet est né là où les pigments et les structures échouent ensemble

Lorsque les couleurs structurelles entrent en jeu, la situation s’inverse : les longueurs d’onde les plus énergétiques sont justement celles que les micro-architectures dispersent le mieux. Cela donne naissance à des ailes de papillon irisées, des plumes d'oiseaux irisées, des reflets bleus qui deviennent presque une marque de fabrique de la coloration structurelle. Le rouge, en revanche, étant peu énergétique, ne se laisse pas « projeter » facilement et reste une couleur structurelle quasi inexistante.

Il devrait s’avérer que le violet, étant encore plus énergétique que le bleu, serait un régal pour ces structures. Et c’est plutôt le contraire qui se produit : le violet est trop extrême, trop proche de la limite du spectre visible. Les molécules ont du mal à produire des pigments qui réfléchissent des longueurs aussi courtes et les structures, pour y parvenir, doivent être très raffinées, presque chirurgicales. Très peu d’organismes possèdent cette architecture.

Les études de coloration le confirment. Certaines recherches, comme celles menées sur les métamatériaux mésoporeux, montrent qu'il est théoriquement possible d'obtenir l'intégralité du spectre visible uniquement en modifiant la structure et non le matériau. Des travaux encore plus récents sur les crêtes chitineuses des ailes de papillon montrent que varier la hauteur de ces micro-écailles suffit à générer la quasi-totalité des couleurs du spectre. Ces résultats, paradoxalement, expliquent aussi pourquoi le violet est rare dans la nature : il suffit d’une ondulation déplacée et cette longueur d’onde s’échappe.

Les informations recueillies par le Natural History Museum de Londres révèlent un autre détail : lorsqu'elle apparaît, la violette assume souvent des rôles intenses, parfois menaçants. Il peut devenir un leurre pour les pollinisateurs, un avertissement pour les prédateurs ou une protection contre les rayons du soleil. Pourtant, cela reste une performance secrète, presque secrète, car la plupart des organismes ne disposent pas des outils nécessaires pour la produire.

Le monde animal est encore plus radical : les mammifères ne possèdent tout simplement pas les pigments nécessaires. Si nous voulons voir une couleur véritablement violette, nous devons nous tourner vers d’autres royaumes, des oiseaux domestiques violets aux perdrix à dos violet, des papillons empereurs aux créatures marines telles que les étoiles et les escargots de mer. De petites apparitions dans un univers qui semble préférer des teintes plus faciles à gérer, plus utiles, plus sûres.

Pourtant, lorsque le violet apparaît, c’est un événement esthétique qui ne passe pas inaperçu. C'est peut-être aussi pour cette raison qu'elle est devenue, tout au long de l'histoire de l'humanité, la couleur des rois et des divinités : la fameuse pourpre tyrienne, extraite de mollusques très rares et en quantités minimes, coûte autant que l'or. C’était, à sa manière, un morceau de nature difficile à reproduire.

Ainsi le violet reste une couleur que la nature accorde goutte à goutte, un subtil équilibre entre physique et vie, une teinte qui demande plus d'ingéniosité qu'il n'y paraît. Et c’est cette complexité qui la rend si fascinante : elle n’apparaît pas souvent, mais quand elle apparaît, aucune autre couleur ne lui ressemble vraiment.

Source : Musée d'histoire naturelle de Londres

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