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En Italie, on veut rouvrir les fermes d'engraissement de thon rouge (mais les risques environnementaux sont énormes)

Coldiretti propose de ramener en Italie les fermes d'engraissement de thon rouge, en mettant l'accent sur la traçabilité et la durabilité, mais quels sont les risques environnementaux ?

Le thon rouge est une espèce emblématique de la Méditerranée, mais aussi l'une des plus fragiles : depuis des décennies, elle a été surexploitée au point de provoquer l'effondrement de sa population. Ce n'est que grâce à des limites de pêche plus strictes que ses effectifs reviennent lentement à des niveaux durables. Mais cette reprise a également ravivé l'intérêt pour les « fermes » d'engraissement, des installations où les thons capturés en mer sont conservés et nourris avant commercialisation.

Et c'est précisément sur cette idée que Coldiretti Pesca vise désormais l'avenir de l'industrie de la pêche italienne.

Le projet : ramener la chaîne d’approvisionnement du thon rouge en Italie

Lors du sommet européen de la pêche à Cetara, Coldiretti Pesca a présenté une proposition qui fait beaucoup parler : créer de nouvelles « fermes » de thon rouge en Italie, ramenant dans notre pays la phase d'engraissement qui se déroule actuellement principalement à Malte.

Le modèle proposé suit une logique industrielle consolidée : le thon rouge n'est pas élevé comme les autres animaux, mais est d'abord pêché en pleine mer puis transféré dans des usines intensives où il est engraissé avant abattage et commercialisation. Actuellement, une grande partie du thon rouge capturé par la flotte italienne est transférée de l'autre côté de la frontière pour cette phase cruciale de la chaîne d'approvisionnement.

Coldiretti a officiellement présenté le projet au commissaire européen à la pêche Costas Kadis lors d'une réunion à Bruxelles, en proposant un modèle d'engraissement défini comme « léger » – presque un entretien – qui devrait préserver les caractéristiques naturelles du poisson et l'adapter au goût des marchés italiens et européens. L'association promet l'utilisation de matériaux durables pour les cages et les emballages, dans le but de garantir un produit disponible toute l'année et avec une plus grande traçabilité.

Selon l'association, les « fermes » italiennes pourraient générer de nouvelles opportunités d'emploi, impliquer les flottes locales et renforcer l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement nationale. Les consommateurs auraient la garantie d'une plus grande sécurité et traçabilité grâce au sceau obligatoire Masaf, qui certifie la qualité et l'origine de chaque spécimen.

Qu’en est-il des risques environnementaux ?

Malgré les promesses de durabilité et l’accent mis sur la réduction de l’impact environnemental, l’élevage intensif de thon rouge présente des risques importants qui ne peuvent être ignorés. Les poissons, capturés en pleine mer et transférés dans de grandes cages pour être engraissés, génèrent inévitablement de fortes concentrations de déchets organiques – excréments, résidus alimentaires, antibiotiques – qui peuvent profondément endommager les écosystèmes marins environnants.

Greenpeace Italie, avec son Unité d'Investigation, a lancé une alarme claire et documentée dans le rapport « Ruée vers l'or rouge » : ce secteur se développe sans normes environnementales adéquates, sans règles précises sur la gestion des plantes et sans critères définis en matière de bien-être animal. L'organisation environnementale souligne comment l'absence de contrôles rigoureux peut transformer les « fermes » d'une solution en une menace réelle pour nos mers.

Le rapport met en lumière un tableau inquiétant : selon la base de données officielle de l'ICCAT (Commission internationale pour la conservation des thons de l'Atlantique), il existe 13 usines d'engraissement de thon rouge en Italie, mais seulement trois d'entre elles ont des coordonnées géographiques accessibles et six seulement déclarent une capacité de production. Les données les plus inquiétantes concernent quatre usines ayant la production déclarée la plus élevée – 7 525 tonnes de thon, soit 80% de tout le thon élevé en Italie – qui sont enregistrées auprès du ministère de l'Agriculture mais, selon la réponse du ministère à Greenpeace, ne semblent pas opérationnelles. Il s'agit essentiellement d'« installations fantômes », n'existant que sur le papier, utilisées pour réserver à l'avance les futurs quotas de pêche, créant ainsi le risque que certains opérateurs soient favorisés au détriment d'autres.

Un cas emblématique est celui de Battipaglia, où fin 2024 l'autorisation a été accordée pour une nouvelle usine d'engraissement confiée à l'entreprise Tuna Sud – une entreprise qui, selon les données officielles, n'a ni employés ni chiffre d'affaires et qui a obtenu le feu vert sans aucune étude d'impact environnemental (EIE). L'usine aurait dû être construite dans une zone déjà caractérisée par des problèmes de pollution. Heureusement, après la plainte de Greenpeace, l'administration municipale a annulé la concession, mais l'affaire démontre le manque de transparence et de contrôles qui caractérise ce secteur.

Victoire contre l'élevage de thon rouge Battipaglia : concession annulée après plainte de Greenpeace

Sans une réglementation stricte, transparente et contraignante, l’élevage intensif du thon rouge pourrait mettre en péril le fragile rétablissement de l’espèce, sapant des décennies d’efforts de conservation et poussant le thon rouge vers un nouvel effondrement démographique. La nouvelle ruée vers « l'or rouge » risque d'enrichir quelques entrepreneurs sans scrupules, au détriment des écosystèmes marins et des espèces de poissons déjà en difficulté.

Sources : Coldiretti/Greenpeace

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